Histoire Des Origines Du Christianisme. 1, Vie de Jesus - Renan E. & Ernest Renan - Hachette Livre - Bnf - mars, 1863
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Histoire Des Origines Du Christianisme. 1, Vie de Jesus - Renan E. & Ernest Renan - Hachette Livre - Bnf - mars, 1863


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remplissent au second siècle la Syrie, la Palestine, la Babylonie, et dont les restes subsistent encore de nos
jours chez les Mendaïtes, dits «chrétiens de Saint-Jean,» elles ont la même origine que le mouvement de
Jean-Baptiste, plutôt qu'elles ne sont la descendance authentique de Jean. La vraie école de celui-ci, à demi
fondue avec le christianisme, passa à l'état de petite hérésie chrétienne et s'éteignit obscurément. Jean avait
bien vu de quel côté était l'avenir. S'il eût cédé à une rivalité mesquine, il serait aujourd'hui oublié dans la
foule des sectaires de son temps. Par l'abnégation, il est arrivé à la gloire et à une position unique dans le
panthéon religieux de l'humanité.
NOTES:
[551] Matth., XI 2 et suiv.; Luc, VII, 18 et suiv.
[552] Matth., IX, 14 et suiv.
[553] Matth., XIV, 4 et suiv.; Marc, VI, 18 et suiv.; Luc, III, 49.
[554] Jos., De Belle jud., VII, vi, 2.
[555] Plateaux portatifs sur lesquels, en Orient, on sert les liqueurs et les mets.
[556] Matth., XIV, 3 et suiv.; Marc, VI, 14-29; Jos., Ant., XVIII, V, 2.
[557] Josèphe, Ant., XVIII, V, 1 et 2.
[558] Matth., XIV, 12.
[559] Matth., XIV, 13.
[560] Matth., XIV, 15 et suiv.; Marc, VI, 35 et suiv.; Luc, IX, 41 et suiv.; Jean, VI, 2 et suiv.
[561] Matth., XI, 7 et suiv.; Luc, VII, 24 et suiv.
[562] Matth., XI, 12-13; Luc, XVI, 16.
[563] Malachie, III et IV; Ecclésiast., XLVIII, 10. V. ci-dessus, ch. VI.
[564] Matth., XI, 14; XVII, 10; Marc, VI, 15; VIII, 28; IX, 40 et suiv.; Luc, IX, 8, 19.
[565] Ecclésiastique, XLIV, 16.
[566] Matth., XVI, 14.
[567] II Macch., XV, 13 et suiv.
[568] Textes cités par Anquetil-Duperron, Zend-Avesta, I, 2e part., p. 46, rectifiés par Spiegel, dans la
Zeitschrift der deutschen morgenlændischen Gesellschaft, I, 261 et suiv.; extraits du Jamasp-Nameh, dans
l'Avesta de Spiegel, I, p. 34. Aucun des textes parsis qui impliquent vraiment l'idée de prophètes ressuscités
et précurseurs n'est ancien; mais les idées contenues dans ces textes paraissent bien antérieures à l'époque de
la rédaction desdits textes.
[569] Apoc., XI, 3 et suiv.
[570] Marc, IX, 10.
[571] Matth., XI, 14; XVII, 10-13; Marc, VI, 15; IX, 10-12; Luc, IX, 8; Jean, I, 21-25.
[572] Luc, I, 17.
[573] Matth., XXI, 32; Luc, VII, 29-30.
[574] Act., XIX, 4.
[575] Luc, I.
[576] Matth., III, 14 et suiv.; Luc, III, 16; Jean, I, 15 et suiv.; V, 2-33.
[577] Matth., XI, 2 et suiv.; Luc, VII, 18 et suiv.
[578] Act., XVIII, 28; XIX, 1-5. Cf. Épiph., Adv. hær., XXX, 16.
[579] Vita, 2.
[580] Serait-ce le Bounaï qui est compté par le Talmud (Bab., Sanhédrin, 43 a) au nombre des disciples de
Jésus?
[581] Ilégésippe, dans Eusèbe, H.E., II, 23.
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[582] Évang., I, 26,33; IV, 2; I Épître, V, 6. Cf. Act., X, 47.
[583] Livre IV. Voir surtout v. 157 et suiv.
[584] Je rappelle que Sabiens est l'équivalent araméen du mot «Baptistes.» Mogtasila a le même sens en
arabe.
CHAPITRE XIII.
PREMIÈRES TENTATIVES SUR JÉRUSALEM.
