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Le français dans le monde   Mai Juin 2018

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« beau devant ! ».
260 millions de photos postées sur 
Instagram avec le mot-clé #food 
et 150 millions avec #foodporn : 
la cuisine est devenue, après le 
voyage, le domaine qui donne lieu 
au plus grand nombre d’images. Il 
suffit désormais d’un clic pour ali-
menter le plaisir gustatif de tous vos 
followers ou abonnés qui viendront 
s’extasier sur le cadrage avec vue 
imprenable sur l’assiette, désormais 
objet de tous les regards. Madame 
Figaro y va même de ses « conseils 
de pro pour réussir ses photos de 
plats sur Instagram » : c’est Virginie 
Robichon, « styliste et photographe 
culinaire » qui donne la recette pour 
une photo #gastronomie réussie. 
Comme si les ingrédients de la re-
cette étaient d’abord dans la photo 
avant d’être dans le plat.
L’œil déguste
Le jargon gastronomique n’échappe 
d’ailleurs pas à cette école du re-
gard : on parle désormais du « de-
sign » d’un plat et on peut lui repro-
cher son « manque de couleurs ». 
Comme le reconnaît d’ailleurs le 
chef étoilé Thierry Marx, « le beau 
a toujours fait partie de la cuisine ». 
Et ce dès le xviiie siècle où les pâ-
tisseries architecturales d’Antonin 
Carême faisaient le bonheur des 
gastronomes, avant la cuisine dé-
corative de Jules Gouffé un siècle 
plus tard. Aujourd’hui, la photogé-
nie d’un plat ou le côté haute cou-
ture de la pâtisserie sont en passe 
de devenir les vrais marqueurs du 
goût. Sans doute un héritage des 
Lumières, si l’on en croit Lawrence 
Gasquet, auteure d’un article sur 
« Gastronomie et maniérisme : l’art 
de manger avec les yeux en France 
à partir du xviiie siècle », selon la-
quelle « la vue s’impose comme le sens 
auquel on donne la prééminence ».
Force est de constater, à l’instar de 
la Sopexa, agence spécialisée dans 
l’aide à l’exportation des produc-
tions agricoles françaises, que « les 
réseaux sociaux révolutionnent notre 
attitude vis-à-vis de l’assiette ». Et de 
conseiller aux restaurants et cuisi-
niers de « miser sur cette tendance ». 
D’où, désormais, des cartes avec 
de plus en plus de plats à « liker » : 
des pâtes à la truffe jusqu’au poulet 
à la coriandre et au citron vert, du 
buddha bowl (quinoa et légumes) au 
pain de courge… Et c’est ainsi que 
s’établit aujourd’hui une échelle du 
goût à coup de « j’aime ». Au Top 10 
du mets préféré sur Instagram, 
selon une enquête de la Radio télé-
vision belge francophone : pizzas, 
sushis, poulets, salades (forcément 
veggie), burgers, pâtes, soupes… 
Voilà de quoi se faire une petite idée 
du goût mondialisé. Un numérique 
viral qui a de quoi laisser le gastro-
nome sur sa faim. Q
À VOIR
Le français dans le monde | n° 417 | mai-juin 2018
ÉPOQUE |
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UNE AMÉRICAINE À PARIS
MARY CASSATT
Célébrée aux États-
Unis, méconnue en 
France, elle fut proche 
de Degas et l’une des 
grandes dames de 
l’impressionnisme 
avec Berthe Morisot. 
Cela méritait bien la 
rétrospective que lui 
consacre le musée 
Jacquemart-André 
jusqu’au 23 juillet.
PAR CÉCILE JOSSELIN
C
onsidérée comme la plus 
grande artiste améri-
caine de son temps, Mary 
Cassatt (1844-1926) est 
presque inconnue en France, malgré 
une œuvre profondément attachée à 
sa terre d’élection. « Cette femme au 
caractère bien trempé, très consciente 
de son talent et amie proche de Degas, 
avait des origines françaises par son 
père et avait grandi auprès d’une mère 
parlant couramment le français », 
rappelle Pierre Curie, conserva-
teur en chef du musée Jacquemart- 
André et commissaire de l’exposi-
tion, qui présente une cinquantaine 
de ses œuvres, huiles, pastels, dessins 
et gravures. Mary parcourt très jeune 
l’Europe au gré des voyages que font 
ses parents, d’aisés banquiers de 
Pittsburgh, avant de passer l’essentiel 
de son existence en France. Se décla-
rant « définitivement américaine » 
lors d’une interview donnée à la fin 
de sa vie, elle n’a cependant jamais 
demandé la nationalité française.
