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Le français dans le monde   Mai Juin 2018

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à cette histoire politique tortueuse. 
De 1945 à 1992, les langues offi-
cielles de la République étaient le 
serbo-croate (parfois appelé croa-
to-serbe), le macédonien et le slo-
vène. Les linguistes distinguaient 
dans cet ensemble « serbo-croate » 
entre différents dialectes, selon 
la façon de dire quoi : le kajkavien 
(parlé dans la région de Zagreb, où 
quoi se dit kaj), le tchakavien (parlé 
sur la côte adriatique, où quoi se dit 
tcha) et le chtokavien (parlé dans 
une partie de la Croatie, en Serbie, 
au Monténégro et en Bosnie-Herzé-
govine, où quoi se dit chto). Mais ces 
différences ne correspondaient à 
aucune division politique ou natio-
nale, à aucune frontière, il s’agissait 
simplement d’une variation géo-
graphique. Ajoutons à cela que les 
Croates, catholiques, écrivaient le 
« serbo-croate » en caractères latins 
tandis que les Serbes et les Monté-
négrins, orthodoxes, l’écrivaient en 
caractères cyrilliques, et que pour 
le vocabulaire de la modernité les 
Serbes empruntaient plutôt aux lan-
gues slaves et les Croates créaient 
plutôt des néologismes. Mais tout 
cela n’empêchait pas les gens de se 
comprendre. Aujourd’hui, après les 
différentes sécessions et indépen-
dances, chacun des nouveaux pays 
appelle sa ou ses langues officielles 
d’un nom différent, serbe en Serbie, 
croate en Croatie, serbo-croate au 
Monténégro, etc.
Les Serbes et les Croates se com-
prennent parfaitement et savent 
vous indiquer quelles sont les 
quelques dizaines de mots qui les 
distinguent. Mais les violences guer-
rières sont passées par là et à force 
de vouloir être différents ils finiront 
sans doute, en quelques généra-
tions, à ne pas se comprendre. Nous 
pouvons donc dire ici que la volonté 
des locuteurs, leurs pratiques in vivo, 
sont au premier rang, et que les déci-
deurs, in vitro, entérinent.
Dans nos trois exemples, des lan-
gues se séparent, divorcent, devant 
le tribunal de l’histoire mais sans 
faire appel à aucune loi. Ce qui est 
sûr, c’est que la partie in vivo de la 
gestion du plurilinguisme nous 
montre, une fois de plus, que les 
langues appartiennent à ceux qui 
les parlent, et qu’ils en font ce qu’ils 
veulent. Les décideurs politiques 
suivent ensuite, in vitro. Q
Le livre se dit en hindi pustak, tandis 
qu’on utilise en ourdou le mot arabe 
kitab. Un stylo est en hindi lekhanee 
et en ourdou kalam, mot également 
arabe, comme wazir qui désigne 
en ourdou un ministre alors que 
l’on dit en hindi mantree. Mais, dans 
les deux langues, on a emprunté à 
l’anglais pour désigner la voiture : 
kaar en hindi, kar en ourdou.
ENCADRÉ 2
©
 W
ik
im
ed
ia
Le Mahatma Gandhi avait voulu faire de l’hindoustani une langue d’unification indienne.
 Recto et 
verso d’un billet 
de banque 
yougoslave 
émis en 1978 
et rédigé dans 
les langues 
oicielles du 
pays.
Le français dans le monde | n° 417 | mai-juin 2018
LANGUE |
22
 ÉVÈNEMENT
DU PALAIS
LA LANGUE AU BONHEUR
E
mmanuel Macron a dé-
cidé de s’exprimer sous 
la coupole de l’Acadé-
mie française, et non 
au palais de l’Élysée, 
pour exposer les nouveaux statuts 
présents et à venir de la langue 
française dans le monde. Depuis 
l’Institut de France, en la Journée 
internationale de la Francophonie 
le 20 mars 2018, le président fran-
çais a tenu un discours inspiré et 
lyrique, émaillé de références lit-
téraires mais aussi d’annonces po-
litiques de premier ordre.
Depuis les grands travaux sur la 
politique culturelle extérieure de 
la France du général de Gaulle en 
1959, de mémoire de Français dans 
le monde (né justement en 1961), 
on n’a pas entendu discours aussi 
visionnaire et ambitieux au sujet 
de la portée internationale de la 
langue dite de Molière.
