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DIMANCHE 5 - LUNDI 6 JANVIER 2025
81E ANNÉE – NO 24887
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FONDATEUR : HUBERT BEUVE-MÉRY
DIRECTEUR : JÉRÔME FENOGLIO
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 Italie 4,20 €, Luxembourg 4,20 €, Maroc 32 DH, Pays-Bas 4,60 €, Portugal cont. 4,30 €, La Réunion 4,00 €, Sénégal 2 500 F CFA, Suisse 4,80 CHF, Tunisie 7,10 DT
Maltraitances en Ehpad : les lenteurs de la justice
▶ « Ma mère est morte 
et le dossier judiciaire 
n’a pas avancé d’un poil » : 
« Le Monde » a recueilli 
plusieurs témoignages 
de proches de victimes
▶ La révélation par le jour-
naliste Victor Castanet 
du scandale Orpea n’a pas 
eu l’effet escompté : les 
procédures judiciaires 
sont toujours aussi longues
▶ La situation dans les uni-
tés spéciales Alzheimer est 
d’autant plus alarmante 
que les familles ont le 
plus grand mal à obtenir 
des décisions de justice
▶ Un décret publié 
le 1er janvier autorise 
les Ehpad non lucratifs 
à augmenter leurs tarifs 
jusqu’à 35 % pour 
les nouveaux résidents
▶ Visant à lutter contre 
les déficits de ces établis-
sements, cette décision du 
gouvernement fait l’objet 
de nombreuses critiques
PAGES 10-11
Une famille mahoraise 
au bord de la rivière Langevin, 
à La Réunion, le 1er décembre 2024.
MORGAN FACHE/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »
LA RÉUNION À L’ÉPREUVE DE LA CRISE DE MAYOTTE
▶ Le modèle multiculturel réunionnais est mis à mal par un racisme antimahorais
▶ Depuis le passage du cyclone Chido, des élus s’alarment de l’arrivée de mineurs isolés
PAGES 8-9 ET international PAGE 5
Coco : « L’attentat contre 
“Charlie” continue de m’habiter »
le 7 janvier 2015, sous la me-
nace d’une kalachnikov, Corinne 
Rey, alias Coco, avait ouvert la 
porte de Charlie Hebdo aux frères 
Kouachi. Dix ans après la tuerie, 
elle explique que « dessiner pour 
Charlie, et même dessiner tout 
court, c’est accompagner Cabu, 
Charb, Honoré, Tignous, Wo-
linski ». Dans un entretien, celle 
qui est également la dessinatrice 
de Libération se souvient du 
Charlie « d’avant », mais rien n’y 
fait, dit-elle, « le 7 janvier est tou-
jours là, ineffaçable ».
PAGE 21
A Paris, le 19 mars 2021. CYRIL ZANNETTACCI/AGENCE VU
LA POLOGNE
AU DIAPASON
DE L’EUROPE
PAGE 24
1
É D I T O R I A L
Il était l’image même du 
romancier britannique, 
capable de faire rire avec 
des thèmes sérieux. Mort 
le 1er janvier à l’âge de 
89 ans, très apprécié 
en France, David Lodge 
avait écrit de nombreux
romans à succès, parmi 
lesquels « Un tout petit 
monde », « Jeu de société », 
« Thérapie »
PAGE 19
Disparition
David Lodge, 
maître du roman 
universitaire 
sarcastique
Idées
Interrogations 
sur la politique 
économique de 
Donald Trump
PAGES 22-23
Santé publique
En France,
hausse régulière 
des cas de scorbut
PAGE 6
Sénégal
Polémique 
sur le rôle
des tirailleurs
PAGE 3
Enquête
Entre 1956 et 1982, 
l’AFP fut
une cible de choix
pour le KGB
PAGES 14-15
Ukraine
Les déboires
de la brigade
« Anne de Kiev »
équipée et formée par la 
France, la 155e brigade mécanisée 
fait l’objet d’un immense scan-
dale en Ukraine depuis qu’un 
journaliste, Yuri Butusov, a dé-
noncé « le véritable chaos organi-
sationnel » que son déploiement 
sur le terrain provoquait. Scindée 
en petites unités destinées à ren-
forcer d’autres brigades en diffi-
culté sur le front, cette unité 
aurait rencontré tant de problè-
mes internes que 1 700 soldats 
l’auraient abandonnée avant 
même le premier coup de feu. 
Pour l’heure, les autorités de Kiev 
observent un silence embarrassé.
PAGE 2
Musique
Hommages
croisés 
à Pierre Boulez
et à Luciano Berio
PAGE 16
Vendredi, lors du conseil 
des ministres, le chef 
de l’Etat a réclamé « de 
l’unité et de l’audace ». « Il 
ne faudra pas caboter le 
long du rivage, se conten-
ter de gérer », a-t-il ajouté
PAGE 7
Politique
Macron délivre 
ses conseils au 
gouvernement 
Bayrou
Pékin profite du retrait 
des Occidentaux pour 
s’implanter dans l’exploi-
tation minière au Mali, au 
Burkina Faso et au Niger. 
Premiers concernés : le 
lithium, l’or et l’uranium
PAGE 12
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2 | INTERNATIONAL DIMANCHE 5 - LUNDI 6 JANVIER 2025
0123
Les déboires de la brigade 
mécanisée « Anne de Kiev »
En Ukraine, le déploiement de la brigade formée en France, 
dispersée sur le front, attise les critiques contre l’état-major
REPORTAGE
région de donetsk (ukraine) - 
envoyé spécial
I
l est là, déployé sur une posi-
tion distante d’une quin-
zaine de kilomètres des pre-
mières lignes russes, le ca-
non français automoteur Caesar, 
dissimulé sous un filet de camou-
flage. Le ciel est si bas, ce dernier 
matin de l’année 2024, que le 
commandant de plusieurs batte-
ries d’artillerie automotrice en 
profite pour rendre une visite ra-
pide à ses hommes. « Le ciel est 
avec nous », lâche l’officier supé-
rieur de 26 ans, « Cosaque », de 
son nom de guerre, se réjouissant 
du brouillard qui limite les vols 
de drones russes. Le long de cette 
lisière de bois plantée entre deux 
champs, quelques hommes fu-
ment des cigarettes, boivent du 
thé, tentent de se réchauffer dans 
un abri de fortune, dans la terre 
noire et gelée.
Il y a encore deux mois, bien 
loin de là, tous participaient à des 
entraînements dans l’est de la 
France, visant à former la 155e bri-
gade mécanisée, baptisée « Anne 
de Kiev ». L’annonce de la création 
de l’unité, équipée par la France, 
avait été faite par Emmanuel Ma-
cron, lors des commémorations 
des 80 ans du débarquement de 
Normandie, auxquelles partici-
pait son homologue ukrainien, 
Volodymyr Zelensky.
D’une durée de neuf semaines, 
ce « programme inédit, unique », 
selon le ministre français des ar-
mées, Sébastien Lecornu, aura 
permis de former quelque 
2 300 hommes, auxquels ont été 
ajoutés d’autres soldats entraînés 
en Ukraine. Soit 4 500 hommes. 
Du matériel militaire français a 
aussi été livré : 18 canons Caesar, 
128 véhicules de l’avant blindé 
(VAB), 18 blindés de reconnais-
sance feu AMX-10 RC, 10 camions 
Renault TRM et 20 postes de mis-
siles antichar Milan. S’y ajoutent 
une trentaine de chars lourds al-
lemands Leopard 2A4, fournis 
par la Pologne.
Mais le déploiement de cette 
nouvelle brigade en décem-
bre 2024 a soulevé un immense 
scandale dans le pays, déclenché 
par le journaliste militaire et ré-
dacteur en chef du média Cen-
sor.net, Yuri Butusov. Ce dernier 
avait déjà critiqué le démantèle-
ment d’une partie de la brigade en 
plusieurs petites unités envoyées 
pour soutenir d’autres brigades 
sur le front, dès la mi-décembre. 
Une quinzaine de jours plus tard, 
le 31 décembre, il revenait à la 
charge, publiant une longue en-
quête accusatrice pour les autori-
tés militaire et politique. Le jour-
naliste décrit une unité formée 
dès mars 2024 dans un « véritable 
chaos organisationnel dans toutes 
ses composantes » qui aurait fina-
lement été attachée à d’autres 
unités sur le front pour y « colma-
ter les trous ». Il affirme que les 
problèmes internes auraient 
poussé « 1 700 » soldats à aban-
donner leurs unités avant même 
le premier coup de feu, qu’ils aient 
été formés en France ou en 
Ukraine. Cinquante cas de déser-
tion auraient aussi été enregistrés 
dans l’Hexagone.
Yuri Butusov assure en outre 
que les hommes n’auraient pas 
été équipés de drones ou de sys-
tème de guerre électronique par 
l’Etat ukrainien, des équipements 
cruciaux. Le correspondantparlementaire, assure Sophie 
 Primas : le projet de loi sera bien 
examiné à partir du 14 janvier à 
l’Assemblée nationale.
Ce premier conseil des minis-
tres est donc expédié en quarante 
minutes. Mais il donne lieu à un 
changement de registre de la part 
du chef de l’Etat. Resté en retrait 
durant le bail de Michel Barnier, 
Emmanuel Macron ne s’est pas 
privé, vendredi, de délivrer ses 
conseils aux membres du gou-
vernement de François Bayrou, 
invitant les ministres à l’« unité » 
et à l’« audace », notamment pour 
faire adopter rapidement un 
 budget. « Il ne faudra pas caboter 
le long du rivage, se contenter de 
gérer », leur lance-t-il, mais « pro-
poser de nouveaux dispositifs », 
« des solutions ».
Deux visions s’opposent
Dotée d’une faible légitimité, pri-
vée de majorité à l’Assemblée 
 nationale comme l’était le gou-
vernement Barnier, censuré trois 
mois après son installation, la 
nouvelle équipe a intérêt à passer 
par la voie réglementaire, a pré-
venu le chef de l’Etat. « Vous êtes à 
la tête d’administrations, dirigez-
les, a-t-il ordonné, selon un parti-
cipant. La vie des Français ne 
change pas car une loi est votée ou 
une parole prononcée. »
Emmanuel Macron avait déjà 
indiqué au gouvernement la 
 marche à suivre, lors de ses vœux 
aux Français, le 31 décembre, plai-
dant pour un « réveil européen » et 
« une France qui continue d’être 
 attractive, qui travaille et innove 
plus, qui continue de créer des em-
plois et qui assure sa croissance en 
tenant ses finances ». « J’y veille-
rai », promettait-il.
Si le chef de l’Etat croit encore 
possible et souhaitable, malgré 
son propre affaiblissement et 
 celui de l’exécutif, de lancer de 
nouvelles réformes, François Bay-
rou exprime, depuis son arrivée à 
 Matignon, une vision plus prag-
matique et plus modeste de ce que 
doit être la suite du quinquennat. 
Confronté à un « Himalaya » de 
difficultés, le premier ministre, en 
« fils de paysan béarnais », comme 
il se définit lui-même, avance un 
pas après l’autre, plaçant la « ré-
conciliation » et la « stabilité » au 
cœur de son projet, quitte à fixer 
un objectif de réduction du déficit 
public moins ambitieux que celui 
proposé par Michel Barnier. 
« Au fond, Bayrou est davantage 
président dans sa manière de 
 consolider les choses ; tandis que 
Macron, qui s’intéresse aux dos-
siers, est plus premier ministre », 
résume un macroniste historique, 
proche des deux hommes.
Rien n’a filtré du long déjeuner 
qu’ont partagé les deux chefs de 
l’exécutif, jeudi. La franche expli-
cation qui les a opposés, le 13 dé-
cembre, pour finalement aboutir 
à la nomination de François 
 Bayrou à Matignon, n’aurait en 
rien détérioré leur relation, aux 
Lors du premier conseil des ministres du gouvernement de François Bayrou, à l’Elysée, le 3 janvier. CYRIL BITTON/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »
 dires de leurs proches. Celle-ci, 
nourrie par plus de sept ans de 
compagnonnage entre le jeune 
président et le centriste trois fois 
candidat à la présidentielle, n’est 
pas seulement politique, mais 
quasi filiale. Dès avant Noël, Fran-
çois Bayrou, jaloux de cette rela-
tion, dont il ne dévoile jamais les 
ressorts, et averti de la nocivité des 
« entourages », avait assuré qu’il 
ne se laisserait pas entraîner dans 
« le petit jeu de l’affrontement ». Et 
il entend, là où il est, continuer à 
« protéger » Emmanuel Macron, 
comme il le fait depuis 2017.
Si deux visions s’opposent au 
sommet de l’Etat, « il n’y a pas de 
malentendu avec Bayrou, alors 
qu’il y en avait un avec Barnier », 
veut croire un ami d’Emmanuel 
Macron, faisant référence au ma-
laise qui s’était très vite installé 
entre le Savoyard et le président, 
ce dernier ne supportant pas de 
voir sa politique probusiness 
écornée par l’ancien ministre de 
Jacques Chirac. Au point que le 
précédent tandem s’apparentait à 
une authentique cohabitation.
Comme le symbole d’une 
 complicité retrouvée, Emmanuel 
 Macron s’est attardé auprès des 
membres du gouvernement à l’is-
sue du conseil des ministres. Dont 
le compte rendu, qui avait été dé-
localisé dans un bâtiment des 
 services de Michel Barnier, lors-
que ce dernier était à Matignon, a 
été rapatrié à l’Elysée, à la de-
mande de François Bayrou. p
nathalie segaunes
Emmanuel 
Macron ne s’est 
pas privé 
de délivrer 
ses conseils 
aux membres du 
gouvernement 
de François 
Bayrou
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8 | france DIMANCHE 5 - LUNDI 6 JANVIER 2025
0123
saint-denis, saint-pierre et saint-joseph 
(la réunion) - envoyée spéciale et correspondant
Q
uand elle danse, jusqu’à 
l’épuisement, Sophie Cal-
ton oublie la petite fille ti-
mide du quartier du Chau-
dron qu’elle fut, pour re-
trouver avec bonheur ses 
aïeux venus d’Afrique. « La 
danse a été pour moi un appel, une identité 
puisée aux racines », confie cette professeure 
d’anglais de 47 ans. « C’est d’abord un “fonn-
ker” [en créole, un “fond de cœur”], une libre 
expression de ce qui vibre à l’intérieur. » 
Ce 4 décembre 2024, dans un gymnase de 
Saint-Denis, la troupe de l’association Danses 
 Musiques africaines répète sa chorégraphie, 
en vue du défilé du 20-Décembre, le jour férié 
qui marque l’abolition de l’esclavage à La Réu-
nion, en 1848. Le maloya, chanté et dansé de-
puis lors, a une nouvelle fois emporté les 
cœurs. « Ce jour-là, nous pouvons lâcher notre 
“lang kozé” », le créole, longtemps étouffé 
dans les familles au profit du français, souli-
gne la danseuse.
Johnny Payet, le maire (Rassemblement 
national, RN) de La Plaine-des-Palmistes, 
dans les montagnes, a bien été le seul à refu-
ser de marquer l’événement. Dans toute l’île, 
comme à l’accoutumée, les communes se 
mobilisent. Partout, on se retrouve dans la 
rue, que l’on soit « yab » (les Créoles blancs 
originaires des hauts de l’île), « malbar » 
(d’origine indienne), « zarab » (musulman 
originaire du Gujarat, en Inde, ou de 
 Maurice), « cafre » (descendant d’esclave afri-
cain), « chinois », « malgache » ou « zorey » 
(métropolitain). Le 20-Décembre, ou Fête 
des cafres, illustre aussi le métissage de la so-
ciété réunionnaise, sa « batarsité », selon la 
chanson du musicien Danyèl Waro.
« Ce jour participe du fait d’être réunion-
nais », confirme Nelly Pragassam, qui 
s’échauffe avec les danseuses de l’association. 
« On se sent libre. Personne ne va demander 
pourquoi tu es bronzée, d’où tu viens. » Le ras-
semblement annuel « permet de nous apai-
ser », estime la maire socialiste de Saint-Denis, 
Ericka Bareigts. « On peut parler de l’ignominie 
passée sans rejeter l’autre. Arriver au dépasse-
ment de soi, sans négation. » L’élue de 57 ans 
confie n’avoir entendu pour la première fois 
le maloya qu’en 1981, grâce à la libération des 
radios décidée par François Mitterrand. La 
municipalité mène depuis 2020 un travail de 
réhabilitation des lieux effacés de l’esclavage 
dans la ville, et développe l’éducation popu-
laire sur l’histoire commune.
S’associeront évidemment au 20-Décem-
bre des « Komor », les Mahorais impropre-
ment qualifiés de « Comoriens ». Mais le su-
jet de Mayotte, ici, est devenu sensible. De-
puis peu, les derniers arrivés du départe-
ment voisin en crise focalisent l’attention, 
réveillant bien malgré eux les douleurs 
d’une société marquée par de grandes diffi-
cultés sociales. La Réunion cultive aujour -
d’hui avec application son exception multi-
culturelle, qu’elle découvre fragile.
« Un discours nocif, anti-mahorais, se ré-
pand, une ambiance mauvaise, et cela va dégé-
nérer », s’inquiétait déjà Gilbert Annette, an-
cien maire socialiste de Saint-Denis (1989-
1994, 2008-2020), avant le drame humani-
taire causé par le cyclone Chido, qui a ravagé 
l’archipel voisin le 14 décembre 2024. Si la so-
lidarité entre les deux îles de l’océan Indien 
s’est mise en place de façon spectaculaire dès 
le lendemain de la catastrophe, les tensions 
persistent.Des personnes âgées se plaignent 
régulièrement auprès de l’ex-élu – les femmes 
mahoraises prendraient trop de place dans le 
bus, lesquelles ne supportent pas d’être mon-
trées du doigt par ceux qui ignorent leur qua-
lité de Françaises. D’autres administrés assu-
rent que la culture moringue (un art martial 
de l’océan Indien) du « coup de poing » ap-
porte de la violence. Ou que les Mahorais res-
tent isolés, étrangers au monde occidental.
« UN MODÈLE ANIMÉ ET VIVANT »
Surtout, quelques dizaines de mineurs dé-
laissés, arrivés de Mayotte, forment désor-
mais un abcès de fixation. A Saint-Denis, ba-
garres de bandes, agressions, mutilations 
d’animaux en guise de rite d’initiation em-
poisonnent la vie des quartiers. Sans solution 
à ce jour. « C’est un vrai sujet de dysfonctionne-
ment, qui crée une peur », s’inquiète Ericka 
 Bareigts. « Le racisme est là. Le modus vivendi 
est en train d’être fracassé par ces jeunes. » 
Pour mieux comprendre le phénomène, qui 
mêle en réalité Créoles et Mahorais, filles et 
garçons, l’élue réunira un comité local de pré-
vention de la délinquance début 2025. « Notre 
arme est notre vision de la construction d’un 
territoire assumant son multiculturalisme. 
Mais cela ne suffira pas. Il faut remettre de la 
justice dans la société, car l’injustice pousse à 
accuser le dernier arrivant de prendre la der-
nière miette », ajoute l’élue locale.
Le vivre-ensemble si particulier de La Réu-
nion est affaire récente, rappelle l’historien 
Loran Hoarau. C’est après l’esclavagisme et 
l’engagisme – quand les travailleurs 
n’étaient plus des « biens meubles », mais 
toujours des exploités – que les Réunionnais 
ont défini leur histoire commune contem-
poraine. Au « temps longtemps », de 1938 à 
1975, celui d’une société « sans droits sociaux, 
encore un pied dans la plantation de canne à 
sucre, et pourtant source de nostalgie », a suc-
cédé, selon M. Hoarau, le « komela », depuis 
1975, date de la fin du franc CFA. Soit l’entrée 
dans la modernité, le temps des territoires 
urbains et des problèmes de la jeunesse.
L’université travaille sur les identités réu-
nionnaises. Les descendants d’esclaves ont 
exploré leur héritage. « Chacun a ainsi pu 
connaître ses origines, jusqu’à former le récit 
d’ensemble, dans les années 2000 », explique 
M. Hoarau. Dans ce cadre, le départ de mil-
liers de bacheliers îliens pour suivre leurs 
études fut, selon lui, « le mécanisme le plus 
puissant d’entrée dans l’identité réunion-
naise ». Car, dans l’Hexagone, ils ont été som-
més de se définir. « Je me suis vue, alors, et 
pour la première fois, comme une métisse », 
confirme la sénatrice socialiste Audrey 
 Bélim, 37 ans.
Les renouveaux identitaires successifs, ta-
moul, malgache, gujarati, ont pu faire crain-
dre des dérives communautaires. Il n’en a 
rien été. Depuis 2003, la Fédération tamoule 
de La Réunion rend hommage, le 11 novem-
bre, aux travailleurs engagés autour du 
 Lazaret de la Grande-Chaloupe, l’Ellis Island 
réunionnais, où arrivaient les migrants. Le 
conseil départemental a pris le relais de la 
commémoration au cours de laquelle cha-
que groupe honore sa religion. Le préfet a 
modifié le protocole républicain pour être 
présent à cette autre cérémonie officielle, 
outre celle de l’Armistice du 11 novem-
bre 1918. « On ne naît donc pas réunionnais, 
c’est un mécanisme fin, celui d’un modèle 
animé et vivant, résume M. Hoarau. Il repose 
sur des dynamiques raciales, mais tout est né 
dans une créolisation qui amène l’autre à 
trouver sa place. » Il suffit de participer à un 
pique-nique du dimanche, solide et joyeuse 
tradition réunionnaise où se mêlent toutes 
les strates de la société, pour le comprendre.
Fin d’après-midi, à Saint-Denis. Le chant du 
muezzin résonne depuis la grande mosquée 
du centre-ville, surprenant le visiteur venu de 
l’Hexagone. « Cela n’incommode personne », 
se réjouit M. Annette, qui a autorisé cet appel 
quotidien. La première mosquée de France 
est née ici, en 1897, dans une case créole, rap-
pelle Sahara Cassim. Cette doctorante, une 
sunnite qui dit « être née française et malga-
che », achève pour début 2025 un ouvrage très 
attendu par les familles indo-musulmanes 
de La Réunion : Zarabs et Karanes. Une his-
toire du peuplement gujarati de La Réunion, 
entre 1860 et 1980 – près de 80 000 person-
nes. La chercheuse a extrait d’albums fami-
liaux des photos jamais exposées, témoins 
du parcours de grandes lignées réunionnai-
ses, les Ravate, Patel ou Omarjee. Leurs pre-
miers membres furent des commerçants de 
nationalité britannique, venus d’Inde via 
 Madagascar et Maurice au XIXe siècle.
« Ces musulmans sont arrivés avec un esprit 
de compromis parce qu’ils étaient issus d’une 
minorité dans le contexte hindou, et qu’ils ont 
été victimes de violentes émeutes commu-
nautaires à Madagascar », souligne la jeune 
femme. Avant les Français de Mayotte, ces 
indo-musulmans ont vécu le rejet, quand le 
journal local Le Ralliement, fin 1898, appelait 
à « mettre les Arabes dehors ». Aujourd’hui, 
personne ne remettrait en cause leur statut 
de Réunionnais. Mais, note Mme Cassim, 
« nous sommes pris dans un contexte natio-
nal et global, avec des courants qui peuvent 
fragiliser ce modèle ».
Les Mahorais sont des « boucs émissaires », 
juge Elie Hoarau, 86 ans, compagnon de 
route de l’ancien élu communiste Paul 
 Vergès (1925-2016) et retraité à Saint-Pierre. 
« Ici, on a transcendé les races, grâce au com-
munisme et au christianisme. Ce qui fragilise 
le vivre-ensemble, ce sont les inégalités et la 
pauvreté. » D’autres vont plus loin : « On a 
beau saluer le métissage, la hiérarchie du plus 
blanc au plus noir demeure », estime le musi-
cien Gaël Velleyen. Pour cette ancienne fi-
gure des « gilets jaunes », les Réunionnais 
« conservent une image négative d’eux-mê-
mes, un complexe d’infériorité, dans un sys-
tème colonial qui n’a, au fond, pas évolué ».
Depuis sa case de Matouta, sur les hauts de 
Saint-Joseph, au sud de l’île, le comédien 
 Sergio Grondin réfléchit à un futur spectacle 
sur ce thème, « Komor ». Après avoir mis en 
scène la transmission créole, la violence 
 conjugale, la déportation des enfants réu-
nionnais dans la Creuse dans les années 
1960 à 1980, le sujet s’impose à lui. « Devant 
les Mahorais, les Réunionnais se voient tels 
qu’ils étaient, eux, il y a cinquante ans. Cette 
question nous ramène aussi à notre africa-
nité, et cela n’est pas simple. » Le territoire, 
analyse l’artiste, abrite désormais « une so-
ciété en tremblement, prise entre surdévelop-
pement et sous-développement. Les gens se 
sentent dépossédés. Ils ont peur de la violence 
qui arrive. Et cherchent donc sur qui tirer ».
CRISE EXPORTÉE 
Le RN capitalise sur les sujets migratoires, 
cherchant des voix chez les « yabs » des hauts 
de l’île comme dans les quartiers populaires. 
Dans son petit local du quartier des Camélias, 
à Saint-Denis, l’Association développement 
santé éducation de l’océan Indien prépare les 
ventes solidaires de Noël en même temps que 
le 20-Décembre. De père comorien et de mère 
mahoraise, Ansoire Oimadi, cadre de l’asso-
ciation, vit à La Réunion depuis six ans et se 
dit « très touché de la manière dont on commé-
more ses ancêtres ici ». Titulaire d’un master 
en médiation culturelle, le jeune homme 
cherche dans les archives départementales 
des personnalités comoriennes dont le nom 
pourrait figurer dans l’espace public au titre 
de leur contribution passée à la société locale.
Le discours anti-mahorais s’est décom-
plexé « un peu avant le Covid, quand Marine 
Le Pen est venue », estime à ses côtés Ibrahim 
Moussa, président de l’association. Lui pré-
fère parler de « cohabitation » plutôt que de 
« vivre-ensemble », en raison des tensions 
qu’il observe. « Les familles mahoraises arri-
vées depuis une dizaine d’années sont toutes 
dans des parcours de formation ou tra-
vaillent. Elles veulent s’intégrer, sont assidues 
aux cours d’alphabétisation », explique-t-il 
aux gens du quartier. Les nouveauxvenus, 
« ON A BEAU SALUER 
LE MÉTISSAGE, 
LA HIÉRARCHIE 
DU PLUS BLANC 
AU PLUS NOIR 
DEMEURE »
GAËL VELLEYEN
musicien
A La Réunion, le 
vivre-ensemble 
mis à l’épreuve
LA RÉUNION, FRAGILE MODÈLE EN OUTRE-MER 1|4 
L’île cultive avec application son exception 
multiculturelle, mais le racisme contre
les Mahorais réveille les douleurs
d’une société marquée par les difficultés
O U T R E - M E R
OCÉAN INDIEN
20 km
Saint-Denis
Saint-
Philippe
Saint-
André
Saint-
Pierre
Saint-
Pierre
Saint-
Joseph
Saint-
Joseph
Saint-
Paul
Saint-
Paul
La Plaine-
des-Palmistes
La Plaine-
des-Palmistes
SalazieSalazie
Rivière
Langevin
Rivière
Langevin
p8 b1 p8 b1
0123
DIMANCHE 5 - LUNDI 6 JANVIER 2025 france | 9
Une famille 
mahoraise 
au bord
de la rivière 
Langevin, sur l’île 
de La Réunion, le 
1er décembre 2024.
MORGAN FACHE/DIVERGENCE 
POUR « LE MONDE »
surtout locataires dans le parc privé, sont ac-
cusés à tort d’occuper le parc social, dans un 
département où 45 000 familles attendent 
un logement, ajoute-t-il.
La créolisation sera-t-elle une fois encore la 
plus forte ? La crise exportée de Mayotte est 
de nature à déstabiliser La Réunion, affir-
ment à l’unisson les élus locaux. « Elle va 
nous déborder », alerte le député La France 
insoumise Perceval Gaillard. Au fond, « c’est 
à la France de faire en sorte que Mayotte ne 
soit pas un danger, en égalisant les presta-
tions sociales », moitié inférieures au niveau 
national, abonde la présidente (divers gau-
che) de la région, Huguette Bello. « Si nous 
voulons que le territoire reste cohérent, garde 
sa stabilité, il faut arrêter l’appel d’air et don-
ner à Mayotte les moyens de son propre déve-
loppement », plaide le macroniste Cyrille 
Melchior, président du département. Les 
uns et les autres réclament un plan d’accom-
pagnement de l’Etat qui permette d’envoyer 
des familles mahoraises dans l’Hexagone.
Dans son restaurant de la plaine des Cafres, 
où il sert de mémorables caris au feu de bois 
sous le portrait de Paul Vergès accroché au 
mur, André Béton, 63 ans, lève son verre. Il 
trinque à la créolisation du monde avec tous 
ses clients, même ceux que cette langue hé-
risse manifestement autour de l’unique table. 
Cette figure originale, très connue sur l’île, 
évoque volontiers ses aïeux esclaves, Helfege 
et Rosette. Mais aussi son enfance en ville, à la 
« cité cow-boy » du quartier défavorisé du 
Chaudron. « Je veux retenir le côté magnifique 
de tout cela, pas le résidu de l’histoire colo-
niale. La Réunion reste un condensé de l’his-
toire du monde. Avec ce qu’il y a de mieux. »
On ne parle toujours pas de « minorités » à 
La Réunion, ni de « communautés ». Plutôt de 
« diversités au contact », soutient l’anthropo-
logue Thierry Malbert. « Les Réunionnais vont 
bien, dans le sens où ils ont comblé les ruptures 
du colonialisme. La valorisation des cultures 
par les collectivités fait partie du processus, et 
la reconnaissance de la créolité fait du bien à 
tout le monde », résume ce professeur de 
l’université de Saint-Denis. Après la créolisa-
tion des affichages municipaux de Saint-De-
nis, un « pacte de la langue » se prépare sous 
l’égide de la préfecture pour consolider ce bi-
linguisme dans les services publics. p
nathalie guibert
et jérôme talpin
Prochain article A La Réunion, des élus face 
à l’héritage des figures du passé
L’arrivée de sinistrés mahorais inquiète
Depuis le cyclone Chido, l’île de La Réunion s’alarme de la venue de mineurs délaissés 
saint-denis (la réunion) - 
correspondant
I l y a des interrogations qui 
montent », et de « l’inquié-
tude ». Pour Serge Hoareau, 
président de l’Association des 
maires du département de La 
Réunion, la question ne doit pas 
être taboue : « Nous nous deman-
dons si nous allons assister à un 
afflux de familles mahoraises. » 
Base arrière logistique pour 
l’acheminement de l’aide venue 
de l’Hexagone, La Réunion – dis-
tante de 1 400 kilomètres et où le 
niveau de vie est six fois plus 
élevé que chez son voisin de 
l’océan Indien – constitue un 
 possible refuge pour des sinistrés 
ayant perdu leur logement lors 
du passage du cyclone Chido qui 
a dévasté Mayotte, le 14 décem-
bre 2024. Mais aussi pour des per-
sonnes en attente de soins et des 
 parents soucieux de scolariser 
leurs enfants dans de bonnes 
conditions. Plus de 40 % des éta-
blissements scolaires ont été en-
dommagés. La rentrée, prévue le 
13 janvier, sera échelonnée en 
fonction des réparations.
Comme d’autres élus réunion-
nais, Serge Hoareau dit avoir été 
« rassuré » par le premier minis-
tre, François Bayrou. Après l’an-
nonce, lundi 30 décembre à 
 Mamoudzou, de son plan 
« Mayotte debout », il les a ren-
contrés le lendemain, à Saint-De-
nis. « Il ne serait pas logique de 
transférer les difficultés à La 
 Réunion », a appuyé le nouveau 
locataire de Matignon.
Premier sujet d’inquiétude des 
responsables politiques réunion-
nais : la scolarisation des enfants 
mahorais nouvellement arrivés. 
« Nos écoles sont saturées », alerte 
Serge Hoareau. En présentant 
son plan, le premier ministre 
avait déminé le terrain : « Pour les 
familles qui le souhaiteront, une 
scolarisation temporaire dans 
l’Hexagone pourra être organi-
sée. » Dans ce schéma, le système 
scolaire réunionnais, qui fera sa 
rentrée le 21 janvier à la suite des 
vacances de l’été austral, ne serait 
donc pas sollicité.
S’agissant du logement, les élus 
de La Réunion rappellent que, 
dans ce département, plus de 
40 000 familles sont déjà en at-
tente d’une solution. « Humaine-
ment, ce serait mentir de dire que 
nous pouvons accueillir des fa-
milles de Mayotte », affirme au 
Monde Huguette Bello, prési-
dente (divers gauche) du conseil 
régional.
« Devoir de solidarité »
Mme Bello, qui préside également 
le conseil d’administration du 
centre hospitalier universitaire 
(CHU), s’inquiète en outre de la 
hausse prévisible des évacuations 
sanitaires (près de 1 600 en 2022) 
en provenance de Mayotte alors 
que l’Etat a déjà une « dette de 
3 millions d’euros » vis-à-vis du 
CHU de La Réunion pour contri-
buer à cette prise en charge. 
 Plusieurs élus mettent aussi en 
garde sur les risques de dépro-
grammation d’interventions chi-
rurgicales provoquées par un af-
flux de patients. C’est pourquoi ils 
applaudissent l’« immense tra-
vail » de l’hôpital de campagne 
installé dans le stade de Cavani, à 
Mamoudzou, susceptible de ré-
duire les demandes d’évacua-
tions sanitaires.
Considérés souvent comme trop 
distants voire méprisants par 
leurs homologues mahorais, les 
acteurs politiques réunionnais 
restent toutefois soucieux de 
montrer un « devoir de solidarité 
envers la population de Mayotte », 
comme l’exprime Cyrille 
 Melchior, président (divers droite) 
du conseil départemental de 
La Réunion. « Il faut traiter ces 
 problèmes sans brutalité, avec con-
sidération, nous venons tous de 
l’Afrique de l’Est », contextualise 
Mme Bello en soulignant que sa col-
lectivité a versé 1 million d’euros 
d’aide d’urgence à Mayotte.
A La Réunion s’expriment des 
« fraternités humaines », assure 
Ericka Bareigts, maire (Parti so-
cialiste) de Saint-Denis, « mais ce 
n’est pas à notre île de régler les 
problèmes », nuance-t-elle avant 
de rappeler à l’Etat ses responsa-
bilités : « activer tous les moyens 
de la solidarité nationale pour re-
construire un territoire français 
qui est ruiné en raison de cette ca-
tastrophe naturelle ». 
L’ancienne ministre des outre-
mer estime qu’il « est temps d’ar-
rêter de tourner autour du pot », 
et de faire une « Mayotte forte » 
dans le cadre de la départemen-
talisation. « Il existe une loi éga-
lité réelle outre-mer sur certaines 
prestations sociales et familiales 
et cette loi n’a pas été appliquée », 
déplore Mme Bareigts. A Mayotte, 
le revenu de solidarité active est 
inférieur de moitié par rapport à 
l’Hexagone et le smic horaire 
brut diminué de 3 euros. Le credo 
de nombreux élus réunionnais 
est que Mayotte « doit obtenir les 
mêmes droits ». Une façon derendre La Réunion moins at-
trayante pour des familles ou des 
parents qui confient leurs en-
fants à des proches qui y sont 
installés. Ce thème resurgit lors 
de chaque crise qui ébranle 
Mayotte.
En toile de fond, se dessine 
aussi la question des mineurs dé-
laissés issus du 101e département 
français et des régulières flam-
bées de violence entre bandes 
imputées aux jeunes Mahorais. 
Un phénomène qui exacerbe 
une stigmatisation de plus en 
plus palpable de la communauté 
mahoraise dans l’île. 
Combien sont-ils à La Réunion, 
ces mineurs venus sans leurs pa-
rents et négligés par les proches 
censés les accueillir ? « C’est un 
chiffre noir impossible à évaluer 
avec précision », confie une 
source judiciaire en décrivant un 
sujet de préoccupation majeur 
avec « des jeunes décrochant très 
vite du système scolaire », « seuls 
avec d’autres jeunes dans des ap-
partements », et qui « commet-
tent des délits pour survivre ou 
qui reproduisent une logique de 
défense de leur territoire ».
Confrontée à ce type de délin-
quance dans plusieurs quartiers 
de sa commune, la maire de 
Saint-Denis plaide pour que les 
enfants restent avec leurs parents 
à Mayotte « avec une sécurité af-
fective », même si « les conditions 
d’accueil sont dégradées à l’école ». 
« Avoir des enfants esseulés qui 
 arrivent à La Réunion sans cadre 
parental pose d’énormes problè-
mes, observe Mme Bareigts. Je de-
mande au gouvernement un trai-
tement sérieux de cette affaire. » p
j. ta.
Mayotte bientôt « zone franche globale »
L’exécutif espère relancer une économie mal en point en exemptant les entreprises de taxes
C’ est une des mesures 
phares promises par 
le premier ministre, 
François Bayrou, pour « refonder 
Mayotte » après les ravages du cy-
clone Chido : l’île doit devenir 
pour cinq ans une « zone franche 
globale ». Une sorte de havre 
 fiscal, où « toutes les entreprises » 
seront temporairement exemp-
tées de taxes. Le dispositif, très 
exceptionnel, devrait se trouver 
au cœur de la « loi-programme » 
que le premier ministre entend 
soumettre au Parlement « dans 
les trois mois », a-t-il indiqué le 
30 décembre 2024.
Nouvelle annonce le lende-