Jésus, presque tous les ans, allait à Jérusalem pour la fête de Pâques. Le détail de chacun de ces voyages
est peu connu; car les synoptiques n'en parlent pas[585], et les notes du quatrième évangile sont ici
très-confuses[586]. C'est, à ce qu'il semble, l'an 31, et certainement après la mort de Jean, qu'eut lieu le plus
important des séjours de Jésus dans la capitale. Plusieurs des disciples le suivaient. Quoique Jésus attachât
dès lors peu de valeur au pèlerinage, il s'y prêtait pour ne pas blesser l'opinion juive, avec laquelle il n'avait
pas encore rompu. Ces voyages, d'ailleurs, étaient essentiels à son dessein; car il sentait déjà que, pour jouer
un rôle de premier ordre, il fallait sortir de Galilée, et attaquer le judaïsme dans sa place forte, qui était
Jérusalem.
La petite communauté galiléenne était ici fort dépaysée. Jérusalem était alors à peu près ce qu'elle est
aujourd'hui, une ville de pédantisme, d'acrimonie, de disputes, de haines, de petitesse d'esprit. Le fanatisme y
était extrême et les séditions religieuses très-fréquentes. Les pharisiens y dominaient; l'étude de la Loi,
poussée aux plus insignifiantes minuties, réduite à des questions de casuiste, était l'unique étude. Cette
culture exclusivement théologique et canonique ne contribuait en rien à polir les esprits. C'était quelque chose
d'analogue à la doctrine stérile du faquih musulman, à cette science creuse qui s'agite autour d'une mosquée,
grande dépense de temps et de dialectique faite en pure perte, et sans que la bonne discipline de l'esprit en
profite. L'éducation théologique du clergé moderne, quoique très-sèche, ne peut donner aucune idée de cela;
car la Renaissance a introduit dans tous nos enseignements, même les plus rebelles, une part de belles-lettres
et de bonne méthode, qui fait que la scolastique a pris plus ou moins une teinte d'humanités. La science du
docteur juif, du sofer ou scribe, était purement barbare, absurde sans compensation, dénuée de tout élément
moral[587]. Pour comble de malheur, elle remplissait celui qui s'était fatigué à l'acquérir d'un ridicule orgueil.
Fier du prétendu savoir qui lui avait coûté tant de peine, le scribe juif avait pour la culture grecque le même
dédain que le savant musulman a de nos jours pour la civilisation européenne, et que le vieux théologien
catholique avait pour le savoir des gens du monde. Le propre de ces cultures scolastiques est de fermer l'esprit
à tout ce qui est délicat, de ne laisser d'estime que pour les difficiles enfantillages où l'on a usé sa vie, et qu'on
envisage comme l'occupation naturelle des personnes faisant profession de gravité[588].
Ce monde odieux ne pouvait manquer de peser fort lourdement sur les âmes tendres et délicates du nord. Le
mépris des Hiérosolymites pour les Galiléens rendait la séparation encore plus profonde. Dans ce beau
temple, objet de tous leurs désirs, ils ne trouvaient souvent que l'avanie. Un verset du psaume des
pèlerins[589], «J'ai choisi de me tenir à la porte dans la maison de mon Dieu,» semblait fait exprès pour eux.
Un sacerdoce dédaigneux souriait de leur naïve dévotion, à peu près comme autrefois en Italie le clergé,
familiarisé avec les sanctuaires, assistait froid et presque railleur à la ferveur du pèlerin venu de loin. Les
Galiléens parlaient un patois assez corrompu; leur prononciation était vicieuse; ils confondaient les diverses
aspirations, ce qui amenait des quiproquo dont on riait beaucoup[590]. En religion, on les tenait pour
ignorants et peu orthodoxes[591]; l'expression «sot Galiléen» était devenue proverbiale[592]. On croyait (non
sans raison) que le sang juif était chez eux très-mélangé, et il passait pour constant que la Galilée ne pouvait
produire un prophète[593]. Placés ainsi aux confins du judaïsme et presque en dehors, les pauvres Galiléens
n'avaient pour relever leurs espérances qu'un passage d'Isaïe assez mal interprété[594]: «Terre de Zabulon et
terre de Nephtali, Voie de la mer[595], Galilée des gentils! Le peuple qui marchait dans l'ombre a vu une
grande lumière; le soleil s'est levé pour ceux qui étaient assis dans les ténèbres.» La renommée de la ville
natale de Jésus était particulièrement mauvaise. C'était un proverbe populaire: «Peut-il venir quelque chose de
bon de Nazareth[596].»
La profonde sécheresse de la nature aux environs de Jérusalem devait ajouter au déplaisir de Jésus. Les
vallées y sont sans eau; le sol, aride et pierreux. Quand l'\u153il plonge dans la dépression de la mer Morte, la
vue a quelque chose de saisissant; ailleurs elle est monotone. Seule, la colline de Mizpa, avec ses souvenirs de
la plus vieille histoire d'Israël, soutient le regard. La ville présentait, du temps de Jésus, à peu près la même
assise qu'aujourd'hui. Elle n'avait guère de monuments anciens,