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Le français dans le monde   Mai Juin 2018

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tous les deux jours par André Markowicz ont 
pris fin, le 6 avril, avec la 1 000e publiée. https://www.
facebook.com/andre.markowicz 
« J’ai toujours peur que l’on 
continue de transformer les 
auteurs étrangers en auteurs 
français, par manque de 
confiance dans les ressources 
de notre propre langue »
19Le français dans le monde | n° 417 | mai-juin 2018
 Sur les couvertures des deux volumes de Partages 
(Inculte, 2015 et 2016), deux photos issues des archives 
de l’auteur. Pour le premier, une photo prise vers 1870 de 
l’arrière-arrière-grand-père d’André Markowicz, Boruch 
Mendel, accompagné de son fils, « l’oncle Kolia ». Pour 
le second, l’arrière-grand-mère et l’arrière-grand-tante 
d’André Markowicz. Des « personnages » dont l’auteur 
retrace l’histoire à travers plusieurs chroniques.
Le français dans le monde | n° 417 | mai-juin 2018
LANGUE |
20
 POLITIQUE LINGUISTIQUE
DIVORCENT
QUAND DES LANGUES
que ces deux approches peuvent 
converger.
Les deux coréens
Lors des récents jeux Olympiques 
d’hiver, à Pyeongchang, en Corée du 
Sud, nous avons assisté à une ten-
tative de rapprochement des deux 
Corées. En particulier, les deux pays 
présentaient une équipe commune 
féminine de hockey sur glace. Mais 
apparut un petit problème. En effet, 
le coréen, langue théoriquement 
commune aux deux pays, s’est len-
tement diversifié depuis la division 
du pays en 1945 et la redéfinition 
de la frontière commune en 1953. 
Au Nord, la langue, isolée par le ré-
gime politique, a gardé une syntaxe 
plus traditionnelle, sa prononcia-
tion a moins évolué qu’au Sud et, 
surtout, elle a emprunté des mots 
au russe et au chinois tandis qu’au 
Sud on empruntait plutôt à l’anglais. 
Le résultat en est que les sportifs du 
Nord, à leur arrivée au Sud, ont été 
surpris : ils ne comprenaient pas le 
vocabulaire technique de leur sport 
O
n distingue dans les 
politiques linguis-
tiques entre celles 
qui interviennent 
sur la forme d’une 
langue (fixation ou modification de 
son écriture, intervention sur son 
lexique) et celles qui interviennent 
sur les rapports entre les langues 
(par exemple promotion de cer-
taines d’entre elles au statut de 
langue officielle ou nationale).
Mais on peut aussi distinguer entre 
des interventions in vivo ou in vitro 
sur les langues. Ces deux expres-
sions latines désignent en chimie 
ou en biologie les expériences faites 
« sur la vie », sur un organisme 
vivant, et celles faites « dans le 
verre », dans une éprouvette. Mais 
elles permettent aussi de distinguer 
entre les politiques mises au point 
dans les bureaux des décideurs (in 
vitro) et celles qui sont le produit 
des pratiques des locuteurs (in 
vivo). Nous allons voir, en évoquant 
des exemples dans lesquels des lan-
gues se diversifient ou se séparent, 
(voir encadré 1). On a donc distribué 
aux joueuses du Nord une liste de 
mots qu’elles ne connaissaient pas, 
et donné à l’entraîneuse américa-
no-canadienne et anglophone, Sarah 
Murray, une liste des termes nord-co-
réens prononcés « à l’anglaise ».
Cette anecdote pose une question 
générale : comment une langue par-
lée dans deux pays contigus et an-
tagonistes peut-elle se différencier 
en un peu plus d’un demi-siècle ? 
S’agit-il d’une décision officielle (in 
vitro) ou d’une action des locuteurs 
(in vivo) qui inventent de nouveaux 
mots en empruntant à des langues 
différentes ? Il faudrait ici une ana-
À travers trois 
exemples, coréen, 
indien et d’Europe 
centrale, Louis-
Jean Calvet revient 
sur l’importance 
de distinguer 
entre approche 
institutionnelle des 
langues et pratique 
des locuteurs pour 
mieux saisir les 
enjeux de leurs 
évolutions.
PAR LOUIS-JEAN CALVET
Le patinage, qu’on appelle au 
Nord apuro jee chee gee, se dit au 
Sud seu-he-ee-ting (sur l’anglais 
skating), et une technique de 
défense du gardien de but qui se 
dit au Sud tee-pu-sh (de l’anglais 
T-push) se dit au Nord moonjeegee 
eedong (« geste du gardien »). 