main. Cette fois-ci, elle concerne 
les encouragements fiscaux ac-
cordés aux entreprises qui s’ins-
tallent dans les zones de revitali-
sation rurale, les zones franches 
urbaines (ZFU), les quartiers prio-
ritaires de la politique de la ville et 
les bassins d’emploi à redynami-
ser. Même si les contours du bud-
get pour 2025 restent flous en rai-
son de la crise politique, le gou-
vernement promet, dans un com-
muniqué, qu’il fera tout pour 
maintenir ces niches fiscales.
De Mayotte au bassin de Lavela-
net (Ariège) en passant par la ZFU 
du Val-Fourré à Mantes-la-Jolie 
(Yvelines) et le quartier prioritaire 
Kellermann à Laval, une même 
préoccupation : soutenir des zo-
nes mal en point, en y allégeant 
les impôts. Et, partout, une même 
interrogation : ce type de mesure, 
qui déroge au principe d’égalité 
devant l’impôt, est-il efficace ? A 
Mayotte, le patronat militait de-
puis des années pour obtenir une 
exemption fiscale la plus impor-
tante possible dans le cadre d’une 
zone franche globale, sur le mo-
dèle expérimenté en Corse entre 
1997 et 2001. Les pouvoirs publics 
n’y avaient pas donné suite jus-
qu’à présent. « Avec le cyclone, ils 
se sentent tenus d’agir, donc ils 
sortent cette carte comme une 
 solution de la dernière chance », 
analyse François Bost, géographe 
à l’université de Reims 
 Champagne-Ardenne et spécia-
liste des zones franches. Sur 
place, les entreprises pouvaient 
déjà voir leurs taxes réduites de 
50 % à 80 %, Mayotte étant depuis 
2019 une zone franche d’activité 
nouvelle génération. Le passage 
en zone franche globale de-
vrait permettre d’effacer totale-
ment les impôts.
« Pas sûr que tout cela suffise »
L’objectif affiché par François 
Bayrou est de « relancer une éco-
nomie sinistrée » et de « passer 
d’une économie souterraine à une 
économie déclarée », les entrepri-
ses n’ayant plus intérêt à tra-
vailler au noir. Un tel dispositif 
« présente le mérite d’anéantir les 
distorsions de concurrence avec 
les entreprises du secteur infor-
mel », plaidaient déjà les profes-
sionnels mahorais en mai 2024. 
A présent, les dirigeants des fédé-
rations patronales de Mayotte ré-
clament de ne plus payer aucune 
taxe ni cotisation sociale, et de 
bénéficier d’un crédit d’impôt 
sur investissement fixé à 30 %, 
comme en Corse, ainsi que d’un 
crédit d’impôt pour la compétiti-
vité et l’emploi porté à 20 %.
« Il n’est pas sûr que tout cela 
 suffise à compenser les handicaps 
de l’île : une population très pau-
vre, un marché intérieur extrême-
ment limité, un énorme déficit de 
compétitivité, observe toutefois 
 François Bost. D’autant que, de 
l’île Maurice à Madagascar et du 
Kenya au Mozambique, de nom-
breux concurrents de Mayotte se 
sont déjà positionnés pour attirer 
les investisseurs. »
Depuis les années 1970-1980, 
les zones franches et autres zo-
nes économiques spéciales se 
sont multipliées dans le monde. 
De quelques centaines en 1968, 
leur nombre est passé à près 
de 6 000 en 2022, selon la 
 Conférence des Nations unies 
sur le commerce et le développe-
ment. Elles ont proliféré en Asie 
et en Europe de l’Est. Grâce à la 
réduction des coûts autorisée 
par les dérogations fiscales et so-
ciales, des pays comme la Chine, 
le Vietnam ou la Pologne ont pu 
exporter massivement des biens 
industriels, et s’imposer dans la 
nouvelle division internatio-
nale du travail.
Ce modèle est cependant re-
mis en cause. Il est accusé de 
 favoriser l’exploitation d’une 
main-d’œuvre sous-payée, et 
d’inciter les multinationales à 
transférer leurs productions d’un 
pays à l’autre au gré des incita-
tions fiscales. Les fameuses « usi-
nes à roulettes ». En outre, l’impôt 
mondial sur les multinationales 
de 15 % minimum, validé en 2021 
par 140 Etats, doit amener ces 
pays à modifier leur approche. 
« L’objectif premier de ces règles » 
est justement « de combattre le 
 nivellement par le bas induit par 
la concurrence fiscale », souligne 
une étude publiée en juillet 
2024 par l’Institut international 
du développement durable, un 
think tank.
Une pertinence en débat
« En France, les zones franches re-
lèvent d’une autre logique, souli-
gne François Bost. Il ne s’agit pas 
de produire pour exporter, plutôt 
de maintenir des activités de 
 services dans des quartiers ou des 
communes en difficulté. » Mais là 
aussi, la pertinence de ces aides 
au regard de leur coût fait débat. 
Dans un rapport de 2020, l’Ins-
pection générale des finances et 
celle des affaires sociales se mon-
traient passablement critiques : 
« Les exonérations sociales et fis-
cales zonées n’ont pas démontré 
leur efficacité en matière de créa-
tion d’entreprises et d’emplois. »
Début 2024, le gouvernement 
avait commencé à élaborer une 
réforme des 100 zones franches 
urbaines actuelles, pour tenter 
de rationaliser le dispositif. 
Dans ce domaine comme dans 
d’autres, la dissolution de l’As-
semblée nationale en juin 2024 a 
tout stoppé. Désormais, l’ambi-
tion de l’exécutif se limite à pro-
longer les dispositifs en cours, 
malgré leurs faiblesses. Et, pour 
Mayotte, à les étendre, sans certi-
tude quant à leurs vertus. p
denis cosnard
« HUMAINEMENT, 
CE SERAIT MENTIR 
DE DIRE QUE NOUS 
POUVONS ACCUEILLIR 
DES FAMILLES 
DE MAYOTTE »
HUGUETTE BELLO
présidente du conseil 
régional de La Réunion
p9 b1 p9 b1
10 | france DIMANCHE 5 - LUNDI 6 JANVIER 2025
0123
I
ci, un homme est immortalisé en 
train de manger une plante en pot. Là, 
une femme apparaît en sous-vête-
ments dans sa chambre, agrafant son 
soutien-gorge. Un troisième est dé-
guisé en œuf de Pâques. Une autre 
encore est allongée sur son lit, on ne voit que 
ses bas de contention ; la photo est accompa-
gnée d’un message : « Elle vous attend ma 
cousine elle est prête. » Les images défilent, 
agrémentées d’émojis rieurs et de commen-
taires, dans une conversationFacebook en-
tre employés d’un Ehpad de l’Aveyron.
Leur unité, consacrée aux malades 
d’Alzheimer, fait l’objet d’une enquête, lan-
cée durant l’été 2020, après la découverte de 
ces échanges par la directrice de l’Ehpad 
privé associatif en question, le village de La 
Rossignole à Onet-le-Château (Aveyron). Au 
cours des investigations, d’autres « dysfonc-
tionnements » et « maltraitances » ont été si-
gnalés aux enquêteurs, comme des conten-
tions réalisées avec des draps, ou des por-
tions de repas récupérées par des membres 
du personnel. Quatre aides-soignants ont 
été licenciés par l’Ehpad et mis en examen.
Plus de quatre ans ont passé, et l’informa-
tion judiciaire ouverte pour « violences ag-
gravées, non-assistance à personne en péril, 
délaissement d’une personne incapable de 
se protéger, non-dénonciation de mauvais 
traitement, atteinte à l’intimité de la vie pri-
vée, vol » n’est pas terminée. Au point que les 
faire-part de décès des victimes, âgées et ma-
lades, ne cessent de venir gonfler le dossier. 
Andrée (1921-2021), Agnès (1945-2021), Jo-
sette (1932-2021), Alain (1948-2022), Amelia 
(1931-2022), Marie-Josée (1950-2023), Ma-
nuela (1927-2023), Jeannine (1933-2024)…
Un « délai » judiciaire que la juge d’instruc-
tion a tenu à justifier elle-même dans une 
ordonnance relative à la poursuite de l’in-
formation rendue en juillet, que Le Monde a 
pu consulter. « Le cabinet d’instruction de 
Rodez a connu des difficultés conjoncturel-
les », y admet-elle, évoquant une succession 
de magistrats et le manque récurrent de 
greffier. Le procureur de Rodez, Nicolas Ri-
got-Muller, évoque quant à lui un « pro-
blème d’effectifs » policiers, qui retarde l’en-
quête : « Ça n’a pas évolué depuis un mo-
ment. Je le regrette, mais on n’est pas encore 
au bout des investigations. »
« UN PARCOURS DU COMBATTANT »
Au Monde, des proches de victimes dans 
plusieurs affaires de maltraitance en Ehpad 
ont raconté leur désarroi devant la lenteur 
des procédures judiciaires, l’une soulignant 
son impression d’être « oubliée, comme [sa] 
mère au fond de son Ehpad », un autre re-
grettant « le silence après tout le “tintouin” 
des médias et des politiques ». En 2022, les ré-
vélations du livre Les Fossoyeurs, de Victor 
Castanet (Fayard), ont mis en lumière les 
maltraitances au sein d’Orpea. Se sont en-
suivies des dizaines et des dizaines de plain-
tes dans toute la France, bien au-delà de ce 
groupe privé d’Ehpad.
« Essentiellement des dossiers qui traînent », 
s’agace le vice-bâtonnier des Hauts-de-Seine, 
Fabien Arakelian. Lui a l’habitude de ce qu’il 
nomme pudiquement « les délais judiciai-
res », d’autant plus dans les dossiers de santé 
publique. « Mais là, c’est un parcours du com-
battant à chaque fois, c’est plus que particu-
lier », dénonce l’avocat, au sujet de sa cin-
quantaine de dossiers en cours dénonçant 
des maltraitances en Ehpad : « Les familles 
font face aux moyens des grands groupes, 
alors c’est le pot de terre contre le pot de fer. »
Ces délais ont des conséquences, notam-
ment à Onet-le-Château : de nouveaux faits, 
plus récents, ont été signalés après que l’af-
faire a éclaté. Un homme, dont la fille a dû 
tondre les cheveux tant ils étaient sales, une 
femme, découverte par sa fille, seule en train 
de pleurer au milieu d’un couloir, une autre, 
retrouvée « toute bleue » au petit matin par 
l’équipe de jour, strangulée avec un rideau, 
comme le raconte sa fille aux enquêteurs… 
Ils n’ont pas été ajoutés au dossier mais font 
l’objet d’une enquête en parallèle, « pour évi-
ter de retarder un peu plus l’instruction en 
cours », avance le parquet de Rodez.
« Difficile de croire que tout ça va aboutir un 
jour, soupire la fille d’une victime. On a es-
péré qu’avec le scandale Orpea, ça se réveille 
de notre côté. Mais non, le soufflé est vite re-
tombé. » Comme beaucoup de proches dans 
CES DÉLAIS ONT
DES CONSÉQUENCES : 
À ONET-LE-CHÂTEAU, 
DE NOUVEAUX FAITS, 
PLUS RÉCENTS, 
ONT ÉTÉ SIGNALÉS 
APRÈS QUE L’AFFAIRE 
A ÉCLATÉ
« Ma mère est 
morte en Ehpad 
et l’enquête 
n’a pas avancé »
Des proches de victimes de maltraitances 
dans plusieurs affaires racontent leur désarroi 
devant la lenteur des procédures judiciaires, dont 
les instructions peuvent s’étendre sur des années
D ÉP ENDANCE
Une hausse des tarifs jusqu’à 35 % autorisée dans le secteur public
Depuis le 1er janvier, des maisons de retraite peuvent augmenter fortement le prix de séjour. Une décision du gouvernement critiquée
L a potion risque d’être 
amère pour une partie des 
pensionnaires d’Ehpad. 
Antidote espéré contre l’asphyxie 
financière des établissements, 
dont plus des deux tiers sont en 
déficit, un décret, publié mercredi 
1er janvier, donne pour la pre-
mière fois aux établissements pu-
blics et associatifs la liberté d’aug-
menter leurs tarifs jusqu’à 35 % 
pour leurs nouveaux résidents. Le 
prix de séjour journalier moyen 
(65,50 euros à ce jour) pourrait 
ainsi culminer à plus de 85 euros. 
La crainte d’une flambée des prix 
inquiète une partie des spécialis-
tes des politiques du grand âge.
Le décret décline la loi « Bien 
vieillir » du 8 avril 2024, qui con-
sacre la possibilité d’une modula-
tion tarifaire dans les Ehpad non 
commerciaux, 70 % du parc de lits 
en France. Jusqu’à cette loi, leurs 
prix étaient entièrement régis par 
les départements, au motif qu’ils 
financent le séjour des résidents 
pauvres, qui bénéficient de l’Aide 
sociale à l’hébergement (ASH). 
Longtemps, les départements ont 
maintenu dans les maisons de re-
traite habilitées à accorder l’ASH 
des tarifs modiques et identiques 
pour tous les résidents.
Depuis 2021, conscients des dif-
ficultés économiques des Ehpad, 
une partie des départements ont 
accordé une majoration des tarifs 
pour les pensionnaires les plus 
aisés. Le Groupe SOS Seniors a été 
pionnier en la matière. Cinquan-
te-six Ehpad de cet opérateur 
 associatif appliquent un « sur-
loyer solidaire », qui peut attein-
dre jusqu’à 10,70 euros supplé-
mentaires par jour pour les rési-
dents dont les revenus sont au 
moins égaux à 3 000 euros par 
mois. « Sans ce surloyer, nos Ehpad 
seraient déficitaires », indique Loïc 
Rumeau, son directeur général.
Amplitude très grande
La loi consacre la différenciation 
des tarifs au sein des Ehpad non 
commerciaux. Elle préserve, pour 
les départements, le pouvoir de 
fixer les tarifs des résidents ASH, 
mais donne la liberté aux établis-
sements de relever leurs prix 
pour les autres résidents. Avec 
une amplitude très grande.
Paul Christophe, ministre des 
solidarités dans le gouvernement 
Barnier, est à l’origine de la fixa-
tion du plafond de la hausse pos-
sible à 35 %, après consultation de 
l’association Départements de 
France. « Celle-ci suggérait un taux 
entre 30 % et 40 %. J’ai transigé à 
35 % », assume-t-il.
Un plafond aussi élevé ôte une 
épine politique et financière du 
pied des départements. Les Ehpad 
auront moins besoin de les solli-
citer pour demander une hausse 
des tarifs des places ASH. « Ce dé-
cret est une façon de leur donner 
une marge financière supplémen-
taire sans obérer les dépenses des 
départements », se félicite Olivier 
Richefou, président (UDI) de la 
Mayenne. Vice-président chargé 
du grand âge à Départements de 
France, il considère que le plafond 
de 35 % est aussi « un garde-fou » 
contre les excès d’augmentation.
La Fédération hospitalière de 
France (FHF) salue le taux de 35 %. 
Les Ehpad hospitaliers se trou-
vaient, à cause d’un grand nombre 
de lits habilités à l’ASH, dépourvus 
de marge de manœuvre finan-
cière. La possibilité de faire évoluer 
les prix hors ASH est « une bouffée 
d’oxygène », souligne Marc Bour-
quin. Le conseiller « stratégie » à la 
FHF la juge « logique si l’on veut 
concilier un modèle économique 
pérenne pour le secteur public et 
une certaine justice sociale ». Il 
ajoute que le taux de 35 % est « as-
sez théorique à court terme ».
« Plus 35 %, c’est énorme », relève 
Luc Broussy, fondateur du think 
tank Matières grises quiregroupe 
des opérateurs d’Ehpad privés et 
publics. Le décret « peut contribuer 
à permettre à certains Ehpad de 
sortir la tête de l’eau, admet Pierre 
Roux, président de l’Association 
des directeurs aux services 
des personnes âgées. A long terme, 
c’est une porte ouverte au désenga-
gement des départements sur les 
prix de journée. Avec le risque que 
des Ehpad priorisent les personnes 
qui ont le plus de moyens ».
Stéphane Corbin, ex-directeur 
général adjoint de la Caisse natio-
nale de solidarité pour l’autono-
mie, juge le plafond de hausse 
autorisée trop haut : « Même si on 
peut espérer une autorégulation 
du secteur, je crains que des per-
sonnes qui n’ont pas les capacités 
financières de supporter des tarifs 
élevés se sentent évincées. » 
Aujourd’hui directeur général des 
services de la Gironde, il rappelle 
qu’une part importante de per-
sonnes éligibles à l’ASH ne la de-
mande pas. Elles pourraient re-
noncer à une entrée en Ehpad.
Une injustice
Le Haut Conseil de la famille, de 
l’enfance et de l’âge (HCFEA), com-
posé de fédérations d’employeurs, 
de syndicats et d’usagers, a rendu 
en décembre 2024 un avis au gou-
vernement lui demandant de ra-
mener le plafond de hausse à 15 %. 
« Le décret manque de tact et de 
mesure », estime Jean-Philippe 
Vinquant, son président. Les rési-
dents dont les retraites sont com-
prises entre 1 800 et 2 200 euros 
mensuels seront les plus pénali-
sés en cas de surloyers élevés. Ils 
ne sont ni suffisamment pauvres 
pour être éligibles à l’ASH ni assez 
riches pour être imposables.
Certes, les pensions ont été reva-
lorisées, « mais les gens très âgés 
sont nombreux à avoir de petites 
retraites », souligne Christine 
Meyer-Meuret, représentante de 
la Fédération nationale des asso-
ciations de retraités au HCFEA. 
« Une hausse de 35 %, ce n’est juste 
pas possible », s’exclame Chantal 
Deseyne, sénatrice (Les Républi-
cains) d’Eure-et-Loir. Coautrice 
d’un rapport sur les Ehpad à 
l’automne 2024, elle juge qu’une 
forte hausse des prix serait aussi 
pour les plus aisés une injustice, 
car « ils ont largement contribué à 
la richesse nationale en travaillant 
toute leur vie ».
Ministre des solidarités dans le 
gouvernement Attal, Catherine 
Vautrin avait émis au Sénat, le 
31 janvier 2024, un avis défavora-
ble à la modulation tarifaire intro-
duite dans le projet de loi « Bien 
vieillir ». Un « surloyer systémati-
que » dans les Ehpad revient à favo-
riser l’accueil des personnes solva-
bles au détriment des autres, avait-
elle soutenu. Ministre des solidari-
tés dans le gouvernement Bayrou, 
Mme Vautrin n’a pas hésité à signer 
le décret de son prédécesseur. p
béatrice jérôme
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0123
DIMANCHE 5 - LUNDI 6 JANVIER 2025 france | 11
ce dossier, elle n’ose pas donner son nom. Pe-
tit village, grosse institution. « Je ne veux pas 
d’ennui », résume-t-elle avant de trancher : 
« De toute façon, ma mère est morte l’été der-
nier et le dossier n’a pas avancé d’un poil. »
Début décembre 2024, une autre a définiti-
vement fermé la maison de sa mère. Et, de-
puis que sa « petite maman » est partie, Joëlle 
n’a plus tellement la force de se battre. « Je 
suis un peu ramollie », glisse-t-elle délicate-
ment. Alors ce dossier judiciaire qui 
traîne est désormais un peu trop lourd pour 
elle à porter, après ces années de « combat 
permanent » : « Celui de tous les aidants, con-
clut-elle sobrement, mais on ne peut pas 
comprendre tant qu’on n’y a pas les siens. »
« INSUFFISANCE DE PERSONNELS »
« Vous connaissez les unités Alzheimer ? C’est 
tellement douloureux de se retrouver dans cet 
autre monde, qu’on ne réagit à rien. On est té-
tanisés, on ne veut rien voir de ce qu’il se passe 
autour », explique de son côté Nathalie. A 
71 ans, son père n’était plus capable de parler 
ni d’exprimer ce qu’il ressentait. Lorsque sa 
fille a découvert les trois photos de la messa-
gerie sur lesquelles il apparaît, « humilié par 
ceux qui devaient prendre soin de lui », elle 
s’est effondrée : « Ce n’est pas juste de la mal-
traitance par manque de personnel ou de 
moyens. C’était intentionnel », enrage-t-elle, 
l’émotion intacte au fond de la gorge. Son 
père est mort en avril 2022. « Quand le procès 
va enfin arriver, s’il arrive un jour, il n’y en 
aura plus un de ce monde. C’est honteux. »
« L’Etat est tenu à une obligation : rendre la 
justice. Cette affaire c’est l’illustration de la 
faillite du système judiciaire, tance l’avocate 
d’une partie des victimes, Géraldine Vallat. 
Les familles sont totalement découragées. 
Nous, avocats, jouons les médiateurs entre 
une justice malade et des justiciables qui per-
dent espoir. » L’avocat de l’Ehpad d’Onet-le-
Château, Christophe Cabanes d’Auribeau, 
regrette, lui aussi, la lenteur judiciaire, qui 
« nuit à la réputation » de la structure, la-
quelle n’a pas été mise en examen, insiste-
t-il : « On n’aspire qu’à une chose, que le dos-
sier se termine. Ces gens ont sali l’image de 
La Rossignole. »
Autre enquête, autre Ehpad, même attente 
impuissante. « Le problème, c’est qu’on a l’im-
pression d’être toujours mis sous la pile. » Bras 
croisés et colère froide, Pascale Allier résume 
les trois ans et demi d’enquête sur la mort de 
sa mère en une saillie tranchante : « Per-
sonne n’est à la hauteur. » Rosine Dupont a 
été retrouvée morte par une aide-soignante 
dans la nuit du 10 au 11 juin 2021, un autre 
 résident assis sur son abdomen.
Elle vivait dans l’« unité protégée » de la Ré-
sidence de Longchamp, un Ehpad de Saint-
Cloud, dans les Hauts-de-Seine. « On devrait 
dire unité enfermée, parce que c’est tout ce que 
c’est », s’agace Pascale Allier. Elle aussi dé-
nonce la longueur de la procédure, mais sur-
tout que seul le résident malade soit mis en 
cause, et non « les failles du système ». Le sep-
tuagénaire a été déclaré irresponsable péna-
lement. « Ce n’est pas de sa faute. En revanche, 
dès son entrée, plusieurs alertes avaient été 
émises pour dire qu’il pouvait être dangereux, 
et rien n’a été fait », insiste Pascale Allier.
Le groupe privé DomusVi, qui gère la Rési-
dence de Longchamp, se défend : « Dès l’ap-
parition des signes d’un comportement vio-
lent chez ce résident, environ quatorze jours 
après son admission, ceux-ci ont fait l’objet 
d’une communication écrite, le 6 juin 2021, 
auprès du médecin intervenant sur la rési-
dence, dans le but de procéder à une réévalua-
tion diagnostique et thérapeutique de sa si-
tuation. En attendant cette réévaluation, une 
vigilance et une attention accrues ont été as-
surées par le personnel de l’unité. »
Dans leurs auditions, les membres du per-
sonnel racontent, eux, « des conditions de 
travail rendues difficiles par l’absence de mé-
decin coordinateur et l’insuffisance de person-
nels, particulièrement à l’étage Alzheimer », 
résume un brigadier dans un rapport de syn-
thèse, ajoutant que « la direction ne [trouvait 
pas de solution aux] signalements, ni sur ce 
point-là ni concernant les résidents violents ».
Pour Pascale Allier, « il y a tromperie sur le 
système » des Ehpad, d’autant plus dans les 
unités spéciales Alzheimer. Elle raconte 
l’avancée de la maladie de sa mère, son père 
refusant toute aide extérieure pendant des 
mois, la douleur d’un placement « à con-
trecœur », le relais familial mis en place pour 
tenir compagnie à Rosine tous les jours, dès 
son entrée à l’Ehpad… « On vous vend une 
surveillance nuit et jour, on vous dit “Rassu-
rez-vous il y aura toujours quelqu’un” et on 
découvre que pas du tout. Nous, on ne l’a pas 
abandonnée, ce sont eux. »
Selon DomusVi, deux personnes effec-
tuaient « des rondes régulières dans tous les 
étages » cette nuit-là. Une organisation 
« tout à fait conforme aux pratiques en vi-
gueur dans le secteur », selon le groupe, qui 
précise tout de même avoir, « à la suite de cet 
événement dramatique et imprévisible, (…) 
renforcé la présence du personnel interve-
nant la nuit dans la résidence en passant 
de deux à trois personnes, dont une affectée 
à l’unitéprotégée ».
Comme Pascale Allier, ils sont plusieurs à 
raconter au Monde leur « petite honte » au 
moment de « placer » leur parent, lorsque le 
diagnostic « troubles cognitifs type Alzhei-
mer » est tombé. « Sauf qu’on l’a mise là parce 
que, justement, on ne pouvait plus gérer 
seuls. » Pour tous ceux plongés dans ces af-
faires s’est ajoutée la culpabilité de n’avoir 
« rien vu ». « Mais comment faire la part des 
choses » face à cette maladie qui mélange 
passé et présent, fait perdre la tête, les mots, 
l’équilibre, s’excuse presque Pascale Allier. 
Désormais s’ajoute l’amertume de ne pas 
parvenir à rendre justice à sa mère.
« JE NE LÂCHERAI PAS L’AFFAIRE »
« Cette lenteur est d’autant plus incompréhen-
sible que la partie civile se manifeste réguliè-
rement dans ce dossier et que certaines inves-
tigations semblent peu complexes, comme 
obtenir l’avis de l’agence régionale de santé 
ou étudier des documents déjà saisis », 
s’étonne l’avocate de la famille de Rosine Du-
pont, Chloé Redon. L’information judiciaire 
est toujours en cours, explique le parquet de 
Nanterre, sans davantage de précision.
Christine Chouly n’est pas non plus « du 
genre à abandonner », mais elle voudrait 
bien « comprendre pourquoi il ne se passe 
rien » dans le dossier de sa mère. Quatre ans 
et demi ont passé depuis le dépôt de sa 
plainte et l’ouverture d’une enquête pour 
homicide involontaire. L’Ehpad Orpea (re-
nommé Emeis en mars 2024) des Bords de 
Seine à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), 
dans lequel sa mère a vécu pendant quel-
ques semaines, est au cœur du livre de Victor 
Castanet. Elle y est entrée en mars 2020 
après un accident vasculaire cérébral ; elle y 
est morte un mois et demi plus tard. En 
juin 2020, Christine Chouly a porté plainte, 
dénonçant un manque, voire une « absence 
totale » de soins, et a intégré une association 
de victimes. Elle a ensuite espéré que l’émoi 
suscité par Les Fossoyeurs fasse bouger son 
dossier. « Mais, rien de rien. Nous n’avons 
même pas été auditionnés. »
Le parquet de Nanterre explique au Monde 
que son dossier a en réalité été intégré à 
une gargantuesque information judiciaire 
ouverte contre X en novembre 2023 pour 
« homicide involontaire, blessure involon-
taire, mise en danger de la vie d’autrui et non 
assistance à personne en danger » regrou-
pant l’ensemble des plaintes pour « mal-
traitance institutionnelle » contre Orpea 
dans les Hauts-de-Seine, soit 53 plaintes re-
çues après la publication du livre de Victor 
Castanet et « l’ensemble des procédures déjà 
ouvertes », dont celle de Christine Chouly.
Cette dernière risque donc de devoir atten-
dre encore un bon moment avant un éven-
tuel procès. « Ça peut durer encore dix ans, je 
ne lâcherai pas l’affaire », répète-t-elle en ra-
contant avoir croisé des familles dans toute 
la France, qui « n’osaient pas » témoigner. 
Surtout « ceux qui ont encore leur parent 
dans ces Ehpad de malheur » et ont peur de 
perdre une place, si difficile à trouver, ou que 
leur proche soit encore moins bien traité, 
poursuit-elle : « Moi je n’ai rien à perdre, alors 
je parle dès que j’en ai l’occasion. Pour que plus 
jamais quelqu’un ne soit traité comme ma 
mère. » Elle s’appelait Louise et avait 86 ans.
Auprès du Monde, le groupe Emeis réagit 
en assurant s’être, depuis juillet 2022, « pro-
fondément transformé pour restaurer la con-
fiance » et « se concentrer sur son rôle social ». 
Et de conclure, concernant « le cas évoqué » : 
« La nouvelle direction souhaite renouveler 
aux proches ses sincères regrets. » p
lucie soullier
Attaque rue Nicolas-
Appert : le procès d’un 
terrorisme « culturel »
En octobre 2020, devant les anciens locaux 
de « Charlie Hebdo », un Pakistanais 
avait blessé deux personnes au couteau
L es caricatures de Mahomet 
publiées par Charlie Hebdo 
ont agi comme un puissant 
révélateur des différentes formes 
qu’a pris, au fil des années, le ter-
rorisme islamiste. L’attentat du 
7 janvier 2015 était d’essence pure-
ment djihadiste. L’assassinat de 
Samuel Paty, accusé de blas-
phème par un parent d’élève et un 
agitateur islamiste avant d’être 
décapité, le 16 octobre 2020, par 
un jeune Tchétchène radicalisé, a 
illustré la porosité entre discours 
islamiste et passage à l’acte djiha-
diste et la nocivité de certains usa-
ges des réseaux sociaux.
Quelques semaines avant l’as-
sassinat du professeur d’histoire-
géographie, un autre attentat, qui 
avait fait deux blessés, le 25 sep-
tembre 2020, devant les anciens 
locaux de l’hebdomadaire satiri-
que, et dont le procès devait 
s’ouvrir lundi 6 janvier, avait mis 
en lumière une troisième mani-
festation de cette menace : le ter-
rorisme « culturel ». Cet attentat 
n’était pas inspiré par un groupe 
djihadiste ou par une polémique 
concernant le contenu pédagogi-
que d’un cours de collège, agitée 
en France sur les réseaux sociaux, 
mais par le code pénal en vigueur 
dans un pays étranger, le Pakis-
tan, où le blasphème est passible 
de la peine de mort.
Ce 25 septembre 2020, Zaheer 
Mahmoud, un Pakistanais de 
25 ans, avait violemment attaqué 
au couteau deux jeunes gens qui 
fumaient une cigarette sous le 
porche d’entrée de l’immeuble du 
6, rue Nicolas-Appert, dans le 
11e arrondissement de Paris, qui 
se trouvent être les anciens lo-
caux de Charlie Hebdo. Les deux 
victimes, une femme de 28 ans et 
un homme de 32 ans, avaient été 
grièvement blessées à la tête et au 
visage. L’assaillant, originaire de 
la province pakistanaise du Pend-
jab, était arrivé en France en 2018 
sous une fausse identité afin 
d’être pris en charge en tant que 
mineur non accompagné.
Prêches incendiaires
Pour comprendre l’origine de 
cette attaque, il faut remonter 
trois semaines plus tôt. Le 1er sep-
tembre 2020, à l’occasion de 
l’ouverture du procès de l’attentat 
du 7 janvier 2015, Charlie Hebdo 
décide de republier les caricatu-
res de Mahomet ayant motivé 
l’attaque qui a décimé sa rédac-
tion, accompagnées d’un édito 
prémonitoire : « La haine qui nous 
a frappés est toujours là, et depuis 
2015 elle a pris le temps de muer 
(…) pour passer inaperçue et pour-
suivre sans bruit sa croisade impi-
toyable. Nous ne nous coucherons 
jamais. »
Cette republication déclenche 
aussitôt une vaste campagne de 
haine sur les réseaux sociaux, qui 
dépasse le cadre francophone 
pour s’étendre au Pakistan, au 
Maghreb, à l’Inde ou encore au 
Royaume-Uni. En Turquie et au 
Pakistan, les condamnations pro-
venaient du plus haut niveau de 
l’Etat. Le ministre des affaires 
étrangères pakistanais appelle 
même, à la télévision, à traduire 
les « responsables de cet acte mé-
prisable » devant un tribunal.
Dans les jours qui suivent, les 
manifestations se multiplient au 
Pakistan, en particulier à l’appel 
du Tehrik-e-Labbaik Pakistan, un 
parti radical qui réclame la mort 
des « blasphémateurs ». Cette for-
mation est dirigée par l’imam 
Khadim Hussain Rizvi, dont le 
terroriste écoutait assidûment 
les prêches incendiaires.
La rédaction de Charlie Hebdo 
est visée par une campagne de 
tweets haineux venus de toute la 
planète, au point que sa directrice 
des ressources humaines sera 
 exfiltrée de son domicile, cou-
rant septembre 2020, après avoir 
reçu des menaces. Quelques jours 
plus tard, Zaheer Mahmoud, 
ignorant que la rédaction du jour-
nal satirique a déménagé vers une 
adresse tenue secrète après l’at-
tentat du 7 janvier 2015, attaque 
au hachoir deux employés d’une 
agence de presse au pied des an-
ciens locaux de l’hebdomadaire.
Ce dossier terroriste se singula-
rise, dans la longue liste des atten-
tats ayant frappé la France. Zaheer 
Mahmoud refuse en effet d’être 
considéré comme un terroriste, et 
il n’a, de fait, répondu à aucun ap-
pel émanant d’un groupe djiha-
diste. Sa motivation, expliquera-
t-il aux enquêteurs, était pure-
ment religieuse. Imprégné par les 
prêches de l’imam pakistanais 
Khadim Hussain Rizvi, il dit avoir 
voulu venger les caricatures du 
Prophète, comme on l’aurait fait 
dans son pays, où le blasphème 
estun « très grand crime », dit-il.
« Dans notre islam, on dit que si 
quelqu’un insulte ou se moque de 
notre Prophète, il faut tuer ceux 
qui l’ont insulté », a-t-il expliqué 
en garde à vue. « Ce que j’ai fait, 
c’est bien. Je me sens mieux. Je 
 considère qu’ils sont bien punis. 
On ne se moque pas de la reli-
gion. » A ses yeux, son acte n’était 
donc pas un attentat – qui aurait 
selon lui consisté à attaquer une 
personne « innocente » –, mais un 
acte de foi. En apprenant en garde 
à vue que ses deux victimes ne 
travaillaient pas pour Charlie 
Hebdo, il a d’ailleurs esquissé un 
regret : « C’est pas bien pour eux 
alors, ils étaient innocents. »
Zaheer Mahmoud explique 
avoir conçu son projet quelques 
jours avant les faits en prenant 
connaissance de la republication 
des caricatures à travers des vi-
déos venues d’Inde et du Pakis-
tan, mais aussi en voyant des ima-
ges de manifestations dans son 
pays d’origine. « Les gens étaient 
révoltés », explique-t-il. Les en-
quêteurs ont également trouvé 
dans son téléphone de nombreu-
ses vidéos de l’imam Rizvi appe-
lant à tuer les « blasphémateurs ».
Selon un rapport réalisé en 2021, 
lors de sa détention dans un quar-
tier d’évaluation de la radicalisa-
tion, Zaheer Mahmoud « ne com-
prenait pas réellement le caractère 
terroriste de son acte ». Le jeune 
Pakistanais se dit d’obédience ba-
relvi, un mouvement sunnite né 
en Inde au début du XXe siècle, qui 
« se distingue par une dévotion 
marquée pour le personnage du 
Prophète », précise le rapport.
Outre l’assaillant, renvoyé pour 
tentative d’assassinats terroris-
tes, cinq de ses amis, âgés de 
17 à 21 ans au moment des faits, 
tous nés au Pakistan et arrivés en 
France entre 2018 et 2019, seront 
jugés pour association de malfai-
teurs terroriste. En raison de la 
minorité de deux d’entre eux au 
moment des faits, le procès se 
tiendra devant la cour d’assises 
des mineurs spéciale. Les débats 
s’y déroulent théoriquement à 
huis clos, mais la cour peut 
 décider de les rendre publics, 
tous les accusés étant désormais 
majeurs. p
soren seelow
LES RÉVÉLATIONS, 
EN 2022, DU LIVRE 
« LES FOSSOYEURS » 
AVAIENT ÉTÉ SUIVIES 
DE PLUSIEURS 
DIZAINES DE 
PLAINTES DANS 
TOUTE LA FRANCE
Aux yeux 
de Zaheer 
Mahmoud, son 
acte n’était pas 
un attentat, mais 
un acte de foi
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12 | ÉCONOMIE & ENTREPRISE DIMANCHE 5 - LUNDI 6 JANVIER 2025
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La Chine s’implante dans les mines du Sahel
Pékin profite du retrait des Occidentaux dans l’exploitation minière au Mali, au Burkina Faso et au Niger
C
asquette avec ses cinq 
étoiles de général d’ar-
mée sur la tête, lunettes 
de soleil sur le nez, As-
simi Goïta déambule devant les 
concasseurs, les tapis roulants et 
plusieurs tonnes de gravats d’une 
roche blanchâtre contenant un 
métal convoité à travers le 
monde : le lithium. Le 15 décem-
bre, le chef malien de la junte est à 
Goulamina, à environ 150 kilomè-
tres au sud de Bamako, pour inau-
gurer une usine de production de 
ce minerai qui sert notamment à 
produire des batteries électri-
ques. Sous pression financière 
croissante, les militaires au pou-
voir voient en ce nouveau site in-
dustriel un moyen de faire rentrer 
de l’argent dans leurs caisses.
Derrière ce projet, une société 
chinoise, cotée aux Bourses de 
Shenzhen et de Hongkong, qui 
utilisera ce minerai pour fabri-
quer des batteries en Chine : Gan-
feng Lithium. Comme d’autres en-
treprises étrangères, elle n’a pas 
échappé au tour de vis imposé par 
la junte dans le secteur minier. De-
puis leur arrivée au pouvoir par un 
coup d’Etat, en 2020, le général 
Goïta et ses camarades putscho-
souverainistes ont entrepris sa 
restructuration en adoptant un 
nouveau code minier. Parmi ses 
dispositions : jusqu’à 30 % des 
parts de chaque mine pour l’Etat, 
une hausse importante des taxes 
et l’obligation pour chaque société 
de verser ses bénéfices sur un 
compte bancaire au Mali.
Malgré ces mesures restrictives, 
Ganfeng Lithium, qui avait déjà 
investi plus d’une centaine de mil-
lions d’euros à Goulamina, a pour-
suivi son projet. A l’issue de sa vi-
site du site, Assimi Goïta a qualifié 
Pékin de « partenaire stratégique 
et sincère, qui est resté aux côtés du 
Mali dans sa lutte pour sa souve-
raineté économique et politique ».
Comprendre : pas comme la 
France, ancienne puissance colo-
niale devenue paria, avec laquelle 
veillance de la junte. « Ils ont les 
bons papiers parce qu’ils versent 
des pots-de-vin importants aux 
personnes concernées, tant au ni-
veau national que local. Les mili-
taires au pouvoir en profitent, à 
travers des intermédiaires qui tou-
chent de l’argent pour eux », dé-
nonce l’homme d’affaires précité.
Le quartier de Niaréla, à Bamako, 
illustre cette présence accrue. De 
nombreux commerces tenus par 
des ressortissants de l’empire du 
Milieu vendant du matériel d’or-
paillage – groupes électrogènes 
connectés à des pompes hydrauli-
ques, tamis, rampes de lavage… – y 
ont désormais pignon sur rue.
Essentiellement implantés dans 
les régions aurifères de l’ouest et 
du sud du Mali, ces chercheurs d’or 
chinois sont présents dans la zone 
de Kita, à 190 kilomètres à l’ouest 
de Bamako, ou dans celle de Ké-
niéba, près de la frontière avec la 
Guinée. Sur place, certains s’alar-
ment des dommages environne-
mentaux – déforestation, pollu-
tion des rivières, destruction de 
champs… – causés par ces explora-
tions tous azimuts. « Tant que ça se 
passe bien avec les responsables lo-
caux, ils récupèrent l’or, puis met-
tent le cap sur un autre site », expli-
que un dirigeant minier malien.
Pour l’instant actifs dans des mi-
nes d’or de petite à moyenne 
taille, ces miniers chinois lorgne-
raient des gisements plus grands, 
équivalents à ceux exploités par 
les multinationales occidentales 
implantées au Mali. Certains con-
currents les suspectent de mener, 
sous couvert de leurs activités lé-
gales d’orpaillage, des recherches 
sans autorisation en vue de dé-
couvrir des sites prolifiques.
Les mines du Burkina Faso et du 
Niger, avec lesquels le Mali forme 
l’Alliance des Etats du Sahel depuis 
2023, sont aussi dans le viseur de 
Pékin. « Les Russes font beaucoup 
de bruit, mais ce sont des amateurs 
comparés aux Chinois, qui s’im-
plantent dans la région en y dérou-
lant une stratégie beaucoup plus 
subtile. Quant aux Français, et aux 
Occidentaux de manière plus 
large, ils sont à côté de la plaque et 
ne cessent de perdre du terrain », 
estime un minier actif au Sahel.
Au Burkina Faso, un homme 
d’affaires chinois au crâne chauve 
et aux lunettes rondes est devenu 
particulièrement influent depuis 
la prise du pouvoir par le capi-
taine Ibrahim Traoré, en septem-
bre 2022 : Li Yubao. Le patron de 
China Yunhong International 
Holdings Group y est arrivé fin 
2019, un an après la reprise des re-
lations entre Ouagadougou et Pé-
kin au détriment de Taïwan, avec 
lequel le Burkina Faso était un des 
derniers pays africains à coopérer.
Généreuses donations
Un temps proche de plusieurs fi-
gures du régime de l’ex-président 
Roch Marc Christian Kaboré, il se 
lie ensuite aux putschistes qui ont 
pris les rênes du pays. La tâche 
n’est pas spécialement ardue : 
autour du capitaine Traoré, qui a 
rompu avec la France pour se rap-
procher de la Russie et de partenai-
res du Sud global, existe en effet 
une « aile chinoise », selon un offi-
cier, composée de quelques gradés 
réputés favorables à Pékin. Parmi 
eux, son directeur de cabinet, l’in-
fluent capitaine Anderson Medah, 
qui a en partie été formé en Chine.
Après l’obtention d’un premier 
permis de recherche d’or dans la 
région des Hauts-Bassins dé-
nommé « Somanguina », fin 2021, 
Li Yubao en obtient deux autres 
dans les régions du Plateau-Cen-
tral et du Centre-Est, « Paspanga » 
et « Yelembassé » – toujours pour 
des recherches d’or, mais aussi de 
cuivre ou de nickel –, en 2023. En 
parallèle, l’homme d’affaires, qui 
a été naturalisé burkinabé, veille à 
s’attirer les bonnes grâces du capi-
taine Traoré, devenumaître tout-
puissant et craint en son pays.
En novembre 2023, puis en 
juin 2024, il effectue deux dons, 
Dans une 
mine d’or, 
à Bouda, 
au Burkina 
Faso, le 
23 février 
2020. 
SAM MEDNICK/AP
pour un montant total de 465 mil-
lions de francs CFA, au fonds de 
soutien patriotique mis en place 
par le chef de la junte pour équiper 
et financer les volontaires pour la 
défense de la patrie, les supplétifs 
civils de l’armée. « J’ai l’intime con-
viction qu’avec le président du 
Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, 
le pays sera prospère, solide et sta-
ble dans les années à venir », soute-
nait-il dans un entretien au quoti-
dien national Sidwaya, fin avril.
Propulsé conseiller spécial 
d’« IB », comme les Burkinabés 
surnomment le capitaine Traoré, 
Li Yubao poursuit ses généreuses 
donations. Remise de 53 véhicules 
électriques au gouvernement en 
novembre, don de vivres et de 
12 millions de francs CFA aux veu-
ves et aux orphelins des militaires 
tués au front pour les fêtes de fin 
d’année… « Rien de tout ça n’est 
gratuit, dénonce un ancien minis-
tre burkinabé. Il a forcément ob-
tenu des contreparties, et proba-
blement dans les mines. »
M. Yubao a déclaré vouloir inves-
tir près de 1 000 milliards de francs 
CFA au Burkina Faso et y créer 
5 000 emplois. Ibrahim Traoré, lui, 
entend se servir des nombreuses 
connexions de son conseiller spé-
cial pour resserrer ses liens avec 
Pékin. Fin septembre, Li Yubao lui 
a présenté une délégation d’hom-
mes d’affaires chinois envisageant 
de s’implanter au Burkina Faso.
Au Niger, la Chine espère profi-
ter de l’éviction de la France pour 
Au Niger, la Chine 
espère pousser 
ses pions 
dans un secteur 
stratégique 
pour son 
développement : 
l’uranium
pousser ses pions dans un secteur 
stratégique pour son développe-
ment : l’uranium.
Selon l’Association nucléaire 
mondiale, la demande chinoise 
d’uranium, qui était d’environ 
11 000 tonnes en 2023, devrait at-
teindre les 40 000 tonnes en 
2040. Trouver de nouvelles filiè-
res d’approvisionnement est 
donc vital. Parmi elles, le Niger, 
où les autorités ont annoncé, en 
mai, que la Société des mines 
d’Azelik allait reprendre du ser-
vice après dix ans d’inactivité en 
raison de la chute des cours mon-
diaux de l’uranium.
Cette mine, majoritairement dé-
tenue par la Compagnie nucléaire 
nationale chinoise, doit fournir 
une partie du minerai nécessaire 
au bon fonctionnement des cen-
trales nucléaires chinoises. Elle 
est située à environ 150 kilomè-
tres au sud-ouest de la mine d’Ar-
lit, où le français Orano, confronté 
aux coups de butoir de la junte du 
général Abdourahamane Tiani, 
arrivé au pouvoir par un coup 
d’Etat en juillet 2023, a été con-
traint de suspendre ses activités.
Comme leurs camarades ma-
liens, les putschistes nigériens af-
fichent leur volonté de remettre à 
plat l’exploitation de leurs matiè-
res premières par les compagnies 
étrangères. En juin et en juillet 
2024, ils ont ainsi retiré à Orano et 
à l’entreprise canadienne GoviEx 
leurs permis d’exploitation res-
pectifs pour les mines d’Imoura-
ren – considérée, avec ses 
200 000 tonnes de réserve, 
comme l’un des plus grands gise-
ments d’uranium du monde – et 
de Madaouéla. Pour certains ex-
perts, nul doute que les nouveaux 
partenaires du Niger, Chine en 
tête, sont en embuscade pour ré-
cupérer une part du gâteau. p
benjamin roger
la junte malienne a rompu pour 
s’adosser à de nouveaux alliés. La 
Russie, qui lui fournit une aide mi-
litaire et sécuritaire, notamment à 
travers le groupe de mercenaires 
Wagner. Mais aussi la Chine, donc, 
qui entend accroître ses intérêts 
dans le secteur minier malien et, 
plus largement, au Burkina Faso 
et au Niger voisins, deux autres 
pays dirigés par des militaires 
putschistes ayant opéré le même 
basculement géostratégique que 
leurs frères d’armes maliens.
« Stratégie subtile »
Dans la foulée de l’arrivée du géné-
ral Goïta aux affaires à Bamako, 
« la présence chinoise dans les mi-
nes d’or s’est accentuée », indique 
un homme d’affaires malien. Des 
dizaines d’orpailleurs chinois, à la 
tête de sociétés moyennes plus ou 
moins structurées, ont profité de 
la réorganisation du secteur et du 
resserrement de l’étau autour des 
majors canadienne ou austra-
lienne historiques, telles Barrick 
Gold ou Resolute Mining, toutes 
deux soumises à de lourdes sanc-
tions des autorités. « Ils se sont en-
gouffrés dans la brèche et ont récu-
péré des places laissées vacantes 
par les miniers traditionnels », af-
firme un acteur du secteur malien.
Ces nouveaux orpailleurs chi-
nois exploitent aujourd’hui des 
sites aurifères à une échelle semi-
industrielle. Ils y travaillent léga-
lement, grâce à des permis d’ex-
ploitation obtenus avec la bien-
Les orpailleurs 
venus de Chine 
exploitent des 
sites au Mali à 
une échelle semi-
industrielle, avec 
la bienveillance 
de la junte Retrouvez en ligne l’ensemble de nos contenus
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0123
DIMANCHE 5 - LUNDI 6 JANVIER 2025 économie & entreprise | 13
A Antibes, les derniers jours de Marineland
Célèbre pour ses spectacles d’orques et de dauphins, ce zoo marin ferme après une décennie de polémiques
REPORTAGE
antibes (alpes-maritimes) - 
envoyée spéciale
C’
est le bouquet final 
du spectacle. Quand 
les deux orques, Wi-
kie et Keijo, se pro-
pulsent dans les airs et exécutent 
une pirouette symétrique, des 
cris de stupéfaction éclatent dans 
le public de Marineland, à Antibes 
(Alpes-Maritimes). Puis les corps 
monumentaux des deux cétacés 
retombent d’un grand « splash » 
dans le bassin bordé de palmiers. 
Le présentateur reprend le micro : 
le prochain spectacle, la Dolphin 
Fantasia, est dans une heure. « Ces 
jours-ci, les applaudissements sont 
un peu plus intenses. Les gens sa-
vent que c’est la dernière fois qu’ils 
voient ces orques… On sent leur 
soutien. Pour nous, c’est un deuil », 
livre Mickaël (les personnes citées 
par leur prénom ont souhaité 
conserver leur anonymat), dres-
seur d’orques, employé depuis 
trente ans dans ce parc.
Dimanche 5 janvier au soir, Ma-
rineland devait fermer ses portes. 
La fin d’une histoire commencée 
en 1970, qui s’achève dans la dé-
confiture, après une décennie 
noire qui a coulé ce site touristi-
que majeur de la Côte d’Azur. Le 
groupe espagnol Parques Reuni-
dos, qui a racheté Marineland 
en 2006, privilégie désormais le 
développement d’Aquasplash, 
son parc aquatique situé juste à 
côté, avec des projets d’extension. 
L’hôtel Marineland, ouvert en 
2015, continuera de fonctionner, 
en changeant de nom.
Le parc doit sa fermeture en 
grande partie à la loi de 2021 sur la 
maltraitance animale, qui prévoit 
l’interdiction, au plus tard au 
1er décembre 2026, des spectacles 
de dauphins et d’orques en 
France, ainsi que de la reproduc-
tion et de la captivité de ces espè-
ces – sauf dans le cadre de sanc-
tuaires ou de recherches. Or les 
spectacles de cétacés étaient au 
cœur du concept du parc créé par 
Roland de La Poype, sur le modèle 
du Seaquarium de Miami. Il fallait 
de l’audace pour se lancer dans un 
tel projet. M. de La Poype avait le 
profil : pilote de chasse sur le front 
russe pendant la seconde guerre 
mondiale, compagnon de la Libé-
ration, ce comte avait fait fortune 
dans l’industrie du plastique – sa 
société est à l’origine de la Citroën 
Méhari et du berlingot Dop.
Si la loi a donné le coup de grâce 
à Marineland, elle n’a fait que tra-
duire un mouvement sociétal 
croissant contre la captivité des 
mammifères marins, alimenté 
par les actions d’associations 
comme One Voice ou C’est assez ! 
– le rond-point à l’entrée de Mari-
neland est devenu un lieu de ras-
semblement régulier. « Informer 
le grand public sur la réalité de ces 
parcs qui font commerce de la cap-
tivité des cétacés a été un long pro-
cessus. Les orques sont faites pour 
les océans, elles n’ont pas leur place 
dans des piscines de béton », ré-
sume Pierre Robert de Latour, 
président de l’association Orques 
sans frontières.
Catastrophes en chaîneLe succès du documentaire amé-
ricain Blackfish (2013) a également 
contribué à cette évolution des 
mentalités, en tirant le signal 
d’alarme sur les dangers liés à la 
captivité des orques. En 2009 et 
2010, deux soigneurs ont été tués, 
à Loro Parque, aux Canaries, et à 
SeaWorld Orlando, en Californie. 
« Les spectacles sont une con-
trainte pour ces animaux. On per-
turbe leur sociabilité, on crée chez 
eux des frustrations, on multiplie 
nues trop régulières. « On était des 
héros, on est devenu des cibles », 
dit-il. « Le climat avec les associa-
tions s’est tendu. Pourtant, ces ani-
maux sont nés ici, ils sont acclima-
tés, et très bien suivis », fait valoir 
Gianni, soigneur d’orques. Il évo-
que les normes auxquelles ils se 
conforment pour assurer leur 
bien-être. « Les soigneurs font bien 
leur travail. Mais ce ne sont pas des 
animaux faits pour être contenus 
dans des surfaces réduites », estime 
Fabien Soubielle.
Accompagner les salariés
A déambuler dans le parc, quel-
ques jours avant sa fermeture, 
tout laisse penser que la fin était 
écrite. Murs fissurés, peintures qui 
s’écaillent, esthétique démodée… 
« Les enfants ne s’en rendent pas 
compte, mais, en tant qu’adulte, on 
voit que c’est d’une autre époque », 
note Pauline, habitante de Biot 
(Alpes-Maritimes), venue une der-
nière fois. « J’adore toujours Mari-
neland, même si ce n’est plus ce que 
c’était », poursuit Audrey, com-
merciale dans les cosmétiques, 
qui fréquente le parc depuis 
qu’elle est petite. « Les spectacles 
n’ont plus la même ampleur. Avant, 
il y avait un bateau de pirates dans 
le bassin ! », se souvient cette mère 
de famille, venue du Var. Cette 
fois-ci, elle a payé pour son fils une 
« rencontre » avec les dauphins, 
dans une piscine, avec une salo-
pette étanche : « Quand j’étais plus 
jeune, j’avais pu aller au bord du 
bassin des orques, leur caresser le 
nez. On pouvait aussi nager avec 
les dauphins. Ça ne se fait plus. »
Un plan social est en négociation 
pour accompagner les 103 salariés 
du parc, dont une quarantaine 
de soigneurs. Charlotte Aloin, 
26 ans, qui s’occupait des dau-
phins depuis quatre ans, envisage 
une reconversion « dans un autre 
parc animalier, ou une clinique vé-
térinaire ». Si les 150 animaux 
(4 000 avec les poissons) seront 
transférés dans d’autres zoos, le 
sort de Wikie et de Keijo est au 
cœur d’une bataille engagée par 
des associations. Avec la ferme-
ture, Marineland a tout intérêt à 
s’en séparer vite, en raison des 
coûts très importants liés à leur 
maintien sur place. 
Alors qu’il est impossible de relâ-
cher dans la mer ces animaux nés 
en captivité, un rapport d’inspec-
tion remis cet été au gouverne-
ment préconise leur transfert vers 
un espace maritime protégé au Ca-
nada, The Whale Sanctuary Pro-
ject. « Mais cette structure n’est pas 
prête, et on ne sait pas si ces orques 
s’y porteraient bien », observe 
Christophe Guinet, chercheur au 
Centre national de la recherche 
scientifique, spécialiste de cette es-
pèce. « On demande un engage-
ment de l’Etat pour appuyer offi-
ciellement ce sanctuaire, et que son 
financement soit facilité », expli-
que Jessica Lefèvre-Grave, porte-
parole de l’ONG One Voice.
Les experts suggèrent aussi, en 
second choix, le Loro Parque, aux 
Canaries, qui accepte de recevoir 
les deux orques – même si One 
Voice déplore « des bassins plus pe-
tits qu’à Marineland ». Le parc d’An-
tibes, lui, voulait envoyer ses or-
ques dans un parc à Kobe, au Japon 
– un accord avait été signé. Mais, 
vu la polémique, la ministre char-
gée de la transition écologique s’y 
est déclarée opposée. « Au Japon, il 
n’y a pas de réglementation aussi 
poussée sur le bien-être animal », a 
expliqué Agnès Pannier-Runa-
cher. En attendant une solution, et 
les résultats d’une expertise judi-
ciaire sur leur santé, les deux céta-
cés restent à Marineland, pour 
une période indéterminée. p
jessica gourdon
Dans le parc aquatique Marineland, à Antibes (Alpes-Maritimes), le 23 décembre 2024. PENNANT FRANCK/PHOTOPQR/« LA PROVENCE »/MAXPPP
les situations à risques pour les soi-
gneurs, juge Fabien Soubielle, qui 
a exercé ce métier de 2000 à 2013 à 
Antibes. A Marineland, on a frôlé 
plusieurs fois la catastrophe. »
Ces dix dernières années, Mari-
neland est apparu de plus en plus 
en décalage avec son époque. La 
fréquentation est passée de 
1,2 million de visiteurs en 2015 à 
425 000 en 2024. Le parc, qui a réa-
lisé 20,9 millions d’euros de chif-
fre d’affaires en 2023, accumulait 
les pertes – 5,7 millions d’euros 
cette année-là. « Le truc de trop, ça 
a été les ours polaires [ils ont 
quitté le parc en 2021]. Personne 
ne comprenait pourquoi ils étaient 
là, dans leur enclos au soleil. Les 
gens se disaient “pauvres bêtes” », 
évoque Mike Riddell, directeur de 
Marineland entre 1980 et 2006.
Parallèlement, les catastrophes 
s’enchaînent : une inondation, 
en 2015, a conduit le parc à baisser 
le rideau plusieurs mois et causé 
la mort de nombreux animaux. 
Puis vint la pandémie de Covid-19, 
et ses longues périodes de ferme-
ture. La mort de deux orques, en-
tre fin 2023 et début 2024, a encore 
dégradé l’image de Marineland – il 
L’euro au plus bas depuis 2022 face au dollar
La monnaie unique pâtit notamment des mauvais indicateurs conjoncturels en zone euro
L’ année 2025 a mal com-
mencé pour l’euro. La 
monnaie unique euro-
péenne est en effet tombée, jeudi 
2 janvier, à son plus bas niveau de-
puis novembre 2022 face au dol-
lar américain, à 1,0226 dollar pour 
1 euro. Depuis son pic du 30 sep-
tembre 2024 (à 1,1196 dollar), la 
dépréciation de l’euro par rapport 
au billet vert atteint désormais 
près de 9 % et le rapproche du 
seuil symbolique de la parité avec 
le dollar, sous lequel il n’est plus 
repassé depuis novembre 2022, 
lorsque l’envolée des prix de 
l’énergie provoquée par l’inva-
sion russe en l’Ukraine attisait les 
craintes de récession en Europe.
Deux ans et deux mois plus tard, 
la baisse de l’euro s’explique da-
vantage par les différences de plus 
en plus marquées entre la santé 
de l’économie américaine et celle 
de la zone euro, que sont venus 
souligner les tout premiers indi-
cateurs conjoncturels de 2025.
Les indices mesurant l’évolution 
de l’activité dans l’industrie, pu-
bliés jeudi, montrent que la 
 contraction de l’activité a été plus 
forte encore qu’anticipé en dé-
cembre 2024 dans la zone euro, 
en particulier dans ses trois prin-
cipales économies (Allemagne, 
France, Italie). Les industriels ont 
donc encore réduit leurs stocks et 
effectifs, faute d’amélioration des 
perspectives de production.
Climat plus que morose
« Le recul des nouvelles comman-
des s’est même accentué par rap-
port à octobre et novembre [2024], 
entraînant une accélération de la 
baisse du travail en cours et anéan-
tissant tout espoir de reprise pro-
chaine de l’activité », explique Cy-
rus de la Rubia, chef économiste 
de la Hamburg Commercial Bank, 
qui publie avec S&P Global ces en-
quêtes surveillées par les investis-
seurs. A ce climat plus que morose 
pourrait s’ajouter un rebond des 
factures d’énergie des entreprises 
européennes, après l’arrêt des li-
vraisons de gaz russe via l’Ukraine 
mardi 31 décembre 2024.
De quoi conforter le scénario 
d’une poursuite de la baisse des 
taux d’intérêt de la Banque cen-
trale européenne, qui pourrait 
 ramener le principal d’entre eux à 
2 %, voire au-dessous, dans le cou-
rant de l’année 2025, contre 3 % 
aujourd’hui. A l’opposé, aux Etats-
Unis, la réduction du coût du cré-
dit continue de faire débat depuis 
la réunion de décembre de la Ré-
serve fédérale (Fed), cette dernière 
ayant ramené de quatre à deux le 
nombre de baisses de taux envi-
sagées sur l’année à venir.
La Fed doit en effet s’adapter à la 
bonne tenue de la croissance amé-
ricaine, confirmée jeudi 2 et ven-
dredi 3 janvier par des indicateurs 
d’activité industrielle meilleurs 
qu’attendu et des demandes d’al-
locations-chômage au plus bas 
 depuis mars 2024. Plus délicat en-
core, la banque centralemili-
taire, respecté par les soldats et 
systématiquement critique des 
autorités, affirme que ces condi-
tions de déploiement auraient 
conduit à des pertes importantes 
dans les premiers jours.
Les autorités de Kiev n’ont pas 
réagi dans l’immédiat à ces très 
lourdes accusations et elles n’ont 
apporté aucune réponse à l’en-
quête de Yuri Butusov. Une por-
te-parole du bureau d’enquête 
de l’Etat ukrainien a confirmé à 
l’Agence France-Presse l’ouver-
ture d’investigations sur des cas 
d’abus de pouvoir et de déser-
tion au sein de la brigade, jeudi 
2 janvier.
« Gaspillage » de vies
Sans parler de l’affaire de la 
155e brigade, le ministre de la dé-
fense de l’Ukraine, Rustem Ume-
rov, a annoncé le lancement 
d’une « analyse approfondie du 
commandement des forces terres-
tres » par le service principal 
d’inspection de son ministère. 
« La victoire nécessite une analyse 
approfondie de l’expérience et une 
compréhension honnête des er-
reurs », a-t-il déclaré.
Les accusations portent un 
coup très rude au projet des auto-
rités ukrainiennes de créer qua-
torze nouvelles brigades entraî-
nées et équipées par les armées 
occidentales. D’autant plus que 
la brigade « Anne de Kiev » est la 
première à avoir été formée dans 
ce cadre. Le président ukrainien 
avait annoncé la création d’une 
deuxième brigade par la France 
à l’issue d’une rencontre avec 
son homologue français, le 18 dé-
cembre 2024.
« Cosaque » (à droite), commandant de la division d’artillerie automotrice de la 155e brigade, à quelques kilomètres des lignes russes, dans la région de Donetsk (Ukraine), le 31 décembre 2024. MYKOLA KRYVDA
Selon les informations de Yuri 
Butusov, une partie des soldats de 
la brigade « Anne de Kiev » 
auraient été envoyés sur la ligne 
de front sans être suffisamment 
entraînés, avec une chaîne de 
commandement défaillante. 
« Honnêtement, si les forces et les 
moyens de notre brigade étaient à 
pleine capacité et si le personnel 
était un peu mieux préparé et coor-
donné, eh bien, ce serait beaucoup 
plus facile », assurait le comman-
dant du 2e bataillon de la brigade 
dans une interview publiée sur la 
chaîne YouTube du journaliste, 
le 30 décembre 2024.
« Cosaque », le commandant 
rencontré par Le Monde dans la 
région de Donetsk, se fait plus 
prudent : « On ne peut pas com-
menter cette décision à notre ni-
veau, explique-t-il. Mais person-
nellement, je n’aurais pas envoyé 
notre brigade dans une zone aussi 
difficile dès le début. Je les aurais 
envoyés dans une zone pas forcé-
ment beaucoup plus facile, mais 
au moins plus stable et contrôlée. »
« Cosaque » confirme aussi les 
informations de Yuri Butusov sur 
Le journaliste 
Yuri Butusov 
décrit une unité 
formée dans un 
« véritable chaos 
organisationnel »
le démantèlement de la brigade en 
plusieurs unités pour contenir les 
assauts russes le long de la ligne de 
front. « J’ai été simplement attaché 
à une brigade pour soutenir les ac-
tions et les hommes d’autres briga-
des mécanisées », commente-t-il.
Cette pratique, systématique-
ment utilisée par l’armée ukrai-
nienne, s’explique par le manque 
de réserves de l’armée ukrai-
nienne et les difficultés du pays 
pour mobiliser de nouveaux sol-
dats. Mais si ces déploiements per-
mettent de répondre à l’urgence 
de la situation sur la ligne de front, 
où les forces russes ne cessent de 
progresser au prix de lourdes per-
tes, ils créent une ligne de défense 
tenue par de nombreuses unités 
qui peinent à combattre ensem-
ble. Cette situation affecte « la 
communication, l’évaluation des 
capacités, l’établissement d’inte-
ractions, la construction de la con-
fiance et des relations, la compré-
hension des ressources, explique 
Taras Chmut, analyste militaire et 
directeur de l’organisation de sou-
tien à l’armée Come Back Alive. Et 
tout cela conduit au chaos ».
Pour de nombreux militaires, 
les déboires de la 155e brigade 
sont la preuve que l’armée ukrai-
nienne ne devrait pas créer de 
nouvelles brigades de toutes piè-
ces, mais plutôt se concentrer sur 
le renforcement des brigades 
déjà existantes. « Il s’agit bien 
d’un crime, mais pas celui des sol-
dats et des officiers, écrit Yuri Bu-
tusov dans son enquête. C’est un 
crime des dirigeants de l’état-ma-
jor du commandant en chef su-
prême, du ministère de la défense 
et de l’état-major général, qui con-
tinuent à gaspiller des vies et des 
fonds publics dans de nouveaux 
projets au lieu de renforcer des bri-
gades expérimentées et prêtes au 
combat. » Pendant ce temps-là, 
dans le Donbass, les hommes du 
commandant « Cosaque » conti-
nuent de tenir leurs positions. 
« Je le répète : nous avons reçu un 
ordre de combat. Et nous ne nous 
en écartons pas. » p
thomas d’istria
« Cosaque » le reconnaît : une 
partie importante de ses hommes 
ont été mobilisés récemment. 
« Malyna », 45 ans, ouvrier du bâti-
ment à la fin du printemps 2024 
dans sa région natale d’Ivano-
Frankivsk, a été convoqué après 
avoir été arrêté dans la rue alors 
qu’il se rendait au travail. Le voilà 
propulsé chef de l’équipage, ma-
nipulant le canon après des mois 
d’entraînement. « C’est dur, mais 
on tient », dit-il, après avoir loué la 
qualité de la formation française 
sur le canon automoteur, réputé 
pour sa précision et sa rapidité.
« Nous sommes chargés à bloc », 
assure « Cosaque », de retour dans 
son poste de commandement, 
dans un petit village, quelques ki-
lomètres à l’arrière. Il assure ne 
pas avoir de problèmes dans ses 
rangs, malgré le fait que ses hom-
mes aient été envoyés peu après 
leur retour de France dans l’une 
des zones les plus actives du front, 
dans le Donbass, entre les villes de 
Pokrovsk et de Velyka Novossilka.
Les problèmes 
internes 
auraient poussé 
1 700 soldats à 
abandonner leurs 
unités, avant 
même le premier 
coup de feu
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DIMANCHE 5 - LUNDI 6 JANVIER 2025 international | 3
Syrie : Paris et Berlin jugeront HTC « sur ses actes »
Les ministres des affaires étrangères français et allemande ont rencontré le dirigeant syrien, Ahmed Al-Charaa
damas - envoyée spéciale
T
reize ans après la rupture 
des relations diploma -
tiques avec le régime de 
Bachar Al-Assad, en ré-
ponse à sa répression sanglante du 
soulèvement lancé en 2011, la 
France et l’Allemagne ont mani-
festé leur désir d’ouvrir un nou-
veau chapitre avec la Syrie et ses 
nouveaux dirigeants. Sur les hau-
teurs du mont Mazzeh, qui sur-
plombe Damas, au sein du palais 
présidentiel où le dictateur syrien 
recevait ses hôtes jusqu’à sa chute, 
le 8 décembre 2024, les chefs de la 
diplomatie française et alle-
mande, Jean-Noël Barrot et Anna-
lena Baerbock, ont été reçus, ven-
dredi 3 janvier, par le dirigeant de 
facto de la Syrie, Ahmed Al-Charaa.
Les échanges avec le chef d’Hayat 
Tahrir Al-Cham (HTC, ancienne 
branche d’Al-Qaida en Syrie, classé 
terroriste par l’Union européenne 
et les Etats-Unis) ont été « très 
constructifs », a souligné M. Barrot. 
Les deux ministres, venus dans le 
cadre d’une mission sous mandat 
de l’Union européenne (UE), sont 
les premiers responsables occi-
dentaux à rencontrer le nouveau 
maître de Damas, dont les pre-
miers pas sont scrutés avec atten-
tion. Paris et Berlin, qui ont tou-
jours refusé une normalisation 
avec le régime d’Al-Assad, à la diffé-
rence d’autres pays de l’UE, ont 
voulu adresser un signal clair 
qu’« un nouveau départ politique » 
entre l’Europe et la Syrie est possi-
ble, a déclaré Annalena Baerbock.
« Gouvernance démocratique »
La France et l’Allemagne veulent 
« favoriser une transition pacifique 
et exigeante au service des Syriens 
et pour la stabilité régionale », a 
 affirmé Jean-Noël Barrot sur le ré-
seau X, soulignant « l’importance 
d’une gouvernance démocratique 
où chacune des composantes de la 
nation syrienne sera pleinement 
reconnue et représentée ». « Nous 
continuerons à juger HTC sur ses 
actes », « en dépit de notre scepti-
cisme », a abondé la ministre alle-
mande. Elle a exhorté les autorités 
de transition à ne pasva devoir 
composer, au cours des prochains 
mois, avec les conséquences sur 
l’inflation de la politique de la fu-
ture administration Trump.
A moins de trois semaines de 
l’entrée en fonctions du 47e prési-
dent américain, les principales 
craintes des investisseurs concer-
nent ses menaces de relèvement 
des droits de douane sur les im-
portations de produits chinois, 
mexicains, canadiens ou vietna-
miens, sans oublier l’Union euro-
péenne, que Donald Trump a me-
nacé de sanctionner si elle n’aug-
mente pas ses achats d’hydrocar-
bures américains. Et la liste des 
pays touchés pourrait rapidement 
s’allonger, prédit Derek Halpenny, 
responsable de la recherche de 
la banque MUFG, qui table sur 
un dollar durablement fort : « Car 
Trump répondra au moins aux at-
tentes, et il y a un risque qu’il les sur-
passe dans un premier temps. » p
marc angrand
n’en reste plus que deux. Le parc 
en a compté jusqu’à six.
Cette spirale, les soigneurs du 
parc l’ont vécue douloureuse-
ment. « Ils adorent leurs animaux, 
s’en occupent comme si c’étaient 
leurs enfants, mais on leur renvoie 
qu’ils sont maltraitants, c’est dur », 
remarque Maeva Dolder, l’une des 
cadres de Marineland. Certains 
ont connu les années glorieuses 
du parc, dans les années 2000. « Il 
y avait beaucoup de monde, des 
nocturnes, des privatisations par 
des VIP. Le contraste est violent », 
poursuit Mme Dolder. 
Mickaël, soigneur, n’ose plus sor-
tir dans Antibes avec son tee-shirt 
floqué du logo de Marineland : les 
altercations dans la rue sont deve-
Le sort de Wikie 
et Keijo, les deux 
orques du site, 
est au cœur 
d’une bataille 
engagée par 
des associations
FINANCES PUBLIQUES
Le déficit public italien 
est en baisse
Le déficit public de l’Italie
a enregistré une nette baisse 
au troisième trimestre, tom-
bant à 2,3 % du produit inté-
rieur brut, contre 6,3 % à la 
même période en 2023, selon 
les chiffres officiels publiés 
vendredi 3 janvier. – (AFP.)
CONJONCTURE
Les prix alimentaires 
mondiaux ont baissé 
en 2024
Les prix des denrées alimen-
taires dans le monde ont di-
minué de 2,1 % en 2024 par 
rapport à 2023, selon les chif-
fres publiés vendredi 3 janvier 
par l’Organisation des Nations 
unies pour l’alimentation et 
l’agriculture. La baisse est de 
13,3 % pour les céréales et de 
13,2 % pour le sucre. – (AFP.)
L’inflation turque a un 
peu ralenti en décembre
L’inflation a continué de
ralentir en décembre 2024
en Turquie, à 44,3 % sur un 
an, contre 47,1 % en novem-
bre 2024, selon les chiffres of-
ficiels publiés vendredi 3 jan-
vier. Le pays connaît une
inflation à deux chiffres
depuis fin 2019. – (AFP.)
TÉLÉCOMS
Le rachat de 80 % 
d’Alcatel Submarine 
Networks par l’Etat 
est finalisé
Le finlandais Nokia a an-
noncé, vendredi 3 janvier, 
avoir finalisé la cession à 
l’Etat français de 80 % d’Alca-
tel Submarine Networks, l’un 
des leaders mondiaux de la 
production et de l’installation 
de câbles sous-marins, qui as-
surent les communications. 
Nokia n’a pas dévoilé le mon-
tant de la vente. – (AFP.)
MÉDIAS
Google paie 67 millions 
d’euros aux médias 
canadiens
Google a annoncé, vendredi 
3 janvier, avoir versé 100 mil-
lions de dollars canadiens 
(67 millions d’euros) à des 
médias canadiens pour utili-
ser leurs contenus, dans le ca-
dre d’un accord avec l’Etat, qui 
l’accuse de pratiques anticon-
currentielles sur le marché de 
la publicité en ligne. – (AFP.)
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14 |horizons DIMANCHE 5 - LUNDI 6 JANVIER 2025
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L’AFP, une 
cible de choix 
pour le KGB
GUERRE FROIDE, LE TEMPS DES « TAUPES » 5|5 Entre 1956 et 1982, 
le renseignement soviétique a recruté comme 
agents six journalistes de l’Agence France-Presse, 
une structure-clé dans la diffusion de l’information
P
lace de la Bourse, à Paris, face 
aux colonnes du Palais Bron-
gniart se dresse un autre bâti-
ment chargé d’histoire : le siège 
de l’Agence France-Presse (AFP). 
Des générations de journalistes 
ont travaillé ici, et d’autres continuent de s’y 
activer pour envoyer leurs dépêches aux mé-
dias du monde entier. Ils étaient quelques 
centaines lorsque l’AFP s’est installée dans 
ces murs, en 1944 ; ils sont aujourd’hui près 
de 2 000, répartis en France et à l’étranger.
Du temps de la guerre froide, cette omni-
présence discrète et ce rôle central dans la 
diffusion de l’information faisaient de 
l’agence une cible prioritaire du renseigne-
ment soviétique. Les archives du KGB trans-
mises en 1992 aux Britanniques après la 
chute de l’URSS par le transfuge Vassili Mi-
trokhine livrent aujourd’hui des informa-
tions inédites sur le niveau de pénétration 
des espions de Moscou au sein de l’AFP. Les 
notes Mitrokhine, que Le Monde a pu consul-
ter à Cambridge, en Angleterre, nous appren-
nent en effet que le KGB avait recruté six 
journalistes de l’AFP comme agents entre 
1956 et 1982. Les noms de trois d’entre eux 
peuvent être révélés.
Le plus capé, toujours élégant, faussement 
nonchalant, a marqué la mémoire de l’entre-
prise par les hautes fonctions qu’il a occu-
pées. Son nom était Francis Lara. Né le 
3 août 1925, à Paris, il a grandi dans le monde 
de la presse. Son père, René Lara, fut directeur 
du Gaulois, quotidien de la noblesse et de la 
grande bourgeoisie ayant fusionné avec Le Fi-
garo dans l’entre-deux-guerres. Licencié en 
anglais, il est embauché à l’AFP en 1946. Com-
mencée en bas de l’échelle, sa carrière s’achè-
vera au sommet, lorsqu’il cumulera, en 1982, 
les fonctions de patron de l’information et 
d’adjoint du PDG de l’agence.
SUSPECTÉ DE DOUBLE JEU
Conducteur de char au sein du 12e régiment 
de chasseurs d’Afrique, fondu, en 1943, à la 
2e division blindée (DB) du général Leclerc, 
Francis Lara est à Paris, le 23 août 1944, pour 
la libération de la capitale. Lorsque des mili-
ciens ouvrent le feu du haut des toits de l’ave-
nue Kléber, il plonge sous un blindé et per-
cute un homme corpulent, vêtu de kaki, qui 
lui dit : « Je suis Hemingway. Et vous ? » Quand 
Lara se marie, le 15 septembre 1951, à Villiers-
sur-Loir (Loir-et-Cher), rapporte la chronique 
locale, l’orchestre de la commune joue la 
Marche de la 2e DB.
Pour son premier poste à l’étranger, l’AFP 
l’envoie à Londres, puis, le 1er juin 1954, l’af-
fecte à Hongkong, d’où il couvre la Chine. 
C’est à cette époque que le KGB le repère et 
lance une manœuvre de recrutement. Il est 
enregistré, en 1956, sous le nom de code « Si-
dor ». Les archives Mitrokhine ne détaillent 
pas ses motivations. Sont-elles idéologi-
ques, financières, ou le fruit d’un chantage ? 
Livre-t-il des documents ? Seulement des 
confidences ou des conseils sur d’autres re-
crutements ? A-t-il une pensée pour la révo-
lution hongroise, écrasée en 1956 par les 
chars soviétiques, au moment où il accepte 
de travailler pour Moscou ? Une chose est 
sûre : l’homme de l’AFP à Hongkong a accès à 
nombre de sources officielles et se déplace 
dans toute la région, de l’Asie du Sud-Est à 
l’Extrême-Orient.
Alors que Mao Zedong et le Parti commu-
niste chinois ont fini d’asseoir leur pouvoir 
sur le pays, Hongkong est le passage obligé 
des Occidentaux pour accéder à la Chine. 
Lara et son épouse deviennent les intimes de 
quelques célébrités. Les écrivains Joseph Kes-
sel et Jean Lartéguy sont des habitués de la 
maison où ils débattent, jusqu’à tard, du 
communisme, du déclin du système colonial 
ou de leurs souvenirs de la seconde guerre 
mondiale. On y croise Mag Bodard, corres-
pondante du magazine Elle en Indochine, fu-
ture productrice de cinéma et épouse de Lu-
cien Bodard, un autre baroudeur littéraire, 
puis de Pierre Lazareff, patron du quotidien 
France-Soir. Le reporter de guerre et cinéaste 
Pierre Schoendoerffer, prisonnier lors de la 
bataille de Dien Bien Phu, vient aussi y dîner.
En avril 1960, Francis Lara quitte l’Asie pour 
diriger le bureau de l’AFP à Washington. Le 
renseignement soviétique ne peut que se ré-
jouir d’une telle destination, une place de 
choix chez son meilleur ennemi américain. Il 
entame son séjour avec la présidencede John 
Fitzgerald Kennedy, qui se termine dans le 
sang, en novembre 1963. Avant cette fin tragi-
que, le couple Lara se rend régulièrement à la 
Maison Blanche à l’invitation du président 
américain et de son épouse, Jackie. Le KGB est 
peu disert sur l’activité de « Sidor » aux Etats-
Unis, mais une telle proximité avec la tête de 
la première puissance mondiale ne peut pas 
le laisser insensible.
En 1971, à la suite d’un conflit avec son su-
périeur hiérarchique, Francis Lara s’envole 
pour le Brésil, où il devient chef du bureau de 
l’AFP à Rio de Janeiro, jusqu’en 1973. De re-
tour au siège, à Paris, il gravit tous les éche-
lons de la hiérarchie. On ne dispose d’aucun 
détail sur le contenu des échanges avec ses 
officiers traitants du KGB. Fournit-il des do-
cuments ? Reçoit-il de l’argent en contrepar-
tie ? On ne sait pas. Mais, depuis Hongkong 
et les Etats-Unis, le rituel des contacts sem-
ble bien rodé. Selon les modalités fournies 
par les archives Mitrokhine pour ce type 
d’agent, des officiers soviétiques, agissant 
sous couverture diplomatique ou en qualité 
de membres de la représentation commer-
ciale soviétique, se relaient auprès de lui 
pour recueillir ses confidences.
Revenu à Paris, il poursuit son activité de 
traître et livre ce qu’il sait sur la vie politique 
et diplomatique française. Ce ne sont pas les 
archives du KGB qui l’affirment, mais Ray-
mond Nart, figure historique de la direction 
de la surveillance du territoire (DST), chargée 
du contre-espionnage français et de la traque 
des « taupes » du KGB en France. Il se sou-
vient bien de Francis Lara : « Je l’ai rencontré, 
entre 1974 et 1979, une dizaine de fois. C’était 
un homme intelligent, nuancé et très habile, 
avec qui je me souviens avoir parlé de 
La Dame de pique, de Tchaïkovski, un opéra 
alors représenté à Paris. »
Lara, en effet, a été pris dans les radars de la 
DST, qui surveillait toutes les relations fran-
çaises des diplomates soviétiques, à Paris et 
sur tout le territoire. « On l’a aperçu au con-
tact d’un membre de l’ambassade, j’ai voulu 
en savoir plus et nous avons discuté », confie 
Raymond Nart. Selon lui, Lara a rendu 
compte au KGB de ses rendez-vous avec le 
contre-espionnage français. Une décision qui 
a produit l’effet contraire à celui escompté 
et fait de lui un suspect aux yeux de Moscou. 
La preuve : la découverte dans les archives 
Mitrokhine d’une notule, non datée, faisant, 
d’un coup, état de doutes du KGB quant à la 
loyauté de « Sidor », « soupçonné de travailler 
pour la DST ». Autrement dit, il est alors sus-
pecté de jouer un double jeu.
Pourtant, selon Raymond Nart, leurs 
échanges réguliers ne faisaient pas de Lara 
un véritable agent double. « Il a admis avoir 
été en relation avec ce diplomate soviétique, 
mais nullement avoir été une “taupe” 
du KGB, et n’a rien dit de l’ancienneté de ses 
liens, même si je pense qu’il devait surtout 
s’en tenir à des décryptages d’ordre général. 
Pour nous, le but était que l’ambassade sovié-
tique sache que nous convoquions toutes les 
personnes qui venaient à son contact, pour 
que la méfiance s’installe à leur égard. » 
 Objectif atteint.
En 1985, Francis Lara abandonne toute 
fonction hiérarchique au sein de la direction 
de l’AFP, à Paris, et prend la tête du bureau de 
l’agence à Rome ; son dernier poste. On ne 
connaît pas la raison de ce choix. Raymond 
Nart assure que la DST n’est pour rien dans 
cette décision et n’avait pas informé l’AFP de 
ses soupçons. L’actuelle direction de l’agence, 
que Le Monde a sollicitée, assure que cette 
destination est traditionnellement réservée 
aux parcours les plus méritants, un Graal de 
fin de carrière, un bâton de maréchal, ce qui 
laisserait penser que la DST n’a, en effet, pas 
informé la hiérarchie de Lara. Francis Lara dé-
cède à Paris, le 20 décembre 1991, avec ses se-
crets. Sollicitée, sa famille n’a pas répondu 
aux messages du Monde.
Francis Lara savait-il qu’il y avait d’autres 
« taupes » du KGB dans l’agence de presse ? 
Les archives Mitrokhine assurent, comme l’a 
indiqué l’hebdomadaire L’Express, que Mos-
cou avait aussi recruté, en 1969, Jean-Marie 
Pelou, alias Lan, dans des documents égale-
ment consultés par Le Monde. Cet homme né 
en 1920 dirige alors le service politique de 
l’AFP, un poste en vue qui offre un accès uni-
que aux dirigeants français. Lorsqu’il est con-
tacté par les espions de Moscou, il ne com-
prend pas tout de suite qu’il s’agit du rensei-
gnement soviétique.
Son recruteur, un certain « Dijon », membre 
de la section technique et scientifique du 
KGB, se présente à lui comme un homme 
d’affaires italien travaillant pour la société 
Olivetti. Il parvient à convaincre Jean-Marie 
Pelou de lui livrer des informations confi-
dentielles sur le gouvernement et la vie poli-
tique. En contrepartie, le journaliste reçoit 
1 500 francs par mois, d’après les archives.
A-t-il eu des doutes sur la destination réelle 
de ses informations ou sur la véritable iden-
tité de « Dijon » ? L’énigme demeure. Dans les 
documents, le KGB livre quelques détails sur 
son agent Lan, notamment qu’il travaille 
principalement, sinon exclusivement, en 
France. Avant d’être le patron du service poli-
tique de l’AFP, Jean-Marie Pelou a exercé pour 
l’AFP à l’Elysée, sous la présidence de René 
Coty, puis celle du général de Gaulle. Il dispo-
sait là d’un bureau, ce qui faisait de lui un ob-
servateur privilégié du pouvoir.
« PAYÉ POUR TOUT SAVOIR ET NE RIEN DIRE »
Mais Jean-Marie Pelou n’a pas connu que Pa-
ris. De 1947 à 1953, il fut correspondant de 
l’AFP en Indochine, un séjour qui lui ouvrira 
les yeux sur les guerres postcoloniales, dira-
t-il à son frère François, autre figure de 
l’agence de presse, premier journaliste fran-
çais arrivé à Dallas, au Texas, au lendemain 
de l’assassinat du président Kennedy, et en 
première ligne lors de l’offensive du Têt à 
Saïgon, en janvier 1968.
En 1979, dix ans après l’avoir recruté, le KGB 
s’inquiète peu à peu de la rentabilité de son 
investissement. Aux yeux du service, Pelou 
en fait trop peu et se contente de fournir « un 
matériel qui n’est pas qualitativement diffé-
rent de celui publié dans la presse ». La déci-
sion est prise de rompre tout contact avec lui. 
Les documents consultés ne permettent pas, 
LE KGB EST 
PEU DISERT SUR 
L’ACTIVITÉ 
DE « SIDOR » 
AUX ÉTATS-UNIS, 
MAIS LA PROXIMITÉ 
DE L’AGENT AVEC LA 
MAISON BLANCHE 
NE PEUT LE LAISSER 
INSENSIBLE
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DIMANCHE 5 - LUNDI 6 JANVIER 2025 horizons | 15
cependant, de savoir si le correspondant de 
l’AFP a découvert ou non le vrai visage de ce-
lui qui le rémunérait.
Jean-Marie Pelou prend sa retraite en 1983, 
après deux années passées à la direction de 
l’agence, et décède, le 9 octobre 2005, à son 
domicile de Sucy-en-Brie (Val-de-Marne). Se-
lon L’Express, son petit-fils, confronté à la 
présence du nom de son grand-père dans les 
archives du KGB, s’est souvenu qu’il répétait 
avoir fait « le plus beau métier du monde », en 
ajoutant : « Je suis payé pour tout savoir et ne 
rien dire. »
L’AFP comptait un autre agent ayant égale-
ment travaillé en Asie. Son nom ? Joël Henri, 
alias « Jacques ». D’après les archives, son re-
crutement date de 1964, alors qu’il est en 
poste à Vientiane, au Laos. Lui sait à qui il 
parle. Son recruteur ne se cache pas derrière 
une fausse qualité ou identité – « sous faux 
drapeau », en langage d’espion. Son premier 
contact est d’ailleurs un officier soviétique, le 
premier d’une longue liste.
Les archives Mitrokhine révèlent qu’il a eu, 
tout au long de sa collaboration avec le KGB, 
sept « contrôleurs » successifs, des agents 
traitants chargés de le guider, de le solliciter, 
de le conseiller et, surtout, de recueillir ses in-
formations. Le KGB n’entre pas dans le détail 
des échanges. Donne-t-il aussi des conseils 
sur de possibles recrues parmi les personnes, 
officiels, journalistes, qu’il côtoie ? Tente-t-il 
de débusquer des manœuvres des services 
secrets occidentaux contreceux de Moscou ? 
Les archives restent muettes et ne sont pas 
plus loquaces sur une possible rémunération 
des services rendus.
Au début des années 1970, Joël Henri est à 
Hanoï (capitale du Nord Vietnam, sous con-
trôle communiste). Il y restera jusqu’en 
mai 1972. Le KGB signale ensuite qu’il se 
trouve, en 1973, au bureau de l’AFP de Ba-
mako, au Mali, d’où il poursuit son travail 
pour le renseignement soviétique. Les archi-
ves ne livrent toujours aucune précision sur 
le contenu de sa collaboration. En 1974, le 
voici de retour en Asie, cette fois comme di-
recteur du bureau de Bangkok, en Thaïlande. 
Quatre ans plus tard, rentré à Paris, il accède à 
L’HISTOIRE DE 
L’INFILTRATION 
DE L’AGENCE 
FRANCE-PRESSE EST 
LOIN D’ÊTRE CLOSE, 
SI L’ON EN CROIT 
LES ARCHIVES 
DU RENSEIGNEMENT 
SOVIÉTIQUE
Le journaliste 
Pierre-Luc Séguillon, 
« contact confidentiel » 
Catholique, marqué à gauche, l’ex-rédacteur 
en chef de « Témoignage chrétien » était une 
source prisée par le renseignement soviétique 
L e ton amical et très policé avec 
lequel il animait l’émission de 
télévision « Questions à domi-
cile », avec Anne Sinclair, sur TF1, à la 
fin des années 1980, a marqué la mé-
moire des téléspectateurs de cette 
époque. Et peu d’entre eux auraient 
pu imaginer que Pierre-Luc Sé-
guillon (1940-2010), l’un des grands 
noms du journalisme politique, à 
l’allure si respectable, était aussi très 
apprécié de Moscou et du renseigne-
ment soviétique, pour lequel il sem-
ble avoir été un « contact confiden-
tiel ». C’est l’une des surprises encore 
contenues dans les archives du KGB, 
transmises, en 1992, par le transfuge 
Vassili Mitrokhine, que Le Monde a 
consultées au Churchill College, à 
Cambridge, en Angleterre.
A l’origine, son prénom était Pierre, 
et non Pierre-Luc, et cette évolution 
doit beaucoup à sa foi chrétienne. Le 
parcours de cet homme né à Nancy, 
en 1940, reste singulier, entre religion 
et politique, à gauche toute. Après 
avoir décroché plusieurs licences 
(philosophie, théologie, arabe) et un 
diplôme de l’Institut des lettres orien-
tales de Beyrouth, il se destine à la 
prêtrise, dans les années 1960, à Lyon. 
Devenu « frère Luc », il est ordonné le 
30 juin 1968. Mais cet engagement 
sera de courte durée. Sans pour 
autant renier sa foi, il quitte les domi-
nicains deux ans plus tard pour se 
marier et fonder une famille.
Côté politique, ses engagements ne 
varient pas. En 1967, n’est-il pas allé 
jusqu’à renvoyer son livret militaire 
en signe de protestation contre la 
course aux armements ? Devenu 
Pierre-Luc Séguillon, en référence à 
son parcours de prêtre, il débute 
dans le journalisme en 1970 à Témoi-
gnage chrétien, un hebdomadaire 
créé dans la clandestinité pendant la 
seconde guerre mondiale et dirigé 
depuis 1949 par Georges Montaron, 
un chrétien de gauche, pétri des va-
leurs de la Résistance, par ailleurs 
fondateur de Télérama, en 1947.
La ligne anticolonialiste de Témoi-
gnage chrétien amène ce journal à se 
rapprocher des positions du Parti 
communiste français (PCF), à l’épo-
que alignées sur Moscou. Certes, Té-
moignage se veut antistalinien et 
s’est refusé, en 1950, à signer l’appel 
de Stockholm contre la bombe ato-
mique, instrumentalisé par les com-
munistes à travers le Mouvement de 
la paix, mais il perçoit le PCF comme 
un contrepoids à la dérive droitière 
des socialistes. En 1973, Témoignage 
chrétien va plus loin, en pesant de 
tout son poids dans la campagne de 
dénigrement de L’Archipel du Goulag, 
le livre d’Alexandre Soljenitsyne, qui 
décrit l’univers concentrationnaire 
soviétique. D’après l’hebdomadaire, 
le sort des dissidents n’est pas aussi 
précaire que ceux-ci veulent bien le 
laisser croire et l’URSS chemine vers 
la démocratie.
Engagé comme reporter, Pierre-
Luc Séguillon est rédacteur en chef 
adjoint en 1977, puis décroche le 
poste de rédacteur en chef de l’heb-
domadaire, en 1979. Il effectue dès 
1973 de nombreux voyages à Mos-
cou, où il croise des dizaines d’offi-
ciels et très vraisemblablement 
d’honorables officiers du KGB, qui 
ouvre un dossier à son nom, en 1974, 
sous le pseudonyme « Kelt ». De no-
vembre 1980 à octobre 1983, il de-
vient dans le même temps secrétaire 
national du Mouvement de la paix et 
vice-président du Conseil mondial 
de la paix, des structures contrôlées 
par le PCF depuis des décennies. Ces 
fonctions le conduisent à présider 
des événements publics, comme 
en 1983, à Paris, avec Georges Mar-
chais, secrétaire général du PCF.
Dans les archives du KGB, accolé à 
« Kelt », on peut lire ceci : « Rédacteur 
en chef adjoint du journal français ca-
tholique de gauche “Témoignage 
chrétien” » qui aurait « des contacts 
solides auprès du ministre des affaires 
étrangères, Michel Jobert ». Et aussi 
cette appréciation : « Jeune journaliste 
promis à un brillant avenir. » Il est éga-
lement noté, en 1977, que « le direc-
teur de la maison d’édition commu-
niste française Editions sociales, An-
toine Spire, propose à “Kelt” d’écrire un 
livre sur [Georges] Marchais ». La rési-
dence du KGB à Paris soutient cette 
proposition, mais demande à « Kelt » 
de lui remettre des copies des enre-
gistrements de ses conversations 
avec Marchais. Le monde du rensei-
gnement est méfiant, par nature…
Thierry Wolton, un journaliste in-
dépendant, auteur notamment du 
KGB en France (Grasset, 1977), a ren-
contré Pierre-Luc Séguillon avant sa 
mort, en novembre 2010, pour évo-
quer ses liens présumés avec Mos-
cou. Thierry Wolton se souvient que 
l’ex-« frère Luc » avait admis avoir 
« peut-être » servi les intérêts de 
l’URSS, mais restait persuadé 
d’avoir pu influencer, à la marge, le 
régime soviétique en défendant la 
paix. Il affirmait avoir condamné 
l’invasion de l’Afghanistan par les 
troupes soviétiques, et avoir plaidé 
auprès de Moscou en faveur du dis-
sident Anatoli Chtcharanski.
Militant convaincu
Toujours selon Thierry Wolton, 
 Pierre-Luc Séguillon avait confirmé 
ses bonnes relations avec Michel 
 Jobert, mais il ne se souvenait pas 
avoir été sollicité par Antoine Spire 
pour un livre sur Georges Marchais, 
dont on ne trouve pas de trace. L’état 
de santé de l’ancien éditeur n’a pas 
permis au Monde de recueillir son 
point de vue. Séguillon avait, enfin, 
nié avoir rencontré, à Moscou, « des 
officiers du KGB ». Pour Wolton, « le 
KGB n’avait pas besoin de [le] mani-
puler : il y croyait ».
En 1983, lorsqu’il est nommé chef 
du service politique de TF1, Pierre-
Luc Séguillon démissionne de toutes 
ses fonctions militantes. En 1987, il 
devient éditorialiste sur La Cinq, la 
chaîne des hommes d’affaires de 
droite Robert Hersant et Silvio Ber-
lusconi, assurément assez éloignés 
du PCF, puis il rejoindra les chaînes 
d’information en continu LCI, 
en 1994, et i-Télé, en 2009.
Pierre-Luc Séguillon ne s’est finale-
ment pas vraiment étonné qu’on 
trouve sa trace dans les archives du 
KGB. « Le choix du nom de code l’avait 
particulièrement intrigué, se sou-
vient Thierry Wolton, qui avait gardé 
le silence, jusqu’à ce jour, sur ces élé-
ments brièvement évoqués par L’Ex-
press du 19 décembre 2024. “Kelt” ? 
Peut-être que c’est un sigle signifiant 
en russe “jeune journaliste promis à 
un brillant avenir”, avait-il ironisé. » 
En réalité, ce terme désigne, en russe, 
un saumon pêché après avoir frayé 
et avant de revenir en mer. p
j. fo.
la direction du développement, avant de par-
tir en Inde en qualité de directeur du bureau 
de New Delhi, en avril 1981. Est-il toujours au 
service du KGB ? Impossible de le savoir. Il est 
aujourd’hui décédé. Le Monde n’a pas trouvé 
trace de proches souhaitant réagir.
UN « PIERRE » ET UN « JOSEPH » COMPROMIS
L’histoire de l’infiltration de l’Agence France-
Presse est loin d’être close. Si l’on en croit les 
archives du KGB, il reste à mettre des visages 
sur trois autres agents cités par Mitrokhine 
par leurs seuls noms de code. Le premier, un 
certain « Misha », a été recruté lors d’un sé-
jour en URSS en 1965, mais il est impossible 
de connaîtrela nature et la durée de son acti-
vité. Le second, un certain « Marat », a été 
traité par les officiers du KGB à Paris et à 
l’étranger de 1973 à 1982. Le troisième, « Gri-
nin », est inscrit en 1982 en qualité d’agent, 
sans plus d’informations.
Enfin, Moscou disposait de deux « contacts 
confidentiels » au sein de l’AFP, « Pierre » et 
« Joseph », qui contribuaient à sa collecte 
d’informations et de secrets. On ne connaît 
pas l’ampleur des dégâts causés aux intérêts 
français, voire à la vie d’individus, en France 
et dans le monde, du fait de la compromis-
sion de ces journalistes.
Sollicitée par Le Monde, l’actuelle direction 
de l’AFP a ouvert ses portes, notamment à ses 
propres archives, et répondu aux questions 
concernant Francis Lara, Jean-Marie Pelou et 
Joël Henri. Elle assure n’avoir « pas eu con-
naissance des liens entretenus par trois de 
[ses] anciens journalistes avec le KGB » et 
ajoute que, « s’agissant de faits remontant à 
plus de quarante ans, aucun témoin de cette 
époque n’est encore salarié de l’agence et 
aucune trace de ces faits ne figure dans les ar-
chives de l’AFP ». Elle assure, enfin, que, depuis 
sa création, en 1944, « l’AFP et sa rédaction 
sont soumises à des règles éthiques et déonto-
logiques qui prohibent naturellement toute 
forme de collaboration avec des services de 
renseignement, quels qu’ils soient ». p
jacques follorou
FIN
ISABEL ESPANOL
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16 | CULTURE DIMANCHE 5 - LUNDI 6 JANVIER 2025
0123
Hommage croisé à Pierre 
Boulez et à Luciano Berio
L’année 2025 verra la célébration du centenaire de la naissance des 
deux compositeurs emblématiques d’une avant-garde historique
MUSIQUE
L
a génération des compo-
siteurs nés dans les 
 années 1920, de György 
Ligeti (1923-2006) à 
 Karlheinz Stockhausen (1928-
2007), a dicté le ton de la moder-
nité radicale qui a prévalu en Eu-
rope du début des années 1950 à 
la fin des années 1960. L’impor-
tante célébration (concerts dans 
tout l’Hexagone, colloques, publi-
cations) du centenaire de la nais-
sance de Pierre Boulez (1925-
2016), placée sous le commissa-
riat général de Laurent Bayle, 
 débute le lundi 6 janvier à la 
 Philharmonie de Paris par un 
 programme de l’Ensemble inter-
contemporain comprenant, entre 
autres, le mythique Répons.
Cet hommage XXL éclipse celui 
que l’année 2025 devrait aussi 
 valoir à Luciano Berio (1925-2003), 
l’autre représentant de la « dream 
team » d’une avant-garde histori-
que. Il faudra attendre le 13 mars, 
lors du récital de la violoniste Aya 
Kono à la Francis Bacon MB Art 
Foundation, dans le cadre du 
Printemps des arts de Monte-
Carlo, pour assister à une 
 confrontation de Boulez et Berio 
dont on s’étonne qu’elle ne fasse 
pas davantage l’objet d’une ré-
flexion actuelle, tant elle permet 
de considérer l’apport commun à 
ces deux personnalités et d’en 
préciser les contours respectifs.
Faust et Hermès
De la triple casquette de chef d’or-
chestre (évoquée par plusieurs 
concerts où figurent les œuvres 
qu’il aimait à diriger, de Wagner à 
l’école de Vienne), de compositeur 
(au catalogue restreint mais symp-
tomatique d’un assouplissement 
de la pensée) et de créateur d’insti-
tutions (formation instrumentale, 
studio de création) portée par 
Pierre Boulez, c’est surtout la der-
nière qui semble encore marquer 
les esprits aujourd’hui. Pôles d’at-
traction des jeunes compositeurs 
depuis près d’un demi-siècle, l’En-
semble intercontemporain et 
l’Institut de recherche et coordina-
tion acoustique/musique (Ircam) 
continuent d’œuvrer, indirecte-
ment, à la gloire de Pierre Boulez.
Se souvient-on, toutefois, du 
rôle essentiel joué par Luciano 
 Berio dans la mise en route de 
 l’Ircam ? Responsable du départe-
ment électroacoustique, ce 
 dernier avait été à l’origine, selon 
le compositeur Hugues Dufourt, 
de la venue à Paris de l’ingénieur 
Giuseppe Di Giugno, « un prince 
de sa science en Italie », qui déve-
loppa la station 4X, ordinateur ca-
pable d’effectuer des transforma-
tions du son en temps réel – spéci-
ficité de l’Ircam des années 1980 
et 1990. « Pour que Di Giugno ac-
cepte d’intégrer l’équipe de Pierre 
Boulez, poursuit Hugues Dufourt, 
il a fallu non seulement toute la 
puissance de persuasion de Berio, 
mais aussi toute la conscience des 
problèmes fondamentaux de la 
musique qui lui étaient apparus 
dès le milieu des années 1950. »
En 1955, deux décennies avant 
le lancement de l’Ircam, le com-
positeur italien avait en effet par-
ticipé – avec son compatriote 
Bruno Maderna (1920-1973) – à la 
 création du Studio de phonologie 
musicale de la RAI, à Milan. 
 « Comment articuler, de façon 
presque traditionnelle, le son ins-
trumental et le son électronique 
sans qu’on puisse discerner l’un de 
l’autre ? » Telle fut, selon Hugues 
Dufourt, la question fondamen-
tale du visionnaire Berio, qui, à 
l’opposé de Boulez, n’a jamais pré-
tendu faire table rase du passé, 
bien au contraire, car « la nécessité 
interne de sa musique doit être 
 implicitement renvoyée au millé-
naire de la tradition ».
Usant pendant longtemps du 
« grand ressort de la négativité ab-
solue », Boulez, aux yeux de Du-
fourt, « c’est Faust, le “non” originel 
qui va permettre ultérieurement la 
création, dans l’esprit de l’esthéti-
que mallarméenne ». Que serait 
alors Berio ? « Une sorte d’Hermès 
moderne, aux capacités de méta-
morphose qui déconcertent tou-
jours mais dont l’ensemble fournit 
le sens et l’unité. » Compositeur et 
chef d’orchestre qui s’est très tôt 
plongé dans les œuvres de ses 
deux aînés, Bruno Mantovani re-
court aussi à deux figures tutélai-
res, cette fois musicales, pour dis-
tinguer leurs démarches. « Pierre 
Boulez, comme Claude Debussy, 
crée son propre monde, univoque. 
Luciano Berio, à l’instar de Mau-
rice Ravel, emprunte au jazz, aux 
musiques populaires, et à d’autres 
sources pour opérer une synthèse 
personnelle de ces mondes. » Et 
d’ajouter que le premier aspire à 
l’homogène, alors que le second 
se complaît dans l’hétérogénéité.
Traitement de la voix
Boulez le pur et Berio l’impur ? 
On pourrait l’affirmer, au moins 
au sujet de l’opéra. Le premier a 
jadis appelé à brûler les théâtres 
lyriques – qui, plus tard, à Bay-
reuth avec Richard Wagner et à 
Paris avec Alban Berg, lui vau-
dront une consécration de chef 
d’orchestre –, alors que le second 
a composé quatre opéras (La vera 
storia, Un re in ascolto, Outis, 
 Cronaca del luogo) et plusieurs 
 pièces de théâtre musical.
Plus généralement, le traitement 
de la voix les distingue aussi. Betsy 
Jolas, toujours active à 98 ans, se 
rappelle que Boulez et Berio furent 
parmi les premiers à susciter chez 
elle « des interrogations purement 
vocales », lors d’une période, les 
années 1960, qu’elle a assimilée à 
un « purgatoire » dans son par-
cours de compositrice. Amorcée 
avec Le Marteau sans maître, de 
Boulez (écrit en 1954 sur des 
 poèmes de René Char), cette ré-
flexion fertile s’est poursuivie avec 
Circles, de Berio (conçu en 1965 à 
partir de vers d’E. E. Cummings), 
qui lui « a offert des solutions » 
grâce à Cathy Berberian (1925-
1983), soprano et épouse du com-
positeur. Celle-ci fut pour beau-
coup dans le succès de quelques 
pages du musicien italien toujours 
très prisées des interprètes, à l’ins-
tar de la Sequenza III pour voix 
 féminine ou des Folk Songs.
Un peu oubliées aujourd’hui 
mais indispensables à la compré-
hension de l’identité de Berio, 
deux œuvres fondées sur la voix 
de Cathy Berberian ont été réali-
sées, sur bande magnétique, au 
Studio de phonologie de Milan : 
Thema (Omaggio a Joyce), 
en 1959, et Visage, en 1961, la-
quelle a fait l’objet de représenta-
tions qui ont frappé Hugues 
 Dufourt. « La chanteuse était sur 
scène pendant la diffusion de la 
musique, mais elle ne disait rien. 
Mélange de Circé et de Médée, elle 
avait une extraordinaire présence 
de tragédienne, en lien avec le 
monde des abysses que l’électroni-
que de Berio ouvre à l’humanité. »
Sans envisager une semblable 
dualité deprésentation, scénique 
ou à l’aveugle, Pierre Boulez a aussi 
utilisé une source première de na-
ture acoustique pour la partie élec-
tronique d’Anthèmes 2 (1997). La 
violoniste Hae-Sun Kang, créatrice 
et dédicataire de l’œuvre, nous 
confie que Pierre Boulez l’a invitée 
à choisir entre plusieurs extraits 
de la partition qui lui parvenait par 
fax. « Et j’ai osé le faire ! », s’excla-
me-t-elle en repensant à cette 
audace de jeunesse.
Trois ans plus tôt, la musicienne 
sud-coréenne était devenue 
membre de l’Ensemble intercon-
temporain (fonction qu’elle oc-
cupe toujours) et, pour son 
 premier concert, elle avait dû 
 interpréter la Sequenza VIII, de 
 Luciano Berio, par cœur, devant 
Pierre Boulez. Lors d’une autre oc-
casion, elle la joua devant son 
compositeur, qui, quoique étant 
d’un avis différent sur la manière 
de l’exécuter, l’encouragea à con-
server sa propre vision de la pièce. 
« Berio et Boulez étaient tous deux 
très bienveillants vis-à-vis des in-
terprètes », assure Hae-Sun Kang.
Le 26 mars, date anniversaire 
de la naissance de Pierre Boulez, 
Bruno Mantovani dirigera un 
concert consacré au maître dans 
le cadre du Printemps des arts de 
Pierre Boulez et Luciano Berio, 
à Paris, en 1988.
JACQUES SARRAT/SYGMA VIA GETTY IMAGES
Monte-Carlo, dont il est le direc-
teur artistique. Au programme fi-
gurera, entre autres, Dérive 2, dont 
Mantovani espère dégager « un 
nouveau souffle », en s’appuyant 
sur des annotations effectuées 
par Boulez lui-même pour l’En-
semble orchestral contemporain 
qui officiera ce soir-là. Sachant 
que le 100e anniversaire de la nais-
sance de Luciano Berio aura lieu 
le 24 octobre, on peut imaginer 
que le Festival d’automne à Paris 
ne manquera pas de le célébrer.
Clara Iannotta, la compositrice 
italienne qui en assure la direc-
tion artistique, révèle d’ores et 
déjà que l’édition 2025 du festival 
devrait comporter un hommage à 
Berio, moins à partir de sa musi-
que qu’à travers son approche de 
la création, qui, selon elle, se re-
trouve chez beaucoup de jeunes 
compositeurs, tels que la Croate 
Sara Glojnaric, souvent inspirée 
par la musique pop. « Filtrer au 
moyen de son esthétique propre 
un matériau musical étranger, là 
réside l’originalité de Berio, et 
 celle-ci me paraît plus influente 
aujourd’hui qu’auparavant », es-
time la compositrice.
Quant à l’impact de Boulez sur la 
création actuelle, il lui paraît illus-
tré par le grand nombre de nou-
velles pièces qui se fondent sur ses 
Notations pour piano datant de 
1945. Bien que sa propre musique 
ne doive rien à Boulez et à Berio, 
Clara Iannotta apprécie leurs 
œuvres (entre autres Pli selon pli, 
pour le premier, et A-Ronne, pour 
le second), mais, par-dessus tout, 
« ce qu’ils ont construit ». D’un 
côté, à Paris, l’Ircam et l’Ensemble 
intercontemporain ; de l’autre, en 
Italie, le Studio de phonologie de 
Milan et le centre Tempo Reale 
(« temps réel ») de Florence. « C’est 
énorme. Ils ont modifié le cours de 
la musique contemporaine. » p
pierre gervasoni
Anniversaire Boulez,
par l’Ensemble 
intercontemporain & Friends. 
Philharmonie de Paris, Paris 19e. 
Le 6 janvier à 20 heures.
Livres : Pierre Boulez 
aujourd’hui, de Laurent Bayle 
(éd. Odile Jacob, 144 p., 18,90 €, 
numérique 15 €) ;
Pierre Boulez, de Gaëtan Puaud
(Bleu nuit éditeur, 2024).
« Pierre Boulez, 
comme Claude 
Debussy, crée 
son propre 
monde, 
univoque »
BRUNO MANTOVANI
compositeur
LES DATES
PIERRE BOULEZ
Du 6 au 17 janvier Philharmo-
nie de Paris : quatre concerts 
(Ensemble intercontemporain, 
Orchestre de Paris, London 
 Symphony Orchestra, 
Orchestre national de France)
Le 7 janvier Théâtre des 
Champs-Elysées : concert
de Sarah Aristidou (soprano)
et Franck Ollu (Les Siècles)
Le 17 janvier Philharmonie
de Paris : pièces-hommages
par Philippe Manoury
Du 4 au 9 février Festival 
 Présences de Radio France
avec Olga Neuwirth
Les 26 et 27 mars Philharmo-
nie de Paris : chorégraphie de 
Benjamin Millepied, Rituel ;
Philharmonie de Paris : colloque
Les 22 et 23 mai Collège
de France : colloque
LUCIANO BERIO
Les 14 et 15 février Orchestre 
national de Lyon : concerts
Les 27 et 28 février Conserva-
toire Darius-Milhaud, Aix-en-Pro-
vence (Bouches-du-Rhône) : 
concerts et conférences
Le 13 mars Printemps des arts 
de Monte-Carlo : déambulation 
musicale avec Aya Kono (violon)
« Luciano Berio,
à l’instar de 
Maurice Ravel, 
emprunte
au jazz,
aux musiques 
populaires »
BRUNO MANTOVANI
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DIMANCHE 5 - LUNDI 6 JANVIER 2025 culture | 17
Au Havre, une histoire de famille transatlantique
Le Musée d’art moderne André-Malraux rend hommage aux Senn, une dynastie qui a enrichi ses collections
EXPOSITION
le havre (seine-maritime) -
envoyé spécial
I
l est assez rare de voir une 
 exposition commencer par 
un arbre généalogique. C’est 
le cas de celle que le Musée 
d’art moderne André-Malraux 
(MuMa), au Havre (Seine-Mari-
time), consacre à la famille Senn. 
Une dynastie de négociants pro-
testants d’origine suisse, enrichis 
par le commerce du coton via le 
port normand. Elle fut fondée au 
XIXe siècle par Edouard Senn (1828-
1915) et son épouse, Alice Schweis-
guth (1839-1918), d’une part, et par 
Ernest Siegfried (1843-1927) et 
 Emilie Schlumberger (1848-1928), 
d’autre part. Le mariage de leurs 
enfants, Olivier Senn (1864-1959) 
et Hélène Siegfried (1871-1941), est 
le point de départ d’une saga, celle 
de grands collectionneurs et mé-
cènes, qui a culminé, en 2004, avec 
la donation – suivie d’autres –, par 
une de leurs descendantes, Hélène 
Senn-Foulds, de 205 œuvres, prin-
cipalement impressionnistes, ac-
quises par son grand-père Olivier 
Senn. Elle avait initialement pensé 
au Musée d’Orsay, mais Antoine 
Rufenacht (1939-2020), alors 
maire du Havre et également des-
cendant d’Olivier Senn, la convain-
quit que ce trésor serait plus à sa 
place au MuMa.
Vingt ans plus tard, le musée 
 revient sur cette famille atypique, 
dans son versant américain : 
 certains membres de celle-ci 
s’étant implantés dans les années 
1940 aux Etats-Unis. C’est le cas 
d’Alice, née Senn, épouse de 
 Rodolphe Rufenacht. C’est du côté 
de leurs héritiers que Géraldine Le-
febvre, la directrice du MuMa, est 
allée chercher, avec le cocommis-
saire Michaël Debris, une bonne 
part des œuvres de l’actuelle expo-
sition – ces derniers collection-
nent aussi, selon la tradition fami-
liale, ce qui permet de montrer un 
grand et beau Nicolas de Staël 
(1914-1955) et de conclure le par-
cours de l’exposition avec un non 
moins impressionnant tableau de 
Geneviève Asse (1923-2021).
Cette exploration outre-Atlanti-
que a également permis de décou-
vrir chez leurs descendants – tous 
sont venus au Havre pour l’inau-
guration de l’exposition – des ar-
chives inédites, des factures d’ac-
quisition de certaines œuvres – où 
l’on constate qu’Olivier Senn ache-
tait volontiers directement aux ar-
tistes, mais qu’il négociait sérieu-
sement les prix –, des photos de fa-
mille, des inventaires après décès, 
lesquels ont permis de reconsti-
tuer, à l’identique, les intérieurs, 
en particulier les salons, où 
étaient exposés les tableaux.
Fidélité à des seconds couteaux
Avec quelques belles peintures 
fauves, entrées dans la collection 
grâce au beau-père d’Olivier Senn, 
Ernest Siegfried, qui détestait les 
goûts artistiques de son gendre : 
pour le lui faire comprendre, il 
acheta au Salon de 1905, afin de lui 
offrir, « le plus loufoque et le plus 
laid », selon les souvenirs de Mau-
rice de Vlaminck. Soit cinq ta-
bleaux d’André Derain (1880-
1954), de Maurice de Vlaminck 
(1876-1956), mais aussi d’Auguste 
Matisse (1866-1931) qu’il semble 
un de ses chefs-d’œuvre. Il fut 
 offert par Olivier Senn au Musée 
du Luxembourg, en 1939, et fait 
désormais la fierté du Centre Pom-
pidou, à Paris. Ou cette Tour rouge 
peinte par Giorgio De Chirico, 
en 1913 : Olivier Senn fut le premier 
Français à acheter une œuvre à 
l’artiste (et sans doute aussi le pre-
mier à acheter un tableau duMexicain Diego Rivera). De Chirico 
a d’ailleurs consigné l’anecdote 
dans son journal. Senn l’a vu au 
 Salon d’automne, son originalité 
l’a séduit. Il se présente chez le 
peintre, marchande férocement : 
on tombe d’accord sur 250 francs, 
au lieu des 400 demandés.
Toutefois, la toile aussi est atypi-
que, non pas dans l’œuvre de l’ar-
tiste, mais dans la collection Senn. 
Il finit par la céder à Peggy 
 Guggenheim (1898-1979), alors 
qu’elle multiplie les achats, juste 
avant-guerre – « Un par jour ! », 
 disait-elle –, de l’avant-garde pari-
sienne. Il est aujourd’hui conservé 
à la fondation vénitienne qu’elle a 
créée, laquelle ne prête qu’avec 
parcimonie. Que l’exposition hav-
raise ait été jugée suffisamment 
importante pour déroger à cette 
règle est bon signe.
Olivier Senn aimait à constituer 
des ensembles cohérents des 
 peintres qu’il appréciait. Il collecte 
ainsi les dessins préparatoires de 
Degas pour les grands tableaux 
d’histoire de ses débuts. Il réunit 
 plusieurs tableaux et aquarelles 
d’Eugène Boudin, de Paul Sérusier, 
de Camille Pissarro, d’Henri-Ed-
mond Cross (86 œuvres), d’Albert 
Marquet (il avait de lui 17 tableaux, 
des aquarelles et une centaine de 
dessins) ou de Félix Vallotton.
Un autre aspect sympathique, 
c’est sa fidélité à des artistes qu’il 
faut bien qualifier aujourd’hui de 
seconds couteaux. Senn soutenait 
ainsi Charles Cottet (1863-1925) ou 
Charles Lacoste (1870-1959), 
 peintres fort intéressants, mais 
que l’histoire de l’art n’a pas rete-
nus. Non seulement il leur ache-
tait des œuvres, mais en offrait 
aussi aux musées, pour leur don-
ner une assise, et les recomman-
dait à des galeries qui ne pou-
vaient pas refuser de rendre ce ser-
vice à un de leurs bons clients. Il 
fut aussi propagandiste à travers le 
Cercle de l’art moderne du Havre, 
créé en 1906 (le Musée du Luxem-
bourg, à Paris, avait consacré une 
exposition à cette société avant-
gardiste, en 2012, montée par 
 l’ancienne directrice du MuMa 
Annette Haudiquet) avec d’autres 
collectionneurs de la région, mais 
aussi des artistes alors locaux, 
dont Georges Braque, Raoul Dufy, 
Othon Friesz (1879-1949)…
Grâce à ces amateurs argentés et 
très actifs, Le Havre était alors à la 
pointe de la modernité artistique. 
Grâce à leurs descendants, le 
MuMa possède la deuxième plus 
importante collection impres-
sionniste de France, après le 
 Musée d’Orsay. Grâce aux travaux 
d’Annette Haudiquet, puis de 
 Géraldine Lefebvre, non seule-
ment l’histoire de l’art et celle du 
goût ont progressé, mais des 
 contacts ont été pris avec les 
Etats-Unis, qui promettent d’être 
fructueux : un grand musée amé-
ricain semble intéressé à l’idée de 
reprendre l’actuelle exposition et, 
qui sait, avec ses propres mécè-
nes, de nouer d’autres liens avec 
la vieille Europe. Il est bon, en ces 
temps de vaches maigres, de se 
rappeler que l’art peut parfois 
aussi soutenir l’économie. p
harry bellet
Les Senn. Collectionneurs et 
mécènes. Musée d’art moderne 
André-Malraux, 2, boulevard 
Clemenceau, Le Havre (Seine-
Maritime). Jusqu’au 16 février.
« La Toilette » (vers 1888-1890), d’Edgar Degas. MUMA LE HAVRE/FLORIAN KLEINEFENN
avoir confondu avec Henri… Le 
gendre fut ravi du cadeau, mais ré-
pliqua en achetant un Van Gogh et 
en le revendant trois fois le prix 
qu’il l’avait payé, à la seule fin de 
montrer la facture à son beau-
père et de lui prouver que, goût ou 
pas, il avait au moins le sens des af-
faires. Géraldine Lefebvre a aussi 
pu reconstituer, sur le papier, l’in-
tégralité de la collection d’Olivier 
Senn, les achats comme les dons 
ou les reventes : elle compre-
nait près de 500 tableaux, sculp-
tures et dessins, dont 260 sont 
montrés au Havre.
Cela a permis également de 
 réunir, le temps d’une exposition, 
des œuvres dont les Senn se sont 
séparés au fil du temps. Ainsi ce nu 
d’Albert Marquet (1875-1947), La 
Femme blonde (1919), atypique 
dans son travail, mais assurément 
Paula Rego, un ovni aux styles variés au Kunstmuseum de Bâle
Le musée suisse présente, en 108 œuvres, l’une des plus remarquables expositions de la graveuse et pastelliste unique en son temps
ARTS
bâle (suisse)
S i les études de genre ont un 
sens en histoire de l’art, 
c’est bien dans des cas 
comme celui de l’artiste anglo-
portugaise Paula Rego (1935-
2022). On ne peut comprendre 
son travail que dans le cadre plus 
que machiste du Portugal et de 
l’Angleterre des années 1950 à 
1970. Le catalogue de l’exposition 
que lui consacre le Kunstmuseum 
de Bâle, en Suisse, donne une 
large place à cette grille d’analyse, 
des plus pertinentes en l’espèce : 
ce que Paula Rego a peint, aucun 
homme n’aurait pu le faire.
Cette lecture, mêlée à d’autres 
plus classiques, permet de conce-
voir une des plus remarquables 
expositions, en 108 œuvres, qu’on 
ait vue de l’artiste. Longtemps 
 invisibilisée, et même si elle fut, 
une grande partie de sa vie, soute-
nue par la fondation lisboète 
 Calouste Gulbenkian, elle n’a eu 
sa première rétrospective d’im-
portance à la Tate Gallery – encore 
était-ce à celle de Liverpool, pas de 
Londres – qu’en 1997. L’année sui-
vante, son pays natal rejetait par 
un vote le premier texte tentant 
de légaliser l’avortement.
En réaction, Paula Rego qui, 
hors-la-loi, avait eu à en subir 
 plusieurs, commença une série 
de tableaux parmi les plus forts 
qu’on ait peints dans sa généra-
tion. Ils représentent, grandeur 
nature ou presque, des femmes 
seules (la « tricoteuse » devait 
avoir fini son office), gisant sur le 
mobilier de fortune ayant servi à 
l’opération. Parfois, un seau à 
proximité ajoute au tragique de la 
scène. On dit que l’exposition de 
cette série n’a pas été pour rien 
dans l’adoption finale de la loi 
autorisant enfin l’avortement au 
Portugal en 2007.
A la mort de Paula Rego, le 
8 juin 2022, le gouvernement por-
tugais décréta une journée de 
deuil national. La Couronne bri-
tannique – Rego avait fait ses étu-
des et passé une grande partie de 
sa carrière à Londres – avait été 
plus réactive : la reine Elizabeth II 
l’avait nommée dame comman-
deur de l’ordre de l’Empire 
en 2010.
« Mes sujets favoris sont les jeux 
de pouvoir et les hiérarchies. Je 
veux tout changer, chambouler 
l’ordre établi, remplacer les héroï-
nes et les idiots », avait-elle déclaré 
dans un texte republié dans le ca-
talogue de l’exposition. Celle-ci, 
conçue par Eva Reifert, la respon-
sable des collections des XIXe et 
XXe siècles au Kunstmuseum de 
Bâle (assistée de Jasper Warzecha 
et de Noemi Scherrer), a choisi de 
la présenter, non pas dans l’ordre 
chronologique, mais par salles 
thématiques, et c’est une initia-
tive formidable : elle permet de 
constater, de visu, à quel point 
Paula Rego a eu des styles variés, 
s’est renouvelée durant toute sa 
carrière, fut à la fois une excep-
tionnelle graveuse et une pastel-
liste unique en son temps.
Les salles du parcours sont 
 consacrées successivement aux 
autoportraits, aux « Constella-
tions familiales », à la « Violence 
d’Etat » (elle n’appréciait guère la 
dictature de Salazar), à la « Guerre 
des sexes », aux « Héroïnes », aux 
« Jeux de rôle » (c’est là que 
 trouvent place trois peintures gi-
gantesques sur papier de l’incroya-
ble Traviata, conçue pour une ex-
position à New York en 1983), à 
« L’Inconscient » (les œuvres inspi-
rées de contes pour enfants, les-
quels sont souvent cruels).
Salles thématiques
Mais aussi une section consacrée 
à la « Défiance » (celle qui 
 représente les avortements), qui, 
en anglais, peut signifier aussi 
« mépris », et à « L’Esprit comba-
tif ». Elle n’en manquait pas, mais 
la section en question est consa-
crée à un épisode de sa vie inté-
rieure : dépressive, elle suivit 
longtemps une psychanalyse, 
jusqu’à racheter son divan à son 
thérapeute. Le meuble, d’origine 
suisse, fut vendu par l’analysant 
à l’analysée. Il a été refait à l’iden-
tique par son fabricant à 
 l’occasion de l’exposition et la 
 série des toiles où elle y repré-
sente une femme allongéeest in-
titulée « Possession »…
Il y a quelques chefs-d’œuvre 
dans cette exposition, dont 
 certains rarement montrés. C’est 
le cas d’une immense broderie 
(250 × 650 centimètres) représen-
tant la Bataille d’Alcacer Quibir, 
qui opposa les troupes du roi 
 Sébastien Ier du Portugal à celles 
du sultan marocain Abu Marwan 
Abd al-Malik en 1578. Les Portu-
gais furent écrasés, leur roi tué, et 
l’Espagne en profita pour envahir 
leur pays. La broderie était une 
commande destinée à décorer un 
hôtel d’Algarve, refusée par le 
client : il arrive que les hôteliers 
soient un peu bêtes…
On remerciera aussi infiniment 
la commissaire de l’exposition 
pour sa salle consacrée aux 
 poupées confectionnées avec des 
tissus bourrés au kapok, une série 
hallucinante conçue à la fin des 
années 1970 qui trouve son acmé 
avec un monument, l’Oratorio de 
2009, qui fut pour beaucoup une 
des belles découvertes de la 
59e Biennale de Venise, en 2022, 
que la commissaire générale 
 Cecilia Alemani avait dédiée aux 
femmes artistes.
Oratorio est constitué d’une ar-
moire de bois aux deux portes 
ouvertes. Chaque vantail sup-
porte deux tableaux. Quatre 
autres tapissent les parois inté-
rieures. Sur les deux étagères bas-
ses de l’armoire, une série de pou-
pées, dont une recrée une pietà 
des plus surprenantes. Le tout re-
groupe quelques thèmes de pré-
dilection de l’artiste, le viol, 
l’avortement, les monstres de 
contes de fées. Un hapax, une 
 exception, un ovni artistique. On 
peut en dire autant de l’artiste qui 
l’a conçu. p
ha. b.
Paula Rego. Jeux de pouvoir. 
Kunstmuseum,
St. Alban-Graben 8, Bâle (Suisse). 
Jusqu’au 2 février.
Olivier Senn
fut le premier 
Français
à acheter des 
toiles de Giorgio 
De Chirico
p17 b1 p17 b1
18 |télévision DIMANCHE 5 - LUNDI 6 JANVIER 2025
0123
HORIZONTALEMENT 
I. Condamne et bannit sans juge-
ment. II. La gauche à London. Encou-
ragement en tribune. Cours d’Afrique 
du Nord. III. Pas un mot de vrai dans 
ce qu’il dit. IV. Travaillée au feu et au 
marteau. Bride ou galon. V. Font des 
tours en forêt. Eut en main. VI. Bouts 
de nem. Note. Partis à la in. Pointe au 
sommet. VII. Sans rien de plus. Arra-
chera en surface. VIII. Enregistrée 
avec tout ce que l’on sait sur elle. 
Cours de Russie. IX. Agita n’importe 
comment. Ne remplit plus les cabi-
nets. Relève à l’oice. X. Regarnie de 
petites graines pleines d’avenir.
VERTICALEMENT
1. Gâche beaucoup s’il ne travaille pas 
avec des plaques. 2. Qu’elle fasse ou 
non du bruit, elle ne change rien. 
3. Se régule avec la demande. Infor-
mations venues d’Amérique. 4. Pas-
sages nécessaires avant l’embauche. 
5. Anciens jeux de cartes. 6. Malin et 
rusé. Le premier est le Bon. 7. Aluent 
du Rhin. Prenait le dessus dans la 
montée. 8. Ramasse au passage. 
9. Poudre d’écorce. Règle plate. 
10. A perdu son mordant. En face. 
11. Ruminant disparu. Victime des 
prédateurs. 12. Deviendra de plus en 
plus diicile à trouver. 
SOLUTION DE LA GRILLE N° 25 - 003
HORIZONTALEMENT I. Hypnotiseuse. II. Eole. Oogones. III. Luisant. Niño. 
IV. Lys. Miam. Ont. V. Eosine. Ignée. VI. Nue. Esur (rusé). VII. Items. Ill. Ri. 
VIII. Se. Piaf. Aa. IX. TNT. Electrum. X. Etrésillonne.
VERTICALEMENT 1. Helléniste. 2. Youyoutent. 3. Plissée. Tr. 4. Nés. Mp. 
5. Amnésies. 6. Tonie. Ali. 7. Iota. Eifel. 8. Sg. Mi. Cl. 9. Eon. Gelato. 
10. Unions. ARN. 11. Senneur. Un. 12. Esotérisme.
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
GRILLE N° 25 - 004
PAR PHILIPPE DUPUIS
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LES GLADIATEURS, AU-DELÀ 
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UN HORS-SÉRIE
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Midi-Print, Gallargues le Montueux
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& MYCANAL
À LA DEMANDE
DOCUMENTAIRE
E
n face de la falaise, c’est le 
pic le plus dangereux, 
mais aussi le plus beau, le 
plus rempli d’énergie. » 
Justine Dupont se remémore le 
jour où elle faillit ne pas se sortir 
d’un rouleau géant à Nazaré, au 
Portugal. Elle a le regard qui brille 
lorsqu’elle évoque « toute cette 
énergie, dans la planche, dans 
[s]on corps », qu’elle déploya pour 
affronter ce « monstre d’eau ».
La surfeuse, sacrée meilleure 
spécialiste des grosses vagues au 
monde en 2019, fait partie des 
douze athlètes de haut niveau qui 
ont vu le documentaire Open 
Brain explorer le rôle de « chef 
d’orchestre » que joue leur cer-
veau dans leurs performances. 
Basket, formule 1 (F1), surf, es-
crime, boxe, tennis, athlétisme, 
escalade, ski, ultra-trail, voile… 
Ces champions racontent com-
ment leurs victoires, leurs re-
cords ont été pensés avant d’être 
réalisés. Sur fond d’images ma-
gnifiques, avec musique d’am-
biance pour adoucir l’aridité 
scientifique du sujet. 
« Le cerveau est le moteur de tout, 
considère Patrick Mouratoglou, 
ancien coach de Serena Williams 
(elle a pris sa retraite sportive 
en 2022) et fondateur d’une acadé-
mie de tennis. Il permet de réaliser 
des choses qui sont en théorie au-
delà de nos capacités. »
« Casser les habitudes »
Alexis Pinturault, champion du 
monde de combiné ski alpin 
2023, explique comment il révise 
littéralement le parcours, porte 
par porte, bosse par bosse, avant 
une course, grâce à « une techni-
que de visualisation mentale ».
Aux Etats-Unis, le basketteur 
français Rudy Gobert s’est ad-
joint, en 2020, les services de Fer-
nando Pereira, dit « Nandes », un 
coach passionné de neuros-
cience − un « neurotrainer », 
dit-on dans les coulisses de la 
NBA. « Il m’a permis de casser des 
habitudes ancrées depuis tout pe-
roscientifique à l’université Jo-
hns-Hopkins de Baltimore, dans 
le Maryland. Des changements 
qui touchent à la fois la mémoire 
et les compétences, et doivent être 
permanents ».
Un enjeu crucial pour Charles 
Leclerc, le pilote monégasque de 
Ferrari, qui va devoir affronter la 
légende de la F1 Lewis Hamilton, 
recruté comme premier pilote par 
la Scuderia en 2025. Pendant la 
course, « le cerveau doit gérer de 
nombreuses informations en 
même temps », prendre en 
compte les informations que ne 
cesse de lui envoyer l’ingénieur de 
course, sur le vent, sur les temps 
des adversaires… Déjà, en leur 
temps, Juan Manuel Fangio (1911-
1995), Niki Lauda (1949-2019), 
Alain Prost s’imposaient grâce à 
leur « intelligence de la course».
Thérèse Collins, du Centre neu-
roscience intégrative et cognition 
du CNRS, rappelle que « le cerveau 
est une grosse machine à prédire ce 
qui va se passer ». Sur un ring de 
boxe, « il ne s’agit pas forcément de 
taper plus fort ou plus vite, mais 
d’anticiper », dit Hugo Grau, cham-
pion de France Elites 2023 dans la 
catégorie des moins de 67 kilos. 
Son père entraîneur, Nicolas Grau, 
revendique « tout un travail, tech-
nique, tactique et psychologique ; si 
on enlève un des trois, ce sera très 
difficile d’y arriver ».
Anticiper, tel est aussi l’enjeu 
pour Stéphanie Gicquel. Pour an-
ticiper la fatigue que cette cham-
pionne d’ultra-trail a dû gérer lors 
de sa traversée de l’Antarctique à 
ski en 2014 (2 045 kilomètres en 
soixante-quatorze jours via le 
pôle Sud). « Aucun moment de 
pause ou de relâchement », dit-
elle − jusqu’au dernier jour de 
cette odyssée, où elle avançait 
« comme un zombie », à cause du 
manque de sommeil, qui provo-
quait des hallucinations.
Jamais fatiguée d’aller toujours 
plus loin, la détentrice du record 
de France d’ultra-trail (253,6 kilo-
mètres courus en vingt-qua-
tre heures) a une formule digne 
de Sénèque : « La seule limite à 
nos objectifs est celle que nous 
leur donnons. » p
pascal galinier
Open Brain, dans le cerveau 
des athlètes, documentaire 
de Yannick Adam de Villiers 
(Fr., 2024, 81 min).
Image extraite du documentaire « Open Brain, dans le cerveau des athlètes », 
de Yannick Adam de Villiers. HIGH SEA PRODUCTION/SCOPE PICTURES/2024 
Le cerveau, ce chef d’orchestre 
de la performance sportive 
Des athlètes utilisent les neurosciences pour améliorer leurs résultats 
Une évocation tendre 
de l’enfance 
de Steven Spielberg 
Le réalisateur américain se livre 
pour la première fois à l’autobiographie 
FRANCE 2
DIMANCHE 5 - 21 H 10
FILM
A lors qu’Hollywood se 
transforme à vue d’œil, 
parachevant sa mue nu-
mérique, plusieurs cinéastes 
américains ont éprouvé le besoin 
de se retourner sur le passé : 
Quentin Tarantino, avec Once 
Upon a Time… in Hollywood 
(2019), Paul Thomas Anderson, 
avec Licorice Pizza (2021), James 
Gray, avec Armageddon Time 
(2022)… Un peu plus qu’une lu-
bie : une véritable veine qu’on 
peut voir, alternativement, 
comme un chant du cygne ou un 
retour aux sources.
C’est désormais au tour de Ste-
ven Spielberg, 78 ans, d’ajouter 
un nouveau chapitre. Le rejeton 
du Nouvel Hollywood et entertai-
ner triomphal des années 1980 à 
2000 se livre ici, pour la première 
fois, à l’autobiographie, dans une 
évocation tendre de son enfance, 
de son éveil artistique et, surtout, 
de ses parents.
Pour la première fois personnel, 
Spielberg ? Non, et c’est précisé-
ment ce que prouve The Fabel-
mans (2022), tant la succession 
des scènes primitives qu’il retrace 
renvoie aux motifs et aux figures 
les plus connus de son œuvre.
Un classicisme magnifique
Le récit s’ouvre un soir d’hiver 
1952, devant un cinéma où un cou-
ple emmène son fils voir son pre-
mier film, Sous le plus grand chapi-
teau du monde, de Cecil B. DeMille. 
Terrorisé par la scène d’accident 
ferroviaire, le garçon en contrac-
tera le virus du cinéma, sous l’an-
gle de l’effroi et de la catastrophe. Il 
ne cessera plus de bricoler ses pro-
pres films, petites bandes concoc-
tées en super-8 avec ses deux 
sœurs ou entre copains, westerns 
ou films de guerre amateurs où 
peut se conjurer quelque chose de 
ce fracas initial.
Dans cette recherche de pères de 
substitution en quoi a longtemps 
constitué la cinéphilie, Spielberg 
choisit, à rebours, d’affirmer l’ap-
port décisif de sa mère, campée 
tit, de recalibrer mon cerveau », 
explique le pivot vedette des 
Timberwolves du Minnesota. 
C’est comme s’il devait « appren-
dre à faire du vélo à l’envers », ré-
sume avec humour la voix off. 
« Avant, tout était centré sur les 
muscles, maintenant, l’entraîne-
ment est plus cérébral que muscu-
laire. C’est une nouvelle étape 
pour le sport », estime Nandes. 
A l’heure de l’uniformisation 
des entraînements physiques, 
« toute forme d’apprentissage 
doit être associée à une forme de 
changement dans le cerveau, 
 confirme John W. Krakauer, neu-
« Avant, tout 
était centré 
sur les muscles, 
maintenant, 
l’entraînement 
est plus cérébral 
que musculaire » 
FERNANDO PEREIRA 
coach spécialisé 
dans les neurosciences 
par une Michelle Williams d’une 
justesse éblouissante. Cette mère 
en relief, sa fibre poétique, sa fê-
lure secrète, sa présence débor-
dante, prisonnière du quotidien, 
se tient tout entière du côté de la 
fiction. Voir ce passage gracieux et 
effarant où, lors d’une virée cam-
ping, elle se met à danser en dés-
habillé devant les phares d’une 
voiture, à demi-nue aux yeux de 
tous – beauté et dérapage se mê-
lent dans un même mouvement.
Cette matière intime, Spielberg 
l’enrobe chaleureusement dans 
les termes d’un classicisme ma-
gnifique, de par sa rondeur de 
trait, sa fluidité d’expression, son 
sens du détail saillant et sa sensi-
bilité tragi-comique. Avec son 
scénariste, Tony Kushner (Mu-
nich, 2005), le cinéaste fait le pari 
romanesque du temps long.
Le roman de formation de son 
jeune héros et alter ego Sammy 
(Mateo Zoryon Francis-DeFord 
pour l’enfance, Gabriel LaBelle 
pour l’adolescence) se décline 
ainsi au fil d’amples séquences 
qui scandent son passage à l’âge 
adulte et s’arrêtent au seuil de son 
entrée dans la profession. En 
guise de conclusion, Sammy fait 
la rencontre d’un monument : 
John Ford (auquel un autre ci-
néaste, David Lynch, prête ses 
traits). La carrière de Spielberg est 
reléguée hors champ − on est loin 
du biopic et de sa logique de 
« panthéonisation ». p
mathieu macheret
The Fabelmans (2022), film 
américain de Steven Spielberg. 
Avec Gabriel LaBelle, Michelle 
Williams, Paul Dano… (2 h 31).
Le cinéaste 
choisit d’affirmer 
l’apport décisif 
de sa mère, 
campée par une 
Michelle Williams 
d’une justesse 
éblouissante 
p18 b1 p18 b1
0123
DIMANCHE 5 - LUNDI 6 JANVIER 2025 disparitions | 19
28 JANVIER 1935 
Naissance à Brockley, 
dans la banlieue 
de Londres
1960 Devient 
enseignant et publie 
« The Picturegoers », 
son premier roman
1967 Thèse sur 
« Le roman catholique 
du mouvement d’Oxford 
à nos jours »
1975 « Changement 
de décor » obtient le prix 
Hawthornden
1987 Quitte l’université 
pour se consacrer 
à l’écriture
2021 « Réussir, plus 
ou moins », troisième 
et dernier volet de 
son autobiographie 
1ER JANVIER 2025 Mort 
David Lodge
Ecrivain britannique
R
ummidge, une grande 
ville industrielle au cen-
tre de l’Angleterre, « très 
grise, très sale, surtout 
très laide ». Pour tous ses lecteurs, 
c’est ici, dans cette ville imagi-
naire « située à l’endroit occupé 
par Birmingham sur les cartes du 
monde prétendu réel », au milieu 
d’universitaires tout aussi imagi-
naires et tout aussi authentiques, 
au cœur de ce petit univers qu’il a 
si malicieusement décrit de livre 
en livre, que sera enterré pour 
l’éternité David Lodge. L’écrivain 
britannique, maître du roman 
universitaire sarcastique, est 
mort « paisiblement », « aux côtés 
de sa famille proche », mercredi 
1er janvier, a annoncé vendredi 
son éditeur, Vintage (Penguin 
Random House). Il avait 89 ans.
Ainsi s’achève une double vie 
d’universitaire et d’auteur à suc-
cès. En particulier en France, où 
les livres de David Lodge se sont 
vendus à plusieurs millions 
d’exemplaires, et où il fut fait che-
valier de l’ordre des Arts et des 
Lettres en 1997. Cheveux courts et 
noirs, épais sourcils en brous-
saille, œil vif, bouche mince, veste 
en tweed, sa silhouette était deve-
nue l’image même du romancier 
britannique. Sous des dehors on 
ne peut plus classiques se cachait 
un expert en comédie et en auto-
dérision, capable de nouer une in-
trigue prenante et de faire rire 
avec des thèmes sérieux comme 
la vie universitaire, la religion ca-
tholique ou le déclin de l’indus-
trie. L’incarnation parfaite du fa-
meux humour anglais.
A côté de ses nouvelles et de ses 
romans qui pétillent d’intelli-gence et de drôlerie (La Chute du 
British Museum, Un tout petit 
monde, Jeu de société, Thérapie, 
Pensées secrètes…), son œuvre 
comporte toutefois des textes 
autobiographiques au ton plus 
grave, des critiques littéraires 
ainsi que de solides essais sur 
l’écriture (L’Art de la fiction, A la 
réflexion…). En France, l’ensem-
ble de ses textes a été publié aux 
éditions Rivages.
« Plutôt né au bon moment »
David Lodge voit le jour dans un 
quartier pauvre de la banlieue sud 
de Londres le 28 janvier 1935, à la 
veille de la seconde guerre mon-
diale. Pour nombre d’Européens, 
difficile d’imaginer pire période 
pour arriver sur Terre. David 
Lodge, lui, s’estime au contraire 
« plutôt né au bon moment », se-
lon le titre du premier volume de 
son autobiographie. Il se trouve 
en effet témoin direct d’un conflit 
épouvantable, de la reconstruc-
tion du Royaume-Uni, puis des 
bouleversements sociaux des an-
nées 1950-1960. 
En parallèle, il bénéficie de la loi 
de 1944 qui garantit la gratuité de 
l’enseignement secondaire et pré-
voit des bourses pour les étu-
diants. « Cela signifiait que j’aurais 
beaucoup de choses à écrire et que 
je recevrais une éducation qui, 
bien qu’imparfaite jusqu’au ni-
veau secondaire, me donnerait les 
outils et la motivation pour le 
faire », constate-t-il a posteriori.
« Je descends de deux familles, les 
Lodge et les Murphy, l’une d’ori-
gine irlandaise, l’autre belge, ra-
contait l’écrivain au Monde en 
2019. Des expansifs d’une part, des 
dépressifs de l’autre… » Son père, 
William Lodge, est musicien et 
chanteur dans des orchestres de 
danse. Sa mère, Rosalie Murphy, 
secrétaire. Il restera toujours en-
fant unique. Pour échapper aux 
bombardements, il passe une 
partie de la guerre dans le Surrey 
et en Cornouailles avec sa mère. 
Sa scolarité se trouve perturbée 
par cette vie itinérante, mais Da-
vid Lodge considère qu’il s’agit là 
encore d’une « expérience intéres-
sante », c’est-à-dire « de l’argent en 
banque pour le romancier ».
Tout cela, le hurlement des sirè-
nes, les déménagements, l’inter-
nat, l’éducation catholique, les 
châtiments corporels, la tante Ei-
leen « excessivement bavarde » 
dont il est amoureux à sa façon, 
son rêve de devenir journaliste 
sportif, ses lectures – notamment 
de Trois hommes dans un bateau, 
de Jerome K. Jerome (1859-1927) –, 
tout ce matériau qu’il engrange 
de façon inconsciente, le futur 
écrivain en garde l’essentiel « en 
banque » pendant des années. 
Dès la fin de ses études secondai-
res, David Lodge nourrit certes 
l’ambition d’être écrivain, il ré-
dige quelques nouvelles, un pre-
mier roman (« Non publié, Dieu 
merci »). Mais l’heure d’en faire sa 
profession n’a pas sonné.
Il entame d’abord des études de 
lettres, passe deux ans dans l’ar-
mée pour son service national, re-
tourne à l’université de Londres, 
et y prépare une thèse sur « Le Ro-
man catholique du mouvement 
d’Oxford à nos jours ». Ce par-
cours universitaire le conduit lo-
giquement à devenir enseignant. 
En 1960, il fait son entrée comme 
chargé de cours à l’université de 
Birmingham, où il restera vingt-
sept ans. La même année, il 
épouse Mary Jacob, une étudiante 
irlandaise qu’il connaît depuis le 
lycée, très pratiquante, avec la-
quelle il passera sa vie entière.
La double existence commence. 
Dès 1960, tout en inaugurant sa 
carrière universitaire, il réussit à 
publier un premier roman, 
The Picturegoers (non traduit en 
français). Puis un deuxième, deux 
ans plus tard, Ginger, You’re 
Barmy (également non traduit), 
fondé sur son expérience mili-
taire. Un de ses nouveaux collè-
gues de Birmingham, Malcolm 
Bradbury, appelé à devenir son 
« ami écrivain le plus proche », l’in-
cite alors à développer la veine co-
mique présente de façon discrète 
dans ses deux premiers ouvrages. 
Le résultat se lit dès le roman 
suivant, La Chute du British Mu-
seum (1965), récit parodique 
d’une journée d’un doctorant 
en littérature qui n’arrive pas à 
avancer dans son travail, trop ta-
rabusté qu’il est par le risque 
d’une quatrième grossesse de son 
épouse. Grand succès public, le 
plus important de toute l’œuvre 
de David Lodge. Il est suivi d’un 
« choc considérable » : en 1966, 
l’écrivain et sa femme ont pour 
troisième enfant un garçon at-
teint de trisomie 21.
Cette épreuve n’empêche pas 
David Lodge de poursuivre sa 
double carrière, chaque activité 
nourrissant l’autre. Sur le terrain 
universitaire, il continue à ensei-
gner la littérature dans un bâti-
ment en brique rouge de l’univer-
En 2011. ÉRIC GARAULT/PASCO&CO
sité de Birmingham, avec une pa-
renthèse d’une année aux Etats-
Unis, à Berkeley (Californie), en 
1969. Sur le terrain littéraire, il ex-
ploite ce séjour californien et son 
observation du microcosme édu-
catif pour inventer un roman sur 
deux professeurs de littérature 
anglaise de 40 ans, l’un britanni-
que, l’autre américain, qui échan-
gent pour six mois leurs postes… 
et leurs épouses. Titre : Change-
ment de décor.
Les très cocasses aventures de 
Philip Swallow et Morris Zapp, 
dont les destins se croisent et 
s’entremêlent, préludent à une 
série de livres assez irrésistibles 
dans le même esprit. David Lodge 
devient le spécialiste du roman 
universitaire caustique, dans la li-
gnée du Lucky Jim de Kingsley 
Amis (1954). Umberto Eco (1932-
2016) voit même en lui l’inven-
teur d’un nouveau genre, le « pica-
resque académique ». 
Un tout petit monde (1984), la 
suite de Changement de décor, dé-
peint les mœurs d’un petit 
groupe de mammifères au com-
portement grégaire : des universi-
taires cabotins et paresseux voya-
geant autour du monde de collo-
que en congrès, à la recherche de 
reconnaissance intellectuelle et 
de frissons érotiques. C’est « un 
des livres les plus amusants et les 
plus férocement hilares publiés au 
cours de ce siècle », juge Umberto 
Eco dans sa préface à l’édition 
française. Puis Jeu de société 
(1988) narre l’improbable rencon-
tre d’une jeune professeur struc-
turaliste et d’un patron de PME 
thatchérien.
S’il autorise David Lodge à ache-
ter une maison, l’énorme succès 
de ses romans ne lui tourne pas la 
tête. « Bien sûr, j’aime penser que 
j’ai du talent, glissait-il au Monde 
en 2019. Mais j’ai objectivement 
bénéficié d’un timing heureux. » 
David Lodge est en effet le fruit 
de son époque. 
Durant les années 1970 et 1980, 
la fiction britannique bénéficie 
d’une sorte de boom. Toute une 
génération, celle de Martin Amis, 
Ian McEwan, Julian Barnes, Anita 
Brookner, ou encore Salman 
Rush die, sort de l’ombre, réveille 
la littérature, se trouve choyée 
par les éditeurs, suivie de près par 
les grands médias, couverte de 
prix, et multiplie les best-sellers 
internationaux. Et lorsque la fiè-
vre redescend un peu au Royau-
me-Uni, c’est en France que David 
Lodge trouve un important pu-
blic, grâce à Gilles Barbedette, des 
éditions Rivages.
Peu à peu, toutefois, l’écrivain 
peine à faire coexister en lui 
l’auteur de travaux universitaires 
pointus et l’écrivain qui se sent 
« anarchiste et subversif ». En 1987, 
il quitte donc une faculté qu’il 
juge détruite par Margaret That-
cher (1925-2013) pour se consacrer 
entièrement à l’écriture. Ses 
droits d’auteur lui permettent de 
sauter le pas sans inquiétude.
Un ton plus grave
Au fil des ans, le ton de David 
Lodge se fait parfois plus grave. 
Dans Thérapie (1995), il utilise sa 
propre expérience de la dépres-
sion et de l’anxiété. Son héros, 
scénariste à succès, a tout pour 
être heureux ; il en est incapable. 
Dans La Vie en sourdine (2008), 
l’écrivain aborde également sous 
couvert de fiction des sujets qui le 
touchent de près : la vie d’un uni-
versitaire à la retraite, de plus en 
plus sourd, et en deuil de son 
père. Un portrait doux-amer de 
l’artiste en intellectuel vieillis-
sant, déchirant et drôle à la fois. 
Comme dans ce passage où, au 
petit déjeuner, le linguiste retraité 
avale ses corn-flakes équipé de 
son appareil qui amplifie les 
bruits de mastication : « C’est 
comme entendre desdinosaures 
croquer des os en son dolby. »
Après avoir rendu hommage 
dans deux livres à ses compatrio-
tes écrivains Henry James (1843-
1916) puis H.G. Wells (1866-1946), 
c’est sur son propre parcours que 
se retourne David Lodge. Son 
autobiographie, découpée en 
trois tomes, paraît entre 2015 et 
2020 au Royaume-Uni. Au pas-
sage, elle lui fournit l’occasion 
d’expliquer combien il a pris ses 
distances à l’égard de la religion, 
un sujet récurrent sous sa plume. 
Lui qui s’estimait « façonné » par 
le catholicisme, et en a nourri ses 
fictions, a fini par laisser le dogme 
de côté. « Je ne crois plus en la vie 
après la mort. Ni que les vertueux 
seront récompensés, et les mé-
chants punis », confiait-il au Nou-
veau Magazine littéraire en 2019.
Il conservait en revanche foi en 
la littérature. « Lire, c’est soumet-
tre sa curiosité et son désir à un dé-
placement continuel d’une phrase 
à l’autre, professe Morris Zapp 
dans Un tout petit monde. Le texte 
se dévoile devant nous, mais il ne 
permet jamais qu’on le possède ; 
plutôt que de nous obséder à le 
posséder, nous devrions prendre 
plaisir à ses taquineries. » Au 
grand bonheur de David Lodge, 
cette citation taquine est désor-
mais gravée dans le hall de la bi-
bliothèque de Birmingham, 
autant dire de Rummidge. p
denis cosnard
p19 b1 p19 b1
20 |carnet DIMANCHE 5 - LUNDI 6 JANVIER 2025
0123
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le volume n° 10
LA CHAMBRE BLEUE
Simenon
Lemonde de
AU CARNET DU «MONDE»
Décès
Sa famille,
Ses amis,
Ses proches,
 
ont l’immense tristesse de faire part 
du décès de 
 
Mme Marie-Claude BEAUD,
 
conservateur adjoint 
puis directeur, musée de Grenoble 
(1969-1978),
conservateur, musée de Toulon 
(1978-1984),
directeur, Fondation Cartier 
pour l’art contemporain, 
Jouy-en-Josas et Paris
(1984-1994), 
directeur général, 
American Center, Paris, New York
(1994-1996), 
conservateur général, 
Union centrale des arts décoratifs, 
Paris (1996-1999), 
directeur général, 
Musée d’Art Moderne 
Grand-Duc Jean, 
Mudam, Luxembourg
(2000-2008), 
directeur, 
Nouveau musée national 
de Monaco (2009-2021),
 
commandeur de l’ordre 
de la Couronne de chêne 
(Luxembourg),
commandeur de l’ordre 
du Mérite Culturel (Monaco),
oicier de l’ordre de Mérite civil 
et militaire d’Adolphe de Nassau 
(Luxembourg),
chevalier de l’ordre national 
de la Légion d’honneur (France),
chevalier de l’ordre 
des Arts et des Lettres (France), 
 
survenu à Toulon,
le 29 décembre 2024, 
à l’âge de soixante-dix-huit ans. 
 
Les obsèques seront célébrées le 
mardi 7 janvier 2025, à 14 h 45, au 
crématorium de La Seyne-sur-Mer 
(Var). 
 
Cet avis tient lieu de faire-part et 
de remerciements. 
Flavie (†), Etienne, Julien, Bertille, 
Constance, Guillaume, Corentine 
Chaillet, Noémie Chaillet-Piquand (†),
ses enfants,
Elliot, Alban, Paul, Max, Oscar, 
Hubert, Gaspard, Pierre, Oliver, 
Joséphine, Nicolas,
ses petits-enfants,
 
ont la profonde tristesse de faire part 
du décès de
 
Catherine CHAILLET,
créatrice,
 
survenu le 23 décembre 2024, à Paris, 
dans sa quatre-vingt-douzième année.
 
Un culte d’action de grâce sera 
célébré le 8 janvier 2025, à 11 h 30, 
au Temple protestant de l’Oratoire 
du Louvre, 145, rue Saint-Honoré, 
Paris 1er.
 
La cérémonie sera précédée de 
l’inhumation dans l’intimité familiale.
 
29, rue de Sèvres,
75006 Paris.
Verteillac (Dordogne).
 
Pascale et Jean-Christian Rerat,
sa ille et son gendre,
Nicolas et Odile Chevron,
son ils et sa belle-ille,
Antoine, Martin, Jodie et Loïse,
ses petits-enfants,
Agnès et Jean-François Lamoureux,
sa sœur et son beau-frère,
Antoine et Marie-Elisabeth 
Andremont,
son frère et sa belle-sœur,
Ses neveux et nièces,
Parents et amis,
 
ont la douleur de faire part du décès 
de
 
Mme Edith ESCHALIER,
née ANDREMONT,
 
survenu à l’âge de quatre-vingt-huit 
ans.
 
Les visites ont lieu à la chambre 
funéraire des Ets Virgo, à Notre-Dame-
de-Sanilhac.
 
Ses obsèques seront célébrées 
le mardi 7 janvier 2025, à 14 heures, 
au crématorium de Notre-Dame-de-
Sanilhac, où l’on se réunira.
 
Fleurs uniquement.
 
Cet avis tient lieu de faire-part.
Catherine Feyler-Sapène,
magistrat honoraire,
son épouse, 
Charlotte, Emilie, Arnaud Feyler,
ses enfants,
 
ont l’immense douleur de faire part 
du décès de
 
M. le bâtonnier Robert FEYLER,
avocat honoraire du barreau 
de Seine-Saint-Denis,
 
survenu le 28 décembre 2024, à Paris.
 
Une cérémonie religieuse aura lieu 
le 6 janvier 2025, à 13 h 45, en l’Église 
réformée de France, au 17, allée de 
l’Ermitage, Le Raincy (Seine-Saint-
Denis).
 
catherine.feyler@gmail.com
L’Académie des Inscriptions et 
Belles-Lettres
 
a le très profond regret de faire 
part du décès, survenu à Paris, le 
28 décembre 2024, de
 
Pierre-Sylvain FILLIOZAT,
membre de l’Académie,
 
chevalier de la Légion d’honneur,
chevalier 
de l’ordre national du Mérite,
commandeur de l’ordre 
des Palmes académiques,
 
indianiste,
ancien membre de l’École 
française d’Extrême-Orient,
directeur émérite 
d’études de sanscrit 
à l’École pratique des hautes études,
4e section,
ancien vice-président 
de la Société asiatique.
Les familles Glomot, Guibert et 
Vodof,
Marion Magiera,
sa illeule
et ses enfants,
 
ont la tristesse de faire part du décès 
de
 
M. Jean-Albert GLOMOT,
 
survenu à son domicile, 
le 26 décembre 2024, 
dans sa quatre-vingt-seizième année.
 
La cérémonie religieuse sera célébrée 
le lundi 6 janvier 2025, à 10 h 30, en 
l’église Saint-Séverin, Paris 5e.
 
Cet avis tient lieu de faire-part.
En union avec Monique (†),
son épouse,
Michel et Sophie, Claire et Arnaud, 
Anne-Laure et Hubert,
ses enfants,
Pauline et Pierre, Charlotte et 
Aurélien, Matthieu et Elsa, Ulysse, 
Félix, Adèle, Louise, Simon, Céleste 
et Nathan,
ses petits-enfants et arrière-petits-
enfants,
 
ont la grande tristesse de faire part 
du rappel à Dieu de
 
Louis GUIEYSSE,
X 43,
oicier de la Légion d’honneur,
commandeur
de l’ordre national du Mérite,
croix de guerre 1939-1945.
 
Il s’est éteintcompro-
mettre le processus politique par 
« des délais excessivement longs 
jusqu’aux élections ou par des 
 mesures visant à islamiser la jus-
tice ou le système éducatif ».
Lors de rencontres plus tôt dans 
la journée, avec des patriarches 
chrétiens et des représentants de 
la société civile syrienne, M. Barrot 
avait entendu leurs inquiétudes 
quant à leur inclusion dans le pro-
cessus politique, et leurs deman-
des de voir leurs droits reconnus 
comme citoyens à part entière au 
sein de la Constitution. Ils atten-
dent des gestes de M. Al-Charaa, 
qui a promis de respecter les droits 
et les libertés des minorités et de 
convoquer un dialogue national 
devant jeter les bases d’une réécri-
ture de la Constitution avant l’or-
ganisation d’élections, dans un 
 délai pouvant aller, selon ses dé-
clarations à la chaîne saoudienne 
Al-Arabiya, jusqu’à quatre ans.
Aux chefs des diplomaties fran-
çaise et allemande, le nouveau di-
rigeant de la Syrie a assuré que la 
conférence de dialogue national 
serait précédée d’un « comité pré-
paratoire indépendant » où « la di-
versité de la Syrie serait représentée, 
nouvelles autorités de Damas à 
éviter « les actes de vengeance 
 contre des groupes entiers de popu-
lation » et à mettre de côté « l’extré-
misme et les groupes radicaux ». 
« Cela doit être notre objectif com-
mun. Et c’est aussi dans notre pro-
pre intérêt : la sécurité en Europe et 
en Allemagne y est étroitement 
liée », a dit Annalena Baerbock. Se-
lon une source diplomatique fran-
çaise, M. Al-Charaa « s’engage à lut-
ter contre Daech [l’acronyme arabe 
de l’organisation Etat islamique] et 
contre le terrorisme en général ». La 
France a frappé, pour la première 
fois en deux ans, deux positions 
du groupe Etat islamique dans le 
centre de la Syrie, avait indiqué, 
mardi, le ministre français des 
 armées, Sébastien Lecornu.
Ahmed Al-Charaa a également 
confirmé sa disposition à ac-
cueillir « au plus vite » un émis-
saire de l’Organisation pour l’in-
terdiction des armes chimiques 
(OIAC). « C’est une nouvelle fonda-
mentale dans la lutte contre la dis-
sémination des armes chimiques 
du régime de Bachar Al-Assad », a 
souligné M. Barrot. La proposition 
de la France de fournir son « exper-
tise technique en matière de crimi-
nalité pour le recueil de preuves et 
la conduite des enquêtes (…) a été 
acceptée », a par ailleurs salué le 
chef de la diplomatie française, es-
timant qu’« il n’y a pas de réconci-
liation et d’apaisement possible en 
Syrie, pas de redressement moral 
en Syrie, sans que justice soit faite ».
« Enfer concentrationnaire »
Plus tôt dans la journée, les deux 
ministres s’étaient rendus à la 
 prison de Saydnaya, dont plus de 
4 000 détenus ont été libérés le 
8 décembre 2024, accompagnés de 
secouristes des casques blancs (la 
défense civile syrienne) . « C’est im-
portant pour nous de nous rendre à 
Saydnaya, l’enfer concentration-
naire de Bachar Al-Assad, pour 
prendre la mesure de la barbarie 
De gauche à droite, Annalena Baerbock, Ahmed Al-Charaa et Jean-Noël Barrot, à Damas, le 3 janvier. ABDULMONAM EASSA POUR « LE MONDE »
y compris les femmes », a indiqué 
Jean-Noël Barrot. « Il nous a été in-
diqué que l’expertise technique de 
l’Allemagne, comme de la France, 
pourrait être sollicitée au moment 
où les travaux constitutionnels 
pourront se mettre en place », a 
ajouté le ministre français.
« Une solution politique doit être 
trouvée avec les alliés de la France 
que sont les Kurdes, pour qu’ils 
soient pleinement intégrés dans ce 
processus politique qui s’engage 
aujourd’hui », a souhaité Jean-Noël 
Barrot. La veille, il s’était entretenu 
avec le chef des Forces démocra -
tiques syriennes (FDS, dominées 
par les Kurdes), Mazloum Abdi. 
Déterminé à rétablir la souve -
raineté de Damas sur l’ensemble 
de la Syrie et à intégrer les forces 
kurdes à la nouvelle armée sy-
rienne, Ahmed Al-Charaa s’est dit 
prêt à reconnaître des droits aux 
Kurdes, mais pas une autonomie.
La cheffe de la diplomatie alle-
mande a, pour sa part, exhorté les 
« Héros, traîtres, victimes » : au Sénégal, le rôle des tirailleurs fait débat
Un ministre a été limogé, mardi, après avoir déclaré que ces soldats, qui combattaient pour la France, étaient des « traîtres »
dakar - correspondance
U ne phrase a valu au mi-
nistre sénégalais chargé 
de l’administration et de 
l’équipement à la présidence 
d’être limogé, le 31 décem-
bre 2024. « Les tirailleurs sont des 
traîtres. Ils se sont battus contre 
leurs frères », avait déclaré Cheikh 
Oumar Diagne, sur la chaîne lo-
cale Fafa TV, le 21 décembre. Cette 
sortie a provoqué une vive polé-
mique dans le pays, y compris 
parmi les soutiens du président, 
Bassirou Diomaye Faye, qui se 
sont publiquement déchirés pour 
la première fois depuis leur arri-
vée au pouvoir en mars 2024.
Ces débats surviennent alors 
que le nouveau chef de l’Etat séné-
galais, souverainiste et panafrica-
niste, contraint la France à revoir 
sa collaboration avec son an-
cienne colonie. Bassirou Diomaye 
Faye a exigé, en novembre 2024, 
le départ des soldats français sta-
tionnés au Sénégal – une base y 
demeure depuis l’indépendance.
Au Sénégal, les tirailleurs sont 
surtout le symbole d’un crime 
commis à Thiaroye (banlieue de 
Dakar), le 1er décembre 1944, lors 
duquel l’armée française a tué plu-
sieurs dizaines – voire centaines, 
selon des historiens – de soldats 
africains qui réclamaient le paie-
ment de leur solde. Un drame que 
la France n’a qualifié de « massa-
cre » qu’en novembre 2024. « Si la 
France reconnaît ce massacre, elle 
le fait aussi pour elle-même car elle 
n’accepte pas qu’une telle injustice 
entache son histoire », a déclaré le 
ministre des affaires étrangères, 
Jean-Noël Barrot, le 1er décembre, 
lors des célébrations du 80e anni-
versaire de ce crime, estimant que 
l’épisode est une « plaie béante 
dans notre histoire commune ».
Souvent qualifiés de héros, les 
soldats africains qui combat-
taient pour la puissance colonisa-
trice ont également été mal per-
çus par le passé, rappelle Martin 
Mourre, historien français spécia-
liste des tirailleurs : « Après les in-
dépendances, ils ont pu être consi-
dérés de manière négative. » La 
mémoire des tirailleurs diffère 
dans d’autres contrées. Au Maroc, 
on se souvient du massacre 
d’avril 1947 au cours duquel ces 
militaires ont tué des dizaines de 
civils. A Madagascar, on sait que, 
la même année, en pleine insur-
rection, l’armée française se re-
pose sur eux pour mener à bien la 
répression qui a fait quelque 
100 000 morts. Les tirailleurs ont 
aussi été envoyés dans d’autres 
colonies, comme le Vietnam, l’Al-
gérie et le Cameroun. Lors d’une 
rencontre avec Le Monde, un an-
cien tirailleur, N’Dongo Dieng, fai-
sait part du trouble qui l’avait en-
vahi lors de son déploiement en 
Algérie, chez d’autres musul-
mans, « comme nous », confiait-il.
Notion en partie anachronique
Cheikh Oumar Diagne met le 
doigt sur le rôle des tirailleurs 
dans la violence coloniale, alors 
que la France avait décidé que l’ex-
pansion impériale devait être me-
née par des troupes puisées dans 
son empire. Mais la notion de 
« frères » africains mobilisée par 
M. Diagne est en partie anachroni-
que, note M. Mourre. Lorsqu’ils se 
lancent dans la conquête colo-
niale à la fin du XIXe siècle, les ti-
railleurs ne peuvent pas connaître 
un discours panafricain qui n’a 
pas encore vu le jour. De la même 
commission a été instituée, char-
gée de penser la manière de l’ins-
crire dans le roman national. Le 
12 décembre 2024, quelques jours 
après les commémorations pour 
les tirailleurs morts dans le mas-
sacre, Bassirou Diomaye Faye, a as-
sisté à Thiès à l’érection d’une sta-
tue de Lat Dior, un combattant an-
ticolonial du XIXe siècle. Dans la 
foulée, le président a indiqué vou-
loir procéder à des changements 
dans les odonymes afin de mieux 
célébrer les héros nationaux et re-
voir les manuels scolaires.
« Un tel chantier ne peut pas se 
faire sans débats et oppositions », 
remarquepaisiblement le 
28 décembre 2024, dans sa cent 
unième année.
 
La cérémonie religieuse sera 
célébrée en la chapelle des Sœurs 
Augustines, 29, rue de la Santé, 
Paris 13e, le vendredi 10 janvier 2025, 
à 11 heures.
 
L’inhumation aura lieu le samedi 
11 janvier, à 10 h 30, au cimetière de 
Montbellet (Saône-et-Loire).
Grenoble. Corrençon-en-Vercors. 
Fontaine. Échirolles.
 
Lidia Imbert,
François Imbert,
Gabrielle Imbert,
Léna et Kim,
son épouse, son ils, sa ille, ses petites-
illes,
Ses parents
Et amis,
 
ont la douleur de faire part du décès 
de
 
Jean IMBERT,
professeur agrégé 
de Lettres classiques, 
membre 
de la Société des lecteurs 
du Monde,
 
survenu le 29 décembre 2024, 
à Grenoble, 
à l’âge de quatre-vingt-deux ans.
 
La cérémonie aura lieu le 8 janvier 
2025, à 10 heures, en l’église Saint-
Jacques, à Échirolles, suivie de 
l’enterrement, à Corrençon-en-Vercors 
(Isère).
 
Cet avis tient lieu de faire-part et 
de remerciements.
 
« Fac ergo, mi Lucili, quod facere 
te scribis, omnas horas. 
Sic iet ut minus ex crastino pendeas, 
si hodierno manum injeceris. 
Dum difertur, vita transcurrit. »*
Sénèque, Lettres à Lucilius.
 