Le pivot central de ces propos a 
été de… décentrer notre langue : 
celle-ci n’appartient pas, plus, à 
la France, mais à tous ceux qui la 
parlent dans le monde. Si elle n’est 
pas neuve d’un point de vue socio-
linguistique, démographique ou 
même institutionnel, cette affir-
mation marque fortement dans la 
bouche d’un président de la Répu-
blique française : « Nous passons de 
l’idée ancienne d’une francophonie 
qui serait la marge de la France à 
cette conviction que la francophonie 
est une sphère dont la France avec sa 
responsabilité propre et son rôle his-
torique n’est qu’une partie agissante, 
volontaire mais consciente de ne pas 
porter seule le destin du français. »
33 mesures phares
Emmanuel Macron a ensuite dé-
voilé 33 mesures phares, organisées 
en trois grands secteurs d’activité.
En tête, « Apprendre » – « le premier 
enjeu d’une politique francophone 
est celui de la transmission » –, suivi 
de « Communiquer » et de « Créer ». 
L’État français entend ainsi en tout 
premier lieu « mobiliser des moyens 
inédits pour l’éducation dans les pays 
francophones, notamment pour la 
formation des millions de professeurs 
qui transmettent le français aux nou-
velles générations », en particulier en 
s’engageant financièrement auprès 
des systèmes éducatifs d’Afrique 
francophone, par l’intermédiaire de 
Pour affirmer son « Ambition pour la langue française et le 
plurilinguisme » dans le monde, Emmanuel Macron a tenu un 
discours fort lors de la Journée internationale de la Francophonie, 
le 20 mars 2018. Devant les Immortels de l’Académie française 
et un parterre d’enfants, le président français a ainsi dévoilé 
de nombreuses mesures volontaristes et stratégiques.
PAR SÉBASTIEN LANGEVIN
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 Le président Emmanuelle Macron et son épouse, Brigitte, ancienne professeure de français, 
encadrent Xavier Darcos, chancelier de l’Institut de France, et Hélène Carrère d’Encausse, 
secrétaire perpétuel de l’Académie française, sur le tapis rouge de l’Institut de France, 
le 20 mars 2018.
Le français dans le monde | n° 417 | mai-juin 2018 23
LEÏLA SLIMANI : 
« UN RAPPORT LIBRE, 
JOYEUX ET PLURIEL 
AUX LANGUES »
Lauréate du prix 
Goncourt 2016 pour son 
deuxième roman, Chanson 
douce, vendu à 600 000 
exemplaires et traduit en 
40 langues, l’écrivaine 
franco-marocaine Leïla 
Slimani a été nommée, en 
novembre 2017, représen-
tante personnelle d’Em-
manuel Macron pour la 
Francophonie.
« Je viens d’un pays pluri-
lingue et cette diversité est 
une chance qui devrait être 
préservée. Mais certains 
font semblant de l’ignorer, 
ce qui m’exaspère. Bref, 
ce rapport idéologique à 
la langue me paraît à la 
fois dépassé et inquiétant. 
C’est nourrir le discours 
des islamistes qui répètent 
que nous n’avons qu’une 
langue, qu’un livre, qu’un 
horizon possible. Moi je 
crois qu’il faut défendre, 
pour les générations 
futures, un rapport libre, 
joyeux et pluriel aux lan-
gues et les désidéologiser. » 
POUR EN SAVOIR PLUS
retrouver l’intégralité du discours d’Emmanuel Macron sur
www.elysee.fr/declarations/article/transcription-du-dis-
cours-du-president-de-la-republique-a-l-institut-de-france-
pour-la-strategie-sur-la-langue-francaise/
l’Agence universitaire de la Franco-
phonie (AUF) et de l’Agence fran-
çaise pour le développement (AFD). 
Soutien à l’introduction des langues 
africaines pour les premiers appren-
tissages, impulsion nouvelle à l’en-
seignement bilingue francophone, 
meilleures conditions d’accueil des 
étudiants étrangers en France…
Les propositions sont concrètes et 
étayées. L’une d’elles a retenu l’at-
tention : « Valoriser le métier de pro-
fesseur de français dans le monde. » 
Où il est question de la pénurie 
d’enseignants et de plusieurs ac-
tions pour y remédier, comme la 
création d’un Volontariat interna-
tional pour le français, d’une forma-
tion en FLE pour les 4 500 assistants 
de langue qui viennent en France 
chaque année, de la création en 
2019 d’une Journée internationale 
du professeur de français. Et du 
doublement de l’aide

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