ENCADRÉ 1
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 EP
A/
Yo
nh
ap
Aux JO de Pyeongchang, les joueuses de Corée du Nord et du Sud ont joué dans une équipe unifiée.
Le français dans le monde | n° 417 | mai-juin 2018 21
À LIRE
Cécile Van den Avenne, De la 
bouche même des indigènes. 
Échanges linguistiques en 
Afrique coloniale, Éditions 
 vendémiaire, Paris, 2017
Le sous-titre de cet ouvrage est un 
peu trompeur : il ne traite pas en efet 
de « l’Afrique coloniale » mais plutôt 
de l’Afrique de l’Ouest francophone à 
l’époque coloniale. À cette restriction 
près, il est extrêmement intéressant. 
C. Van den Avenne montre en efet 
de façon très claire et très documen-
tée comment, par le biais d’abord 
des explorateurs, puis des militaires, 
des missionnaires et enfin de l’école, 
le plurilinguisme précolonial a donné 
naissance à diverses formes de 
communication. Dans le « laboratoire 
linguistique » qu’est l’armée se dé-
veloppe une sorte de « bambara de 
contact », les missionnaires rédigent 
des grammaires du bambara et 
traduisent le catéchisme dans cette 
langue, tandis qu’apparaît ce qu’on 
appellera d’abord « petit nègre » et 
que l’on baptisera ensuite « français 
d’Afrique ». Et cette fabrication, in 
vivo, dans une niche écolinguistique 
particulière, de ce que certains consi-
dèrent aujourd’hui comme un instru-
ment de domination, n’est pas sans 
rappeler ce qui s’est passé, en France 
même, entre les langues régionales 
et le français national. Q
lyse minutieuse de l’histoire linguis-
tique des deux pays pour répondre à 
ces questions.
Le dilemme de l’hindoustani
Il y a, bien sûr, des précédents à ce 
type de situation. En 1925, lors de 
la création de l’Indian National 
Congress, Gandhi avait fait adopter 
l’hindoustani comme langue offi-
cielle du parti avec l’idée qu’une fois 
l’indépendance acquise cette langue 
pourrait unifier le pays, et cette po-
sition fut réaffirmée par Nehru en 
1937. Hindoustani désignait en fait 
une langue de l’Inde du Nord, dont 
la filiation remonte au sanscrit, par-
lée à la fois par des hindouistes et des 
musulmans. Mais les oppositions 
violentes entres ces deux groupes 
religieux eurent des retombées sur la 
langue : les hindouistes l’écrivaient 
en devanagari (l’alphabet sanscrit) 
et l’appelaient hindi, tandis que les 
musulmans utilisaient l’alphabet 
arabe et disaient parler ourdou. En 
outre, lorsqu’il fallait créer des mots 
nouveaux, les musulmans emprun-
taient à l’arabe ou au farsi tandis que 
les hindouistes empruntaient plutôt 
au sanscrit ou à l’anglais (voir en-
cadré 2). Les gens se comprenaient 
à l’oral en parlant « hindoustani » 
mais ne pouvaient communiquer 
par écrit. En 1947, lors de l’indépen-
dance, le pays fut divisé en deux, le 
Pakistan d’une part qui prit l’our-
dou comme l’une de ses langues 
officielles et l’Inde d’autre part avec 
l’hindi, langue co-officielle avec 
l’anglais à l’échelon national. Et, 
des deux côtés, les néologismes ont 
continué à creuser les différences.
Aujourd’hui, l’intercompréhension 
demeure entre les deux formes 
(ou langues) tant qu’il s’agit d’une 
conversation courante, les struc-
tures syntaxiques ainsi que les mots 
grammaticaux étant les mêmes, mais 
les difficultés croissent lorsque le dis-
cours devient technique ou littéraire. 
Surtout, la communication écrite est 
pratiquement impossible, sauf à ap-
prendre l’autre alphabet, l’alphabet 
des autres. On voit donc que c’est 
ici une opposition culturelle et reli-
gieuse qui fut le déclencheur de la 
séparation. Et là encore, on a du mal 
à savoir ce qui relève de la normalisa-
tion in vitro ou des pratiques sociales, 
in vivo. Les deux, sans doute.
Balkanisation linguistique
Dernier exemple, celui de la You-
goslavie qui, après maintes péripé-
ties, éclata entre 1991 et 2006. Or 
il y a une contrepartie linguistique

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