 *« Fais donc, mon cher Lucilius, 
comme tu le dis : empare-toi 
de toutes tes heures. 
Ainsi tu dépendras moins de demain,
pour avoir opéré une mainmise 
sur le jour présent. 
Tandis que l’on difère de vivre, 
la vie court ».
Esther Ferrer,
son épouse,
Sa famille
Et ses ami.e.s,
 
ont la tristesse de faire part du décès 
de
 
Tom JOHNSON, 
compositeur,
 
survenu le mardi 31 décembre 2024.
 
Son enterrement aura lieu le mardi 
7 janvier 2025, à 11 h 30, au cimetière 
du Père-Lachaise (Porte du Repos), 
Paris 20e. 
Nicolas Kahn,
son ils,
Muriel Bloch,
sa nièce,
Margot, Daniel Kenigsberg,
Guylène Bomart,
sa dernière compagne,
 
ont la tristesse d’annoncer le décès 
de
 
Marcel-Francis KAHN,
professeur agrégé et émérite
à la Faculté de médecine Paris VII,
ancien chef de service
de Rhumatologie
à l’hôpital Bichat,
militant anticolonialiste
et paciiste,
cofondateur de l’Association
France Palestine Solidarité,
 
survenu à l’âge de quatre-vingt-quinze 
ans.
 
La cérémonie aura lieu le 
10 janvier 2025, à 10 h 30, au 
crématorium du cimetière du Père-
Lachaise, Paris 20e.
 
kahnnicolas6@gmail.com
Jean Louis, 
son époux,
Zoé Druilhe et Ninon Lacombe, 
ses illes,
Julie et Elsa, 
ses belles-illes,
Marie, Léandre et Lise,
ses petits-enfants,
Nicole, 
sa sœur
Et Jean-Louis Piette, 
son beau-frère,
Ses parents, 
Ses amis 
Et tous ceux qui l’ont connue et 
aimée,
 
ont l’immense tristesse de faire part 
du décès de
 
Anne-Marie LACOMBE,
née TRICOIRE,
ingénieur 
de l’École centrale de Lyon,
grande igure de l’informatique 
industrielle française,
 
survenu le 25 décembre 2024, 
à l’âge de soixante-seize ans.
 
Elle repose au funérarium de 
l’Institut Curie. 
 
Un hommage lui sera rendu le 
vendredi 10 janvier 2025, à 16 heures, 
en la salle Mauméjean, au crématorium 
du cimetière du Père-Lachaise, 
Paris 20e.
 
Elle aimait, parmi tant de choses, 
la vie, la beauté, le partage, les voyages 
et la joie.
 
Nous remercions de tout cœur les 
formidables équipes soignantes de 
l’Institut Curie.
 
jean-louis.lacombe@orange.fr
zoedruilhe@hotmail.com 
ninon.lacombe@gmail.com
Carcassonne (Aude). Foix (Ariège). 
Méry-sur-Oise (Val-d’Oise). Paris. Rutali 
(Haute-Corse).
 
Baptistine (Battine),
son épouse,
Nicolas,
son ils,
Sa famille,
Ses amis,
 
ont la profonde tristesse de faire part 
du décès de
 
M. Raymond MARQUES,
 
survenu le 27 décembre 2024, 
à Carcassonne, 
à l’âge de quatre-vingt-sept ans.
 
Une cérémonie funéraire aura lieu 
le 6 janvier 2025, à 9 h 30, à Trèbes 
(Aude).
 
Cet avis tient lieu de faire-part.
 
nicolasmarques2020@yahoo.com
Sylvie Mertens,
sa mère,
Pierre Luton,
son mari,
Raphaëlle Luton,
sa ille,
Sa grande famille,
Ses amis,
 
ont la douleur d’annoncer la 
disparition de
 
Marion MERTENS,
journaliste et photographe,
 
survenue le 15 décembre 2024.
 
La cérémonie d’adieu a eu lieu le 
23 décembre, au cimetière du Père-
Lachaise, Paris 20e.
 
Cet avis tient lieu de faire-part et 
de remerciements.
Le Perreux-sur-Marne (Val-de-
Marne).
 
Nicolas et Etienne, 
ses enfants,
leurs compagnes, Julie et Sovanna,
Timothée, Félix, Siam, Mia et Jun,
ses petits-enfants, 
Christine, Michel et Odile,
ses frère et sœurs, 
 
ont la tristesse de faire part du décès 
de
 
M. Bernard RABAUD,
pianiste et vibraphoniste,
patron emblématique du jazz-club 
parisien Le Petit Opportun 
(1977-2003),
architecte ENSBA,
 
survenu le vendredi 27 décembre 2024, 
à Fontenay-sous-Bois, 
à l’âge de soixante-dix-sept ans.
 
Une cérémonie d’adieu aura lieu 
le mardi 7 janvier 2025, à 15 heures, 
au crématorium Maurice-Thorez, à 
Champigny-sur-Marne.
Sceaux. Saint-Céré. Toulouse. 
 
Grégoire et Carole, 
ses enfants,
Marie-Gabrielle, 
sa sœur
Et ses petits-enfants,
 
ont la tristesse de faire part du décès 
de
 
Philippe VICHÉ,
 
survenu le 29 décembre 2024, 
à l’âge de soixante-dix ans.
 
La cérémonie aura lieu le 7 janvier 
2025, à 9 h 45, au crématorium de 
Montluçon, 68, avenue Ambroise-
Croizat, à Domérat (Allier). 
 
Grégoire Viché,
5, chemin de la Croix Carton,
03410 Teillet-Argenty. 
Les familles Volery, Rieben, 
Lazghab, Rius, Alamichel,
Ses enfants
Et ses petits-enfants,
 
ont la douleur de faire part du décès 
de
 
Lilianne VOLERY,
marxiste d’abord, 
enseignante, sociologue,
 
survenu le 1er janvier 2025,
dans sa quatre-vingt-septième année.
 
L’enterrement aura lieu le 8 janvier, 
à 14 h 15, au cimetière de Fontenay-
sous-Bois. 
Prix de thèse
L’Assemblée nationale
décerne
un prix de thèse
en droit politique et parlementaire 
et un prix de thèse
en histoire de l’institution
parlementaire.
 
Ain d’encourager et de promouvoir
la recherche dans des domaines
intéressant directement
le Parlement français,
l’Assemblée nationale
décerne deux prix de thèse,
en vue de distinguer :
• d’une part, une thèse portant sur 
le droit politique et parlementaire,
• d’autre part, une thèse portant
sur l’histoire parlementaire
depuis la Révolution française.
 
Peuvent être présentées les thèses
rédigées en langue française
et soutenues entre
le 1er janvier 2024
et le 31 décembre 2024.
 
Chacun de ces prix de thèse ouvre 
droit à une aide à la publication 
versée directement à l’éditeur.
 
Si vous êtes intéressé(e), 
vous pouvez :
télécharger le dossier de candidature 
sur le site Internet 
de l’Assemblée nationale :
http://www2.assemblee-nationale.fr/
informations-pratiques/bibliotheque-
et-archives#node_8065
ou bien envoyer
un courrier électronique à :
prixdethese@assemblee-nationale.fr
ou bien vous adresser
à la division des Archives
et de l’Histoire parlementaire
de l’Assemblée nationale :
Direction de la Communication
et de la valorisation patrimoniale,
Assemblée nationale,
126, rue de l’Université,
75355 Paris Cedex 07 SP.
 
Les candidats devront
faire parvenir leur thèse,
au format PDF,
à l’adresse électronique
indiquée ci-dessus.
L’impression sera assurée
par l’Assemblée nationale.
 
La date limite de dépôt
des candidatures est ixée
au vendredi 31 janvier 2025,
à 17 heures.
Communication diverse
 
 
Envie d’être utile ? Rejoignez-nous !
Les bénévoles de SOS Amitié 
écoutent
par téléphone et/ou par internet
ceux qui soufrent de solitude, 
de mal-être et peuvent avoir 
des pensées suicidaires.
Nous recherchons des écoutants 
bénévoles 
sur toute la France.
L’écoute peut sauver des vies 
et enrichir la vôtre !
Choix des heures d’écoute, 
formation assurée.
En IdF RDV sur 
www.sosamitieidf.asso.fr
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www.sos-amitie.com
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0123
DIMANCHE 5 - LUNDI 6 JANVIER 2025 rencontre | 21
Coco « L’attentat contre “Charlie Hebdo” 
continue de m’habiter sans arrêt » 
JE NE SERAIS PAS ARRIVÉE LÀ SI… Chaque 
semaine, « Le Monde » interroge 
une personnalité. Dix ans après 
la tuerie du 7 janvier, l’illustratrice 
décrit l’échappatoireà « bien 
des maux » procurée par le dessin 
ENTRETIEN
L e fardeau de la culpabilité a longtemps 
pesé sur Corinne Rey, alias Coco, après 
l’attentat qui décima la rédaction de 
Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015. Celle qui, 
sous la menace d’une kalachnikov, ouvrit la 
porte du journal satirique aux frères Kouachi 
s’est relevée en trouvant refuge dans le des-
sin et dans l’esprit de corps d’une rédaction 
fondamentalement éprise de liberté. Deve-
nue en parallèle la dessinatrice de Libération, 
elle publie un recueil de reportages consacrés 
à la maltraitance animale, Pauvres bêtes 
(Les Echappés, 2024).
Je ne serais pas arrivée là si…
… Si je ne m’étais pas accrochée au dessin, et 
si on ne m’avait pas soutenue dans cette 
voie-là. Depuis toute petite, je voulais en faire 
un métier, mais sans savoir lequel en particu-
lier. Un professeur de l’Ecole européenne su-
périeure de l’image, à Poitiers, a eu un rôle-clé 
en me conseillant de solliciter un stage à 
Charlie Hebdo. Mon père, vendeur, m’a aussi 
beaucoup encouragée. Il jouait de la guitare 
et du saxo dans plusieurs groupes en Haute-
Savoie, et il était sensible au dessin. Dessiner 
peut être perçu comme un truc de saltimban-
que, pas comme un « vrai » métier. Cela peut 
contrarier des vocations, mais je n’ai jamais 
douté de la mienne.
Pourquoi ?
Parce que j’aime dessiner. Même en dehors 
du travail, je dessine pour le plaisir de dessi-
ner, à la manière d’un loisir. Le dessin crée 
une bulle dans laquelle je me sens bien. A 
cette époque, c’était aussi une évasion, une 
échappatoire à bien des maux, parfois.
Lesquels ? Il y a quelques années, vous 
évoquiez des « problèmes d’alcool à la 
maison »…
C’est vrai, même si je n’ai jamais aimé en 
parler. C’est incomparable, mais le dessin s’est 
avéré également une forme d’échappatoire 
après l’attentat. Il fallait continuer à faire le 
journal et fuir toutes les images que nous avi-
ons en tête. Dessiner, c’est faire travailler 
l’imagination, se concentrer, réfléchir. Ça 
peut aider à se sauver de passes très difficiles, 
voire épouvantables.
Comment vous êtes-vous dirigée 
vers le dessin de presse ?
Après mon bac, j’ai intégré les Beaux-Arts de 
Lyon, j’étais très heureuse de quitter Anne-
masse, mais j’ai vite déchanté, ayant peu 
d’atomes crochus avec l’art conceptuel, qui 
avait une place très importante en cours – je 
me souviens d’avoir dû réaliser une sculpture 
à partir de déchets ramassés en ville ! Heureu-
sement, un prof de dessin m’a éveillée au des-
sin d’actualité et aux sujets de société. L’un de 
mes premiers travaux dessinés a été consacré 
à ces femmes qui proposent des discussions 
érotiques via des numéros de téléphone sur-
facturés. Cela ne m’a pas empêchée d’être vi-
rée des Beaux-Arts en fin de première année.
Vous vous retrouvez donc à Poitiers, où 
un autre enseignant va vous suggérer de 
frapper à la porte de « Charlie Hebdo »…
Je dessinais alors des images un peu loufo-
ques et trash, des personnages avec plein de 
dents. Ce prof, qui était abonné à Charlie, trou-
vait qu’il y avait une liberté de ton dans mon 
travail. Ma nature plutôt timide ne m’a jamais 
dissuadée d’aller à fond dans le dessin. 
Comme je n’avais jamais fait de caricatures 
jusque-là, je me suis entraînée à dessiner des 
« Sarkozy » pendant mon job étudiant. J’ai en-
voyé ma demande de stage à Charlie au tout 
dernier moment, sans avoir eu le temps de 
remplacer l’enveloppe sur laquelle il y avait 
une tache de café, ça faisait un peu fumiste.
Mais vous avez été prise…
Tout à fait. C’était en 2007, je suis montée à 
Paris où je me suis fait héberger par un co-
pain de l’école. Il est aujourd’hui mon mari et 
le père de mes enfants. Je revenais le soir très 
enthousiasmée par ce stage. J’aidais à faire 
les plis pour les abonnés, je participais aux 
réunions… J’étais dans le chaudron, au milieu 
d’une ambiance qui mêlait sérieux et décon-
nade. La rédaction était très majoritairement 
masculine, et personne ne me faisait remar-
quer que j’étais une femme, sauf dans le bon 
sens. Cabu se félicitait d’en accueillir une, Ho-
noré y était également très sensible.
Comment votre intégration s’est-elle
passée ?
Cela a été assez long, car j’étais très impres-
sionnée par le niveau de dessin des uns et des 
autres, par leurs idées, leur confiance en eux 
aussi – là où, moi, j’en manquais cruellement. 
Ils ont tous été très sympas avec moi, notam-
ment Cabu. On pouvait aller le voir et lui de-
mander conseil, car il était abordable, géné-
reux et animé par une envie de transmettre. 
Tout le monde le voyait comme un modèle. 
En matière de caricature, il donnait le « la », 
avec sa manière bien à lui de synthétiser les 
tronches nouvelles. Editorialement, sa voix 
comptait aussi beaucoup. Il était un leader, 
sans l’être trop non plus, car ce n’était pas sa 
personnalité.
Vous souvenez-vous de votre premier 
dessin publié ?
Il représentait la nageuse Laure Manaudou, 
qui s’apprêtait à plonger avec des boulets 
symbolisant ses difficultés personnelles – un 
dessin très nul ! J’ai mis du temps à affiner 
mon trait et à comprendre les ressorts et les 
codes du métier. Cela paraît simple, le dessin 
de presse, mais c’est beaucoup plus fin qu’on 
ne le croit. Il faut être efficace et féroce, im-
pertinent, impactant. C’est aussi une forme 
de laboratoire. Trouver un angle d’attaque 
autour d’un fait d’actualité permet de tou-
cher les limites acceptables, dans le respect 
de ce que permet la loi, bien sûr. Pour Libéra-
tion, j’essaie parfois de choquer en proposant 
un premier dessin épouvantable, puis un 
deuxième plus éditorial et un dernier plus 
poétique. Je cherche, j’explore, c’est selon 
l’inspiration du moment, aussi.
Quand avez-vous pris conscience que
ce métier pouvait être dangereux ?
En 2011, après l’incendie de Charlie Hebdo, à 
la suite de la parution d’un dessin de Luz en 
une représentant un Mahomet rigolard. On 
ne faisait que notre boulot. La montée de l’is-
lamisme était un sujet d’actualité parmi 
d’autres. Rapidement on est retournés au tra-
vail, personne ne voulait arrêter le journal. 
Des protections ont été mises en place autour 
de Charb, de Luz et de Riss. En tant que pigiste 
qui venait épisodiquement, la vue d’officiers 
de sécurité suffisait à me rassurer, d’autant 
que le procès de 2007 sur la publication des ca-
ricatures danoises avait établi le principe que 
rire des idéologies et des religions ne signifiait 
en aucun cas attaquer les croyants. Mais ce 
n’est pas ça qui me préoccupait le plus.
Qu’est-ce qui vous préoccupait ?
A la fois le retentissement de nos dessins et 
le manque de soutien. D’après certains dis-
cours, nous avions mis de l’huile sur le feu, 
on entendait beaucoup de « oui mais », de 
« est-ce que vous ne l’avez pas cherché… ». 
C’était lamentable. Nous luttons encore, 
aujourd’hui, contre ce genre de réactions. 
Dans un journal, la satire peut paraître 
acerbe, violente, mais ça reste des idées et du 
dessin, ça ne tue pas. On peut ne pas aimer. 
Mais rien ne saurait justifier que des dessins 
posent problème au point de recevoir des 
menaces ou d’être tué.
Aviez-vous conscience d’un certain
risque ?
Qui pouvait imaginer ce qui est arrivé le 
7 janvier 2015 ? On restait focalisés sur la fa-
brication du journal, dans la bonne humeur, 
malgré les difficultés financières. Les respon-
sables, Charb et Riss à l’époque, ne donnaient 
pas l’impression de paniquer, ils étaient plu-
tôt combatifs. Nous aussi, je crois.
C’est vous qui, sous la menace armée des 
terroristes, allez taper le code d’entrée 
donnant accès à la rédaction de « Charlie 
Hebdo ». Un fort sentiment de culpabilité 
va vous accompagner par la suite, comme 
vous l’avez raconté dans votre album 
« Dessiner encore » (Les Arènes, 2021). 
Est-il toujours présent ?
Je ne me sens plus aussi coupable. Disons 
que je fais avec, je n’ai pas trop d’autres choix. 
Je suis sortie de la boucle infernale, mais le 
7 janvier continue de m’habiter sans arrêt. Ce 
qui est aussi difficileà accepter, dix ans après, 
c’est le sentiment d’impuissance. Ces gars ont 
été lâches de s’attaquer à des dessinateurs et à 
une femme comme moi de 1,61 mètre et de 
50 kilos. Il y avait une disproportion en tout. 
Leur haine, notre pacifisme. Leurs armes, leur 
monstruosité, et nous qui étions là, avec nos 
plumes, nos stylos, nos crayons, à défendre 
des idées, à rire. En voulant tuer Charlie, ils 
ont pensé imposer leur loi de fanatiques, 
alors que nous prônions la liberté, de penser 
et de dessiner. Un vrai choc de civilisations.
Avez-vous fait un travail sur vous-même 
pour guérir ?
Ce jour est toujours là. Il est ineffaçable. Des-
siner pour Charlie, et même dessiner tout 
court, c’est accompagner Cabu, Charb, Ho-
noré, Tignous, Wolinski… On se doit de pour-
suivre ce qu’ils ont porté pendant toute leur 
vie, de défendre le journal qu’ils défendaient. 
Le 7 janvier n’est jamais sorti de nos têtes. Il est 
même important d’en parler de manière mé-
morielle, comme nous le faisons dans des 
écoles. On y fait aussi référence dans nos des-
sins, à travers l’évocation des professeurs Sa-
muel Paty ou Dominique Bernard, qui fai-
saient en quelque sorte le même métier que 
nous, parce qu’ils défendaient la liberté.
Comment avez-vous fait pour ne pas
vous effondrer ?
Je n’en sais rien, à vrai dire. C’est vertigineux 
quand on y pense. Je n’aime pas trop le mot 
« résilience » qu’on utilise à toutes les sauces. 
On fait avec ce qu’on a. Mon mari, mon père, 
des amis ont été présents. Au journal, on a 
toujours eu à cœur de se soutenir, de rester 
soudés et de se retrousser les manches, même 
si, intérieurement, chacun a géré ça à sa ma-
nière. Il y a eu une grande détresse – psycholo-
gique, voire physique – chez nous tous. Les 
états d’âme, les troubles post-traumatiques 
sont encore là. Mais on continue notre traver-
sée de « l’après ». On n’en verra sans doute ja-
mais le bout. En attendant, il faut avancer.
Acceptez-vous le terme de « survivant » ?
Oui. Et parmi celles et ceux qu’on a effecti-
vement appelés « les survivants », Simon 
était un point de repère.
Simon Fieschi, le webmaster de « Charlie 
Hebdo », gravement blessé lors de l’atten-
tat, qu’on a retrouvé mort en octobre 
2024 dans une chambre d’hôtel à Paris…
Il a tout fait pour se relever de cette balle de 
kalachnikov. Voir Simon debout, évoluer 
parmi nous, fonder une famille, aller parler 
dans les écoles alors que son état était très 
précaire a été une leçon. Très atteint psycho-
logiquement, il n’a jamais cessé de réfléchir et 
de penser le journal, comment lui être utile. 
Le voir se battre ainsi pour survivre m’a inter-
dit de baisser les bras. Sur son lit d’hôpital, il 
m’avait dit qu’il ne savait pas ce qu’il y avait de 
« pire » entre ma culpabilité d’avoir ouvert la 
porte aux terroristes et sa souffrance physi-
que. Même si j’en bavais à l’époque, il n’y avait 
pas de comparaison possible. « Arrête tes con-
neries ! », lui ai-je lâché en rigolant. Sa mort 
nous a foutus par terre. Il est difficile de ne pas 
voir en lui une victime à retardement et, dans 
sa disparition, un nouveau 7 janvier.
Vous avez remplacé Willem à « Libéra-
tion » en 2021. Avez-vous hésité
à prendre sa succession ?
Quand Denis Olivennes [alors directeur gé-
néral de Libération] m’a appelée pour me pro-
poser le job, je suis restée bouche bée. Il était 
hors de question que j’arrête de dessiner pour 
Charlie. J’ai négocié pour pouvoir mener les 
deux de front. Willem a travaillé pendant 
quarante ans à Libé, avec une grande liberté. 
Dessiner à sa suite allait générer beaucoup de 
stress, une pression dingue. C’était aussi un 
challenge stimulant et réjouissant : j’allais 
pouvoir publier des dessins à un rythme quo-
tidien. J’ai revu Willem récemment. Il m’a dit : 
« C’est exceptionnel, tes dessins ! » Il exagère, 
mais je me suis sentie soulagée.
Votre style corrosif et irrévérencieux con-
traste avec la timidité que vous évoquiez…
J’ai aussi mon caractère, je peux être impul-
sive et même un peu punk, n’en avoir rien à 
foutre. Mais je reste quelqu’un de réservé, oui. 
On ne s’imagine pas qu’il y a une fille comme 
moi derrière mes dessins les plus trash. J’es-
père en tout cas qu’on n’est pas venu me cher-
cher parce que j’ai des nichons, comme je l’ai 
dit en arrivant à Libération [à la suite du com-
muniqué de M. Olivennes se félicitant que 
« pour la première fois, le dessinateur de presse 
d’un grand quotidien national se trouve être 
une dessinatrice »]. J’espère en tout cas éveiller 
des vocations chez des jeunes dessinatrices.
Avez-vous peur, parfois ?
Depuis l’attentat, je développe en perma-
nence des réflexes d’hypervigilance. J’en suis 
arrivée à ne pas mettre mes lunettes de 
myope dehors, car je préfère voir flou le vi-
sage des gens. Je porte un bonnet sur la tête, 
je regarde par terre dans la rue, de façon qu’on 
ne me reconnaisse pas. Ça me tranquillise. p
propos recueillis par frédéric potet
¶
Pauvres bêtes ! 
Les Echappés, 2024.
A Paris, le 12 décembre 2024. 
JOEL SAGET/AFP
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22 | IDÉES DIMANCHE 5 - LUNDI 6 JANVIER 2025
0123
Marie-Cécile Naves Trump 
évolue sur l’immigration 
au gré de ses alliés 
La promesse du président élu de réduire massivement 
la main-d’œuvre étrangère se heurte aux dissensions 
sur le sujet dans son propre camp et à la réalité 
économique, analyse la politiste 
D
urant toute sa campagne, Donald 
Trump s’est engagé à réduire de 
manière drastique l’immigration 
non seulement illégale, mais aussi 
légale. Son souhait de confier cette tâche à 
l’ancien policier Tom Homan – l’artisan 
de la séparation de plus de 4 000 enfants 
de leurs parents immigrés entre 2017 et 
2021 – allait dans ce sens.
Le récit trumpien se décline en trois 
points : la lutte contre la délinquance (le 
migrant étant automatiquement associé 
au criminel) ; la préservation d’une iden-
tité (blanche) américaine mythifiée ; et, 
précisément, l’efficacité économique. Ces 
trois objectifs sont liés entre eux, le tra-
vailleur immigré étant présumé prendre 
le travail du « vrai » Américain.
Dans les faits, la perspective d’une ex-
pulsion des quelque 11 millions de clan-
destins, mais aussi de leurs enfants, 
même si ces derniers sont en situation ré-
gulière, s’avère, au-delà des problèmes 
éthiques et pratiques qu’elle pose, une 
aberration économique.
En 2022, on comptait 30 millions d’im-
migrés dans la main-d’œuvre du pays 
(soit 18 %), dont 8 millions de travailleurs 
illégaux indispensables à de nombreux 
secteurs économiques. Les sans-papiers 
représentent ainsi jusqu’à un tiers des 
employés dans l’agriculture, le BTP, les loi-
sirs, la restauration, les services à domi-
cile ou à la personne, en particulier parce 
qu’ils sont les seuls à accepter certains 
emplois peu qualifiés. Cependant, nom-
bre d’entre eux sont très demandés en rai-
son de leur niveau de qualification : aux 
Etats-Unis, un tiers des immigrés possè-
dent un diplôme de l’enseignement supé-
rieur (soit la même proportion que les ci-
toyens américains), ce qui les conduit à 
occuper des emplois à haute valeur ajou-
tée : banque, nouvelles technologies, re-
cherche fondamentale et appliquée, etc.
Une étude du National Bureau of Econo-
mic Research, un centre de recherche in-
dépendant, a montré qu’entre 1990 et 
2015 les immigrés ont concentré 16 % des 
inventions et 23 % des innovations. Ils 
créent, en outre, plus souvent leur entre-
prise, et donc des emplois, dont bénéfi-
cient également les Américains : les deux 
tiers des principales entreprises en intelli-
gence artificielle ont été fondées par des 
immigrés, dont une part importante était 
au départ sans papiers.
Opportunités d’emploi perdues
Avec des expulsions massives, le marché 
du travail, malgré sa grande fluidité, ne se 
redéploiera pas de lui-même par un effet 
de vases communicants. La compétitivité 
de nombreuses entreprises, petites ou 
grandes, s’en trouvera affectée, sur le plan 
national ou à l’échelle internationale : 
non seulement ellesdevront augmenter 
les salaires pour embaucher des Améri-
cains ou des immigrés légaux, ce qui aura 
un effet inflationniste, mais c’est toute 
une chaîne de production et de distribu-
tion qui en pâtira (sous-traitants, etc.). 
Autrement dit, des opportunités d’emploi 
seront perdues pour tout le monde.
Par ailleurs, les économistes et la Banque 
mondiale s’accordent à dire que la ri-
chesse créée par les immigrés, clandestins 
compris, est considérable : jusqu’à 8 % du 
PIB des Etats-Unis. Et, même avec un pou-
voir d’achat plus faible que la moyenne, les 
sans-papiers restent des consommateurs, 
et paient des impôts locaux et fédéraux.
Enfin, expulser des millions d’immi-
grés demandera des moyens policiers et 
judiciaires démesurés : l’American Immi-
gration Council estime qu’arrêter, juger 
et expulser, chaque année, un million 
d’immigrés coûterait près de 90 mil-
liards de dollars (87,5 millions d’euros).
Il est donc certain que le discours trum-
pien s’adaptera, quelles que soient les dé-
cisions prises, et quels que soient les faits. 
Le récit du président élu évolue déjà au 
gré des rapports de force dans son camp. 
Pour l’heure, Donald Trump semble sou-
tenir les « tech bros » de la Silicon Valley, 
symbolisée par Elon Musk, qui deman-
dent le maintien et l’extension d’un sys-
tème de visa, le H1B, pour leurs futurs in-
génieurs et techniciens, contre l’extrême 
droite identitaire jusqu’au-boutiste, em-
menée notamment par l’idéologue Steve 
Bannon. A contre-courant de ce que 
Trump affirme depuis des années. p
Marie-Cécile Naves est une politiste 
française, spécialiste des Etats-Unis 
et du féminisme, directrice de recherche 
à l’Institut de relations internationales 
et stratégiques. Elle est l’autrice de plu-
sieurs ouvrages dont « Trump, la revan-
che de l’homme blanc » (Textuel, 2018) 
Yanis Varoufakis Les géants de la Big Tech 
se sont installés dans le bureau Ovale 
En échange de quelques millions de dollars injectés 
dans la campagne de Donald Trump, les milliardaires 
de l’industrie technologique vont recevoir des cadeaux 
incroyables, s’alarme l’ancien ministre des finances grec 
C
omment la richesse parvient-
elle à persuader les pauvres 
d’utiliser leur liberté politique 
pour la maintenir au pouvoir ? 
En posant cette question en 1952, 
le travailliste gallois Aneurin 
 Bevan a pointé le plus grand paradoxe de la 
démocratie libérale. A l’ère d’Elon Musk, 
Peter Thiel, J. D. Vance et leurs pairs de la 
Big Tech, l’absurdité du paradoxe de Bevan 
est devenue encore plus criante.
Observer la conspiration élaborée de la 
« broligarchie » émergente [elle désigne le 
groupe de milliardaires masculins qui, ani-
més par une idéologie toxique, entoure le 
projet trumpiste] en vue de tirer autant de 
richesse et de pouvoir que possible du 
 second mandat de Donald Trump donne 
légitimement la nausée. Ayant accumulé 
des fortunes colossales grâce aux mar-
chés publics et militaires, tout en s’effor-
çant sans relâche de démanteler les pro-
grammes gouvernementaux offrant une 
maigre protection aux pauvres, ces hom-
mes se sont regroupés à Mar-a-Lago, en 
Floride, pour baiser la bague de Donald 
Trump et se préparer à exercer directe-
ment le pouvoir gouvernemental.
Pour cette fraternité de milliardaires de 
la Big Tech, le marché conclu avec le prési-
dent élu est une opération formidable. 
Pour quelques miettes tirées de leur for-
tune, ils vont recevoir trois cadeaux ex-
traordinaires : d’énormes contrats pu-
blics ; l’élimination des garde-fous régle-
mentaires contre les dangers de leurs 
méthodes et de leurs produits – véhicules 
autonomes, « bots » et drones pilotés par 
une intelligence artificielle (IA) incontrô-
lée, augmentation massive de la consom-
mation d’électricité ; enfin, un pouvoir de 
négociation immense, légitimé par l’Etat.
Ils ont aussi des ambitions plus larges et 
inquiétantes. Le livre préféré de Thiel est, 
dit-on, The Sovereign Individual (« l’indi-
vidu souverain », Touchstone, non tra-
duit), publié en 1997. Ses auteurs, James 
Dale Davidson et William Rees-Mogg, 
comparent sans ironie les ultrariches aux 
dieux olympiens, avant d’expliquer que 
leur domination du monde est normale et 
juste. « Doté de ressources infiniment plus 
grandes et échappant à de nombreuses 
contraintes, l’individu souverain redessi-
nera les gouvernements et reconfigurera 
les économies », proclament-ils. Quant à 
Thiel lui-même, il explique qu’il aime ce 
mauvais livre parce qu’il offre une prédic-
tion « exacte » d’un « futur qui n’inclut pas 
les Etats puissants qui nous gouvernent 
aujourd’hui ». Ce qu’il oublie de mention-
ner, bien sûr, c’est que dans le futur dont il 
rêve, le pouvoir exorbitant sera monopo-
lisé par des hommes comme lui. Au moins 
reconnaît-il que sa version de la liberté est 
incompatible avec la démocratie.
Mais tout cela est-il vraiment nouveau ? 
Aussi répréhensibles que puissent être les 
pratiques et les convictions des « broligar-
ques », ne sont-elles pas la énième incar-
nation d’un mal ancien ? Ne sommes-
nous pas de nouveau très naïfs en nous 
étonnant de voir une poignée d’oligar-
ques franchir la porte tournante entre 
« big business » et gouvernement ?
John D. Rockefeller (1839-1937), l’un des 
premiers barons voleurs d’Amérique, diri-
geait une dynastie qui fait passer Musk 
pour un amateur, avec un fils magnat des 
médias et un petit-fils vice-président. Tho-
mas Edison a fait électrocuter un éléphant 
en public, avec le courant alternatif de 
George Westinghouse, pour convaincre le 
gouvernement de favoriser son système 
de courant continu. Henry Ford a acheté 
un journal pour forcer les villes à suppri-
mer les lignes de tramway pour faire de la 
place aux voitures et aux bus Ford.
Modifier les comportements humains
Les grandes entreprises d’alors n’avaient 
pas Internet, mais d’autres moyens de fa-
çonner notre environnement politique, 
philosophique et culturel. Des oligarques, 
dont les frères Koch, ont passé des décen-
nies à financer l’Atlas Network et la Société 
du Mont-Pèlerin pour transformer le néo-
libéralisme en credo universel et faire 
 passer une dure guerre de classes menée 
contre la majorité pour une campagne en 
faveur de la liberté. Ou Goldman Sachs, 
qui a fourni à l’administration de Bill Clin-
ton son propre PDG, Robert Rubin, qui, 
une fois nommé secrétaire au Trésor, a éli-
miné toutes les réglementations entra-
vant les pires excès de Wall Street.
Cependant, aujourd’hui, il existe un su-
perpouvoir, une arme ultime que la « bro-
ligarchie » possède et que ses prédéces-
seurs n’avaient pas : le « capital cloud ». 
Composé de machines en réseau, de ser-
veurs, de stations cellulaires, de logiciels, 
d’algorithmes pilotés par l’IA, il ne vit pas 
dans les nuages mais bien sur terre.
Contrairement au capital traditionnel, 
le capital cloud ne produit pas de biens : il 
modifie les comportements humains. Ces 
machines nous forment… à les former… à 
déterminer ce que nous voulons. Et une 
fois que nous désirons tel bien ou tel ser-
vice, elles nous le vendent, en contour-
nant les marchés traditionnels.
Le capital cloud capte notre attention ; fa-
brique nos désirs ; nous vend directement, 
en dehors de tout marché, ce qu’il nous a 
fait désirer ; exploite les prolétaires à l’inté-
rieur des lieux de travail ; et enfin, tire de 
nous un immense travail gratuit : en pos-
tant des avis ou des photos, en notant des 
produits, en téléchargeant des vidéos, en 
exprimant des coups de gueule, nous 
 contribuons à le reproduire, sans recevoir 
un centime. Il nous transforme en « serfs 
du cloud » tandis que, dans les usines et les 
entrepôts, les mêmes algorithmes contrô-
lent les travailleurs – parfois grâce à des 
dispositifs numériques attachés à leurs 
poignets – pour les faire travailler plus vite 
et les surveiller en temps réel.
Les propriétaires de ce capital du cloud, 
la « broligarchie cloudaliste », jouissent 
d’un pouvoir d’extraction jusque-là ini-
maginable, surtout maintenant qu’ils sesont installés à la table de Trump. John D. 
Rockefeller, Henry Ford, ou même Rupert 
Murdoch auraient donné un bras et une 
jambe pour acquérir une telle puissance.
Pour revenir à la brillante question de Be-
van, il est aujourd’hui plus facile de com-
prendre comment la richesse persuade 
les pauvres de renoncer à leur liberté et de 
se mettre au service des broligarques au 
pouvoir. A travers leur capital cloud, ils fa-
çonnent notre comportement de manière 
automatique et directe. Seule une révolu-
tion pourrait redonner l’espoir de retrou-
ver une autonomie personnelle, sans 
même parler de retrouver la démocratie. p
Yanis Varoufakis est économiste grec
et ancien ministre des finances
du gouvernement d’Alexis Tsipras 
en 2015. Il a notamment écrit
« Les Nouveaux Serfs de l’économie » 
(Les Liens qui libèrent, 352 pages, 
24,90 euros) 
LE RETOUR DE DONALD TRUMP 
Le 45e et 47e président des Etats-Unis entend bien 
mettre en œuvre le nationalisme économique qu’il a déjà 
incarné entre 2016 et 2020. Mais la réalité devrait le freiner 
IL EXISTE 
UN SUPERPOUVOIR, 
L’ARME ULTIME DE LA 
« BROLIGARCHIE » : 
LE « CAPITAL CLOUD » 
LA RICHESSE CRÉÉE 
PAR LES IMMIGRÉS, 
CLANDESTINS 
COMPRIS, S’ÉLÈVE 
À 8 % DU PIB 
DES ÉTATS-UNIS 
Le contexte
Le 20 janvier, Donald Trump 
retrouve son fauteuil dans 
le bureau Ovale de la Maison 
Blanche. Le nouveau prési-
dent américain ne revient 
pas seul : une escouade de 
patrons de la tech et d’ac-
teurs du capital-risque 
l’épaulent et entendent
déréglementer l’économie. 
On les surnomme les « broli-
garques », contraction de 
« brothers » (frères) et « oli-
garques ». Donald Trump
est bien mieux préparé 
qu’en 2016, mais les idées 
qu’il porte (expulsions mas-
sives d’immigrés illégaux, 
protectionnisme…) font
débat au sein de sa majorité 
et risquent aussi de se heur-
ter à la réalité économique 
de 2025, notamment
aux braises inflationnistes 
qui continuent de couver.
p22 b1 p22 b1
0123
DIMANCHE 5 - LUNDI 6 JANVIER 2025 idées | 23
L’UE EST LOIN 
D’ÊTRE LA SEULE 
À VOULOIR 
ÉVITER UNE DÉRIVE 
CHAOTIQUE 
Sébastien Jean L’Europe 
face aux menaces 
commerciales de Trump 
Le protectionnisme affiché de Donald Trump 
met l’Europe dans une position inconfortable, 
elle qui s’est largement construite 
sur la séparation étanche entre relations 
économiques et politiques, estime l’économiste 
D
es droits de douane de 
60 % sur les importations 
chinoises. De 25 % pour le 
Mexique et le Canada. De 
10 % ou de 20 % sur celles des 
autres pays. De 100 % pour ceux 
qui prétendraient se passer du 
dollar… Donald Trump défou-
raille. A croire qu’il ne voit pas seu-
lement dans les tariffs (droits de 
douane) le « plus beau mot du dic-
tionnaire », mais aussi une ré-
ponse à tous les maux. Pas de cer-
titudes de la part d’un personnage 
aussi imprévisible, mais ces an-
nonces promettent bien des ten-
sions et des désordres commer-
ciaux, dans un contexte interna-
tional déjà passablement troublé.
Il est peu probable que le nou-
veau président applique ses me-
naces immédiatement dans leur 
entier. Les Etats-Unis ont beau 
présenter un des taux d’ouver-
ture aux échanges parmi les plus 
bas au monde, leurs importations 
de marchandises dépassent 11 % 
de leur PIB. Les taxer significative-
ment risquerait de réveiller une 
inflation qui se calme à peine. Do-
nald Trump est sans doute sensi-
ble au coût politique d’une telle 
éventualité, lui qui doit en grande 
partie son élection à l’inflation. La 
crainte de contrecoups boursiers 
pourrait aussi le faire hésiter.
Son goût immodéré pour les 
droits de douane, comme lors de 
son premier mandat, laissent 
néanmoins penser qu’il utilisera 
cet instrument. Si certains y 
voient un outil pour résorber les 
déficits commerciaux bilatéraux, 
voire couper les liens de dépen-
dance, d’autres les considèrent 
avant tout comme un levier de 
négociation – et Trump aura à 
cœur d’exposer son « art du 
deal », pour reprendre le titre de 
son livre.
La première approche appelle-
rait des droits plus élevés, la se-
conde une mise en œuvre plus li-
mitée, au moins dans un premier 
temps, voire conditionnelle. Dif-
ficile d’anticiper laquelle sera pri-
vilégiée et avec quel partenaire, 
d’autant que les deux peuvent se 
marier. En tout cas, ces taxes pro-
voqueront des représailles, au 
moins partielles. Le résultat, in-
certain, doit s’analyser sur les 
plans économique et structurel.
Economiquement, c’est la pro-
messe d’une perturbation signifi-
cative des flux commerciaux. 
L’Union européenne (UE) y serait 
directement exposée : les Etats-
Unis sont le premier client de l’Al-
lemagne et le quatrième de la 
France. Celle-ci le serait aussi indi-
rectement, si les exportations de 
pays tiers se voyant fermer la 
porte du marché américain for-
çaient celle de l’Europe par des 
prix cassés ; la dépendance chi-
noise aux débouchés extérieurs 
le laisse craindre. L’incertitude 
pourrait même s’étendre aux 
marchés de change, alors qu’un 
programme poussant a priori 
l’inflation et le dollar à la hausse 
(droits de douane, coupes fisca-
les, expulsions d’immigrés) s’ac-
compagne d’une volonté affichée 
d’obtenir une dépréciation du 
dollar, tout en réaffirmant sa tou-
te-puissance… Autant de facteurs 
déstabilisants, susceptibles de 
brider l’investissement, voire de 
provoquer des dégâts financiers.
Voie étroite
C’est un nouveau coup de feu tiré 
sur l’ambulance du système 
commercial multilatéral, et plus 
largement sur les efforts de coor-
dination internationale. Une 
perspective alarmante pour l’UE, 
en termes de principes aussi bien 
que d’intérêts. D’où l’importance 
d’une réponse cohérente, qui 
n’ajoute pas à la désorganisation, 
voire à la brutalisation des rela-
tions commerciales. D’autant 
que le « faiseur de deals » pourrait 
bien rechercher avant tout de 
nouveaux accords ou arrange-
ments à sa main, avide qu’il sera 
de laisser sa marque dans l’his-
toire, alors qu’il entame un se-
cond mandat auréolé d’une vic-
toire électorale sans bavure.
Pour autant, l’UE pourra diffici-
lement s’en tenir à une simple ré-
férence aux principes multilaté-
ralistes en cours, pour deux rai-
sons : la principale, c’est qu’elle 
dépend des Etats-Unis pour faire 
face à une guerre de haute inten-
sité à sa porte ; la seconde est que 
la situation commerciale actuelle 
n’est pas satisfaisante, alors que la 
Chine écrase le monde entier 
sous le poids de ses excédents 
manufacturiers (qui représentent 
11 % du total des échanges mon-
diaux de ces produits), variables 
d’ajustement de son tropisme 
productiviste et technologique.
Au-delà des réponses transac-
tionnelles nécessaires pour limi-
ter les éventuelles retombées né-
fastes des initiatives trumpien-
nes, l’UE sera mise au défi d’assu-
mer le coût de sa sécurité et de 
son ambition normative. Une po-
sition bien inconfortable, pour 
une Europe qui s’est largement 
construite sur la séparation étan-
che entre relations économiques 
et politiques. Tout est mêlé 
aujourd’hui : la concurrence tech-
nologique devient un enjeu cen-
tral de sécurité nationale, l’instru-
mentalisation des interdépen-
dances se banalise, les régulations 
se chevauchent, la coordination 
économique est plus que jamais 
indispensable à une réponse effi-
cace et juste aux défis communs.
L’UE est loin d’être la seule à 
vouloir éviter une dérive chaoti-
que dont les moins puissants se-
raient les premières victimes. 
Mais elle devra d’abord montrer 
que le respect des principes mul-
tilatéralistes n’est pas incompati-
ble avec la défense de ses intérêts 
et la préservation de ses ambi-
tions sociales et environnemen-
tales : la voie sera étroite entre le 
protectionnisme clientéliste, 
l’irénisme sacrificiel et le repli 
moralisateur, mais les outils de 
politique industrielle et commer-
ciale existent pour la trouver.
Dans le même temps, l’UE devra 
remédier de façon beaucoup plus 
volontariste à l’insuffisance de 
son investissement, qui la handi-
cape pour accélérersa transition 
climatique et tenir son rang dans 
la course technologique, mais qui 
constitue aussi une cause de dé-
séquilibre externe : elle fait peser 
sur ses partenaires la charge de 
l’absorption de son épargne excé-
dentaire. Dans ces défis qui mê-
lent les prérogatives nationales 
aux compétences communautai-
res, la clé de la réponse euro-
péenne résidera dans la cohésion 
entre Etats membres. p
Sébastien Jean est profes-
seur titulaire de la chaire
Economie industrielle
au Conservatoire national
des arts et métiers 
Simon Johnson Le décalage entre discours 
de campagne et réalité sera criant
Le Prix Nobel d’économie 2024 
redoute que les politiques 
signées par Donald Trump 
n’améliorent pas de manière 
significative la vie de la plupart 
des Américains, alors qu’il 
hérite d’une économie forte
L
e second gouvernement du président 
américain élu laisse présager une re-
prise des priorités de son premier man-
dat : réductions d’impôts, augmenta-
tion des droits de douane, expulsion d’un 
maximum d’immigrés. Mais les temps ont 
changé et il est peu probable que la réalité cor-
responde aux discours de campagne.
Très faible lors de son premier mandat, l’in-
flation a grimpé depuis lors, et les taux d’inté-
rêt fixés par la Réserve fédérale (Fed) sont dé-
sormais relativement élevés. Dans une écono-
mie dont le taux de chômage est bas, tout 
signe de surchauffe (que pourraient causer les 
réductions d’impôts envisagées) fera l’objet 
d’un resserrement de la politique monétaire.
Donald Trump a bien spéculé sur un change-
ment à la direction de la Fed, mais il ne peut 
renvoyer son président, Jerome Powell, sans 
risquer à la fois une hausse des taux d’intérêt à 
long terme et une hausse de l’inflation. Or, des 
réductions d’impôts auront lieu en 2025, prin-
cipalement pour les riches, et la perte de recet-
tes qui en résultera compromettra la viabilité 
budgétaire à long terme. Des déficits plus im-
portants auront pour conséquence de mainte-
nir les taux d’intérêt à un niveau plus élevé 
qu’ils ne le seraient autrement. Le dollar pour-
rait ainsi se renforcer, ce qui créerait des diffi-
cultés pour les exportateurs américains et 
pour les pays qui ont emprunté en dollars.
En ce qui concerne les droits de douane, les 
dirigeants du monde entier (et les marchés fi-
nanciers) ont compris que Donald Trump 
parle fort mais ne brandit qu’un petit bâton. 
Les entreprises américaines feront du lob-
bying pour obtenir des exceptions. Les diri-
geants étrangers se rendront en procession 
à Mar-a-Lago, ils joueront au golf et ils négo-
cieront des concessions mutuelles : « Nous ne 
taxerons pas votre bourbon si vous ne taxez 
pas notre cognac, et nous achèterons davan-
tage de systèmes de défense aérienne fabri-
qués aux Etats-Unis. »
Un échec annoncé
Si Donald Trump les ignore et insiste sur une 
augmentation générale des droits de douane, 
cela entraînera des représailles de la part des 
partenaires commerciaux et des protestations 
des grandes entreprises qui le soutiennent 
aujourd’hui. Or, la dernière chose qu’il sou-
haite est de détruire des emplois au niveau na-
tional, ce qui pourrait se produire si les entre-
prises basées aux Etats-Unis devaient payer 
davantage pour les importations et perdre 
ainsi leur compétitivité sur les marchés d’ex-
portation. Si les dirigeants étrangers ne le ridi-
culisent pas sur le terrain de golf et mettent 
l’accent sur les emplois que leurs entreprises 
créent aux Etats-Unis (en particulier dans 
les Etats contrôlés par les républicains), tout 
pourra être raisonnablement discuté.
Le décalage entre discours et réalité devrait 
également être criant en ce qui concerne les 
annonces sur l’immigration illégale. Un ren-
voi massif nuirait à des secteurs majeurs de 
l’économie, tels que l’agriculture et la cons-
truction. Elle alimenterait des perturbations 
sociales massives et pousserait les alliés com-
merciaux à réduire leurs investissements et la 
création d’emplois. Une fois de plus, il faut 
s’attendre à des déclarations politiques fra-
cassantes et à des titres sensationnels, mais la 
réalité ne changera guère : l’immigration 
clandestine a déjà chuté.
Ce qui préoccupe vraiment les électeurs 
américains, c’est la qualité de l’emploi et le 
coût de la vie. Mais le programme « populiste » 
de Trump – soutenu par la peur d’ennemis 
imaginaires – est un échec annoncé. Le prési-
dent élu hérite d’une économie forte, mais les 
politiques qu’il a signées n’apporteront pres-
que rien de positif aux travailleurs les moins 
instruits et n’amélioreront pas de manière si-
gnificative la vie de la plupart des autres Amé-
ricains. Les riches deviendront plus riches, les 
plus riches deviendront beaucoup plus riches, 
et tous les autres se débattront probablement 
avec une inflation plus élevée, des coupes 
dans les services publics et les effets d’une dé-
réglementation galopante. p
Simon Johnson, Prix Nobel d’économie 
en 2024 et ancien économiste en chef 
du Fonds monétaire international, est 
professeur à la Sloan School of Management 
du MIT et auteur, avec Daron Acemoglu, 
de « Pouvoir et progrès » (Pearson). 
© Project Syndicate, 2025
Nous avons besoin 
d’un projet populaire 
LA CHRONIQUE 
DE DOMINIQUE MÉDA 
Q
uels vœux former pour notre pays 
en ce début d’année ? Quelles réso-
lutions pourraient nous permet-
tre d’enrayer la spirale infernale 
qui semble devoir nous jeter à plus ou 
moins brève échéance dans les filets de 
l’extrême droite ? Nous avons besoin d’un 
projet. Un projet compréhensible par 
tous, à la construction et à la réalisation 
duquel l’ensemble de la population doit 
être appelé à contribuer et dont les bien-
faits collectifs seront visibles. Un projet capable de dessiner les 
contours d’une société désirable.
Quels sont les ingrédients nécessaires à sa fabrication ? 
D’abord, une bonne connaissance de la situation concrète et des 
attentes de tous nos concitoyens. Rien ne pourra se faire sans 
cela. Nous disposons pour ce faire d’un remarquable matériel. 
Les nombreuses études et recherches menées par le service sta-
tistique public et le monde de la recherche nous permettent dé-
sormais d’en savoir beaucoup sur les conditions de vie réelles 
des différentes catégories de la population, notamment les plus 
modestes. Une mine d’informations gît également dans les ca-
hiers de doléances, ces 200 000 contributions qui ont été écrites 
à l’occasion du grand débat national, dont quelques extraits ont 
été dévoilés à l’occasion de la diffusion du documentaire réalisé 
en 2024 par Hélène Desplanques, Les Doléances, mais qui restent 
pour l’instant non publiées et ne sont mobilisées par personne.
Il nous faut ensuite disposer des mots justes qui permettront 
de rendre visibles les avantages dudit projet et donc renoncer à 
utiliser les formules que nous savons rejetées par une large par-
tie de la population. Plusieurs articles récents ont par exemple 
mis en évidence le refus d’une certaine manière de parler d’éco-
logie, considérée comme la marque de fabrique des « bobos » 
urbains, et jugée « punitive » envers les classes les plus modes-
tes. Nous devons être capables de mettre en évidence comment 
la vie des moins aisés sera concrètement améliorée par les me-
sures mises en place et trouver les modalités d’exposition les 
plus adaptées.
Ressentiment attisé
Plus généralement, nous devons placer les classes populaires au 
cœur de ce projet. Plusieurs travaux récents nous y invitent. 
Dans Sociologie des gilets jaunes. Reproduction et luttes sociales 
(Le Bord de l’eau, 2024), Antoine Bernard de Raymond et Sylvain 
Bordiec mettent en évidence la vulnérabilité de cette fraction 
des classes laborieuses dont le niveau d’éducation est relative-
ment faible et le travail marqué par la pénibilité, l’engagement et 
l’usure des corps. Ils soulignent la spécificité des trajectoires des 
« gilets jaunes », marquée par un isolement relationnel et des dif-
ficultés grandissantes à tenir leur rang.
C’est sur cette même classe laborieuseque la sociologue Joan 
C. Williams a braqué le projecteur dans son ouvrage White Wor-
king Class. Overcoming Class Cluelessness in America, publié 
en 2017 et traduit sous le titre La Classe ouvrière blanche. Surmon-
ter l’incompréhension de classe aux 
Etats-Unis (Unes, 2020). Elle y mon-
tre pourquoi Donald Trump a réussi, 
lors des élections de 2016, à attirer le 
vote de cette catégorie qui repré-
sente plus de 50 % de la population. 
Méprisés par une élite dont les va-
leurs sont devenues radicalement 
différentes des leurs, considérés par 
celle-ci comme des ploucs sexistes et 
racistes, les membres de cette classe 
laborieuse, dont une large partie est 
sans diplôme, a vu son accès aux em-
plois stables remis en cause et ses 
conditions de vie bouleversées. Les 
démocrates ont cessé de s’intéresser 
à eux, de parler leur langage et de les comprendre, préférant 
s’adresser à l’élite et proposer des allocations aux plus pauvres, 
attisant ainsi le ressentiment de ceux qui travaillent.
Mme Williams ne voyait à l’époque qu’une seule solution pour 
éviter une nouvelle élection de Donald Trump : que les démo-
crates remettent les attentes des membres de la classe labo-
rieuse au cœur de leur programme, fassent tout pour leur ga-
rantir un accès à de bons emplois, permettant de subvenir aux 
besoins de leurs familles, et parviennent à réconcilier l’élite et 
la classe laborieuse.
Il est urgent de tirer les enseignements de ces travaux si nous 
voulons éviter que cette dernière, lassée de cette indifférence, ne 
porte encore plus massivement ses suffrages vers l’extrême 
droite lors des prochaines élections françaises. Les autres partis 
politiques sont particulièrement responsables et devront rendre 
des comptes. La gauche doit indiquer de la façon la plus claire 
qu’elle a totalement rompu avec la tentation qu’évoquait la fa-
meuse note de Terra Nova publiée en 2011 dans laquelle était 
souligné le divorce entre les valeurs de la classe ouvrière et le 
Parti socialiste. La droite doit cesser d’opposer les travailleurs 
aux « assistés » : nombre de ces derniers sont issus de la classe la-
borieuse mais, éjectés d’un marché du travail trop sélectif et 
faute d’accompagnement convenable, ont été contraints de dé-
pendre des minima sociaux.
Comme aux Etats-Unis, leur dignité en est durablement affec-
tée. La droite doit aussi cesser de suggérer que les personnes is-
sues de l’immigration sont dangereuses, alors que nombre d’en-
tre elles présentent de magnifiques réussites, sur fond d’inten-
ses discriminations. Le rapprochement des classes qui semble 
urgent à Joan C. Williams, et qui était déjà l’un des principaux ob-
jectifs de la création de la Sécurité sociale française en 1945, ne 
pourra pas se faire sans une augmentation de la contribution 
des plus aisés. Il est de la responsabilité de la droite et du centre 
de rompre avec le dogme absurde et révoltant de la non-aug-
mentation des impôts des plus riches. p
L’URGENT 
RAPPROCHEMENT 
DES CLASSES 
NE POURRA PAS 
SE FAIRE SANS UNE 
AUGMENTATION DE 
LA CONTRIBUTION 
DES PLUS AISÉS 
Dominique Méda 
est professeure 
de sociologie 
à l’université Paris 
Dauphine-PSL 
et présidente 
de l’Institut Veblen 
p23 b1 p23 b1
24 |0123 DIMANCHE 5 - LUNDI 6 JANVIER 2025
0123
L’
affaire a longtemps été 
entendue : de la diffu-
sion généralisée de 
l’éducation émergerait 
une démocratie enrichie, confor-
tée par l’apport de ses citoyens 
éclairés. Des « hussards noirs » de 
la IIIe République, ces instituteurs 
chargés de conforter le régime 
contre l’obscurantisme religieux, 
à Jean-Pierre Chevènement, mi-
nistre de l’éducation nationale de 
François Mitterrand s’engageant 
à porter jusqu’à 80 % la part d’une 
génération accédant au niveau du 
baccalauréat, l’école n’a jamais 
cessé d’être au cœur de la pro-
messe centrale de la République, 
et singulièrement de la gauche : 
l’égalité des chances, autrement 
dit l’effacement par l’école des 
inégalités liées à la naissance.
Sauf que rien ne se passe plus 
comme prévu. En France, comme 
dans la plupart des pays dévelop-
pés, la généralisation sans précé-
dent de l’éducation et l’élévation 
spectaculaire de son niveau théo-
rique, loin d’affermir la démocra-
tie, en accompagnent l’effrite-
ment. Le taux de bacheliers 
parmi une classe d’âge, qui ne dé-
passait pas 20 % en 1970, a atteint 
60 % en 1995 et frôle ou dépasse 
aujourd’hui 80 % ; le nombre 
d’étudiants a presque doublé de-
puis les années 1980.
Pourtant, les nouvelles généra-
tions, davantage diplômées que 
les précédentes, votent moins. 
Pourtant, la proportion de jeunes 
qui ne croient pas que l’être hu-
main a été façonné par l’évolu-
tion des espèces est plus forte 
que chez les seniors (selon un 
sondage IFOP pour la Fondation 
Reboot et la Fondation Jean Jau-
rès) et 20 % des 11-24 ans sont per-
suadés que les Américains ne 
sont jamais allés sur la Lune. 
Alors que la scolarisation n’a ja-
mais été aussi massive, les déma-
gogues ont le vent en poupe, à 
l’image de Donald Trump, prési-
dent élu américain, Viktor Orban, 
premier ministre hongrois, en 
passant par l’AfD allemande ou 
Marine Le Pen. Le populisme est 
aussi une crise de l’éducation.
Vainqueurs contre vaincus
Certes, le lien entre le faible ni-
veau scolaire et le vote d’extrême 
droite est avéré : 62 % des Amé -
ricains n’ayant pas fait d’étu-
des supérieures ont voté pour 
M. Trump. En France aussi, le vote 
pour le Rassemblement national 
est inversement proportionnel 
au degré de diplôme. Ce qui appa-
raît comme une évidence ne l’a 
pas toujours été. Depuis les an-
nées 1960, et surtout depuis 
1990, le lien entre orientation po-
litique et niveau d’études s’est 
spectaculairement renversé dans 
la plupart des Etats démocrati-
ques. Alors que les partis de gau-
che attiraient auparavant les élec-
teurs les moins favorisés et édu-
qués et ceux de droite les plus ri-
ches et diplômés, c’est désormais 
l’inverse, a montré une vaste 
étude portant sur 50 pays (Cliva-
ges politiques et inégalités socia-
les, codirigé par Thomas Piketty, 
2021. EHESS-Gallimard-Le Seuil).
Parmi les raisons pour lesquel-
les les « peu » ou « pas diplômés » 
sont passés de la gauche à la 
droite, on trouve, dans le cas fran-
çais, le fait que la massification de 
l’éducation et la dictature du di-
plôme ont ouvert un fossé béant 
entre vainqueurs et vaincus du tri 
scolaire, expliquent François Du-
bet et Marie Duru-Bellat, deux 
spécialistes de l’école et des inéga-
lités dans L’Emprise scolaire (Les 
Presses de Sciences Po, 2024). Les 
vainqueurs, convaincus de ne de-
voir leur réussite qu’à leur mérite, 
« se sentent légitimes » et défen-
dent « les valeurs universelles de la 
raison et de l’expertise ». Les vain-
cus, « humiliés par leur défaite sco-
laire », se sentent « ignorés et mé-
prisés » et leurs opinions sont plus 
autoritaires et traditionnelles.
Les auteurs, issus de la gauche 
mais pourfendeurs d’un système 
scolaire inégalitaire devenu le mè-
tre étalon de la valeur des indivi-
dus, font leur autocritique : le tou-
jours « plus d’école » a atteint ses li-
mites, il « affaiblit les démocraties 
alors que nous pensions que 
[l’école] en était le vecteur essen-
tiel ». Tandis que le sentiment d’ap-
partenance de classe pouvait dé-
boucher sur les luttes collectives, 
la dévalorisation des diplômes est 
vécue comme une épreuve per-
sonnelle, alimentant la hargne 
contre les élites. Les victimes du 
système, loin de bénéficier de la 
massification, voient leur position 
relative se dégrader.
Mettre fin aux hypocrisies
« Le ressentiment de ces derniers, 
assènent M. Dubet et Mme Duru-
Bellat, est d’autant plus fort que les 
vainqueurs du tri scolaire ne ces-
sent de donner des leçons d’égalité 
et de combattre les discrimina-
tions pendant que le “peuple”, lui, 
est en dehors de la cible des victi-
mes. » Ainsi, le débat politique 
 oppose des citoyens en fonction 
de la « rentabilité » qu’ils ont pu 
tirer de leur diplôme. Grosso 
modo, les diplômés ayant puac-
céder à des postes enviés votent 
pour Emmanuel Macron, ceux 
qui n’ont pas pu tendent à préfé-
rer Jean-Luc Mélenchon, tandis 
que les non-diplômés se tour-
nent vers Marine Le Pen.
Les réponses à ces effets pervers 
de la massification éducative ne 
sont pas simples. Elles supposent 
de ne plus tout attendre de 
l’école, de reconnaître la multi-
tude des savoirs, académiques ou 
non, d’inventer de nouvelles for-
mes de coopération avec les fa-
milles, de valoriser des compé-
tences comme la confiance en 
soi, le sens de la coopération et la 
maîtrise des émotions, facteurs 
de réussite. Mais la justice éduca-
tive suppose aussi la fin des hypo-
crisies d’un système qui affecte 
dans les quartiers populaires les 
enseignants les moins expéri-
mentés et dépense trois fois plus 
pour un élève de classes prépa, 
massivement investies par les fa-
milles privilégiées, que pour un 
étudiant d’université.
Plutôt que de perpétuels chan-
gements de programme ou 
d’éphémères annonces politi-
ciennes, la priorité ne devrait-
elle pas être de rechercher tous 
les moyens pour que le système 
scolaire, instrument privilégié 
d’émancipation, cesse de pro-
duire autant de ressentiment et 
donc de carburant pour les dé-
magogues ? Redonner espoir 
en l’école, investir dans l’éga-
lité des chances, voilà un beau 
programme à long terme pour 
Elisabeth Borne, cinquième mi-
nistre de l’éducation nationale 
en un an. Après tout, l’heure est 
aux vœux. p
I ronie de l’histoire, la Pologne a pris la 
présidence tournante du Conseil de 
l’Union européenne (UE), mercredi 
1er janvier, pour six mois, dans un contexte à 
la fois tragique et propice. La guerre russe 
qui dévaste l’Ukraine, aux portes de ce pays 
si souvent piétiné et dépecé par les puissan-
ces rivales, est devenue un sujet primordial 
pour l’Europe. Bien avant les Etats membres 
d’Europe de l’Ouest, restés sourds à ses aver-
tissements, Varsovie avait perçu la menace. 
La Pologne joue aujourd’hui un rôle crucial 
dans la logistique de l’aide à l’Ukraine et tra-
vaille d’elle-même à fortifier sa frontière 
orientale, rempart de l’Europe contre le 
danger venu de l’est.
Dans la présidence tournante, la Pologne 
succède à la Hongrie, dont la performance 
n’a pas ébloui à Bruxelles, avec laquelle elle 
est actuellement en froid et qui, en creux, 
accentue le côté bon élève de l’Europe de 
l’équipe aujourd’hui au pouvoir à Varsovie. 
Le premier ministre, Donald Tusk, cumule 
les avantages d’avoir été président du Con-
seil européen, de 2014 à 2019, et d’apparte-
nir au courant politique le plus important à 
la fois au Parlement européen et au sein du 
collège des commissaires, celui des chré-
tiens-démocrates du Parti populaire euro-
péen (PPE), dont est issue aussi la présidente 
de la Commission, Ursula von der Leyen.
Troisième atout, M. Tusk a nommé 
comme commissaire européen son ex-bras 
droit Piotr Serafin, pour lequel il a négocié le 
très stratégique portefeuille du budget. Fin 
politique, parfaitement roué aux arcanes 
communautaires, M. Serafin saura faire 
jouer l’influence polonaise à Bruxelles.
La période va comme un gant à la Polo-
gne, qui récolte les fruits de son dynamisme 
économique et investit des sommes record 
dans son budget de la défense, un effort que 
les autres pays européens vont être appelés 
à faire avec l’arrivée au pouvoir à Washing-
ton de Donald Trump. Celui-ci avait déjà ob-
tenu lors de son premier mandat que les 
Etats européens de l’OTAN augmentent 
leurs dépenses militaires ; il ne fait pas mys-
tère de sa volonté de réitérer cette exigence 
dans son deuxième mandat, à un moment 
où le retour de la guerre sur le continent im-
pose aux Européens de contribuer davan-
tage à leur sécurité.
Donald Tusk a cependant d’autres défis à 
affronter avec l’UE : le processus d’élargisse-
ment, en particulier à l’Ukraine et à la Mol-
davie, dans des conditions plus complexes 
que celles dont a bénéficié la Pologne il y a 
deux décennies ; la transition écologique, 
dont le pays, encore dépendant du charbon 
et soucieux de son électorat rural, est loin 
d’être à l’avant-garde ; l’immigration, sujet 
sur lequel Varsovie maintient une ligne 
dure, d’autant plus que la Biélorussie instru-
mentalise une filière de migrants illégaux 
sur la frontière polonaise. S’y ajoute un défi 
de politique intérieur, celui de l’élection pré-
sidentielle polonaise en mai, que la coali-
tion de M. Tusk tient absolument à rempor-
ter pour mettre fin à une cohabitation para-
lysante avec le parti national-conservateur 
d’opposition.
Une autre ironie de l’histoire veut que 
la Pologne prenne cette présidence à un 
 moment particulier où la France et l’Alle-
magne, les deux principaux moteurs de la 
construction européenne, partenaires de 
Varsovie dans le triangle de Weimar, 
sont affaiblies par leurs difficultés inter-
nes. M. Tusk est bien placé pour savoir 
qu’il ne pourra travailler utilement sans 
 elles. Mais cette situation inédite offre 
aussi l’occasion historique à la Pologne de 
montrer sa maturité. p
LE POPULISME
 EST AUSSI
UNE CRISE
DE L’ÉDUCATION
 
LA POLOGNE
AU DIAPASON
DE L’EUROPE
HUMANITÉS | CHRONIQUE
par philippe bernard
Trop d’école, 
moins de démocratie
ALORS QUE
LA SCOLARISATION 
N’A JAMAIS ÉTÉ 
AUSSI MASSIVE, LES 
DÉMAGOGUES ONT
LE VENT EN POUPE
DU 1ER
DÉCEMBRE
AU 15
JANVIER 2025
LES MOMENTS
DÉCISIFS DU
PARCOURS D’UNE VIE À
RETROUVER EXPOSÉS
EN GARES DE:
EXPOSITION D’UNE SÉLECTION
DE PORTRAITS DE PERSONNALITÉS
PUBLIÉS DANS LA RUBRIQUE
«JE NE SERAIS PAS ARRIVÉ LÀ SI...»
Amiens
Bordeaux Saint-Jean
Lille Europe
Lille Flandres
Lyon Part-Dieu
Marseille Saint-Charles
Nice-Ville
Orléans
Paris Gare de Lyon
Paris Gare du Nord
Paris Montparnasse
Saint-Étienne Châteaucreux
Strasbourg
Toulouse Matabiau
Tours
p24 b1 p24 b1M. Bassène. Selon lui, 
l’écriture d’un roman national est 
une entreprise longue, parfois 
empreinte de paradoxes. « Les Sé-
négalais veulent voir disparaître 
les mentions à Louis Faidherbe, ad-
ministrateur colonial du Sénégal, 
dont le grand pont de Saint-Louis 
porte le nom. Mais Faidherbe s’est 
bien appuyé sur des tirailleurs… » 
Quant aux grands héros natio-
naux, il rappelle : « Ce sont des figu-
res complexes. Prenez le marabout 
et chef guerrier Fodé Kaba. Pour 
beaucoup, c’est un grand résistant, 
manière, le mot « traître » semble 
faire l’impasse sur les modes de re-
crutement des tirailleurs, rappelle 
l’historien Pape Chérif Bertrand 
Bassène, spécialiste de l’histoire 
coloniale. Certains étaient des es-
claves « rachetés » par la France.
« Héros, traîtres, victimes, il est de 
toute manière restrictif de résumer 
ainsi ce que furent les tirailleurs », 
expose M. Bassène. Il note aussi 
que la complexité de la perception 
des tirailleurs explique qu’il aura 
fallu du temps avant de voir com-
mémorer le massacre de Thiaroye 
au Sénégal, à propos duquel l’Etat 
est longtemps resté discret.
Le nouveau gouvernement sé-
négalais a annoncé son intention 
d’ouvrir un grand chantier mémo-
riel. Concernant « Thiaroye », une 
Bassirou 
Diomaye Faye 
a appelé à 
la création d’un 
conseil national 
de la mémoire
mais dans bien des villages de la 
Casamance, c’est un homme auto-
ritaire arrivé là par la conquête… »
Bassirou Diomaye