La première salle révèle ses œuvres 
réalisées lors de son installation à 
Paris. C’est Degas qui, après l’avoir 
découverte en 1874, lui fait rejoindre 
le groupe des impressionnistes. 
Comme lui, Mary Cassatt se sent pro-
fondément indépendante et, malgré 
une certaine aisance financière, elle 
entend travailler et vivre de son art 
en France. Contrairement à Monet, 
Pissarro ou Cézanne qui se spécia-
lisent dans les paysages, c’est l’hu-
main qui l’intéresse. Aussi peint-elle, 
comme on le voit dans la deuxième 
salle, les membres de sa famille dans 
leur vie quotidienne, notamment sa 
sœur, la très chic Lydia Cassatt, et 
son frère, le très fortuné président 
de la Pennsylvania Railroad.
Sa spécialité�: la mère à l’enfant
Une autre salle explore le thème cen-
tral de son œuvre à partir des années 
1880 : la représentation de la mère 
à l’enfant, moins comme Madone 
que comme l’exaltation de la ma-
ternité à une époque où les femmes 
de la bourgeoisie n’élèvent pas elles-
mêmes leur progéniture, préférant 
la confier à des nurses. Elle qui ne 
s’est jamais mariée et n’a pas eu d’en-
fants, montre là une vision profondé-
ment américaine, engagée, de l’idéal 
féminin. Elle joua également un vrai 
rôle d’ambassadrice de l’impression-
nisme français aux États-Unis. « C’est 
grâce à elle que le premier tableau de 
Degas a été vendu outre-Atlantique, 
raconte Pierre Curie. Elle a influencé 
beaucoup de collectionneurs améri-
cains, à commencer par son frère et son 
amie Louisine Havemeyer. C’est elle 
aussi qui a convaincu Paul Durand- 
Ruel d’ouvrir une galerie à New York, 
avec le succès que l’on sait. » 
Dernier aspect mis en valeur, ses gra-
vures, qui montrent son goût pour les 
expérimentations artistiques, peut-
être la part la plus moderne de son 
œuvre. Dans les années 1890, inspi-
rée comme Degas par les estampes 
japonaises, elle réalise ainsi une série 
de pointes-sèches et surtout d’aqua-
tintes en couleur qui démontre une 
maîtrise très sûre de cette technique 
d’une infime précision. Une expo-
sition qui convainc de la reconnais-
sance que mérite cette artiste po-
lyvalente et femme indépendante, 
américaine à la palette si française. Q
Petite fille dans un fauteuil bleu, 1878.
Une mère et 
son enfant, 
vers 1909.
POUR EN SAVOIR PLUS
www.musee-jacquemart- 
andre.com/fr/mary-cassatt
Le français dans le monde | n° 417 | mai-juin 2018 17
ÉPOQUE | EXPOSITION
Dans votre récit à la fois 
poétique et autobiographique 
L’Appartement (Inculte, 2018), 
vous parlez de vous comme 
de « ce jeune homme qui 
voulait traduire tous les livres 
du monde ». Comment est née 
cette ambition�?
Je pense que j’ai toujours vécu entre 
deux langues, le russe et le français. 
Le besoin de traduire est venu très 
vite, et, quand j’ai commencé à écrire, 
comme tous les adolescents, à mes 
« poèmes » (évidemment inexistants) 
se sont ajoutées des traductions de 
poèmes russes. Et puis, à 16 ans, j’ai 
rencontré Efim Etkind, qui était l’un 
des grands traducteurs et théoriciens 
de la traduction en langue russe. Il 
avait été expulsé d’URSS et vivait en 
France. C’est avec lui que j’ai com-
mencé à travailler vraiment. Ensuite, 
je me suis rendu compte que tout ce 
que j’aimais de la littérature étran-
gère, j’avais envie, ou besoin, de le 
traduire. Que traduire était pour moi 
une façon de lire beaucoup plus en 
profondeur. La formulation que vous 
citez est évidemment ironique, mais 
il y avait quand même quelque chose 
de ça. Et je me suis restreint…
Récemment est paru le second 
volume des chroniques que 
vous livrez sur Facebook�(1), 
Partages. Quel lien avec 
l’œuvre traduite révèle-t-il, et 
donc avec les auteurs que vous 
avez choisi de traduire�?
Le lien, c’est que la traduction est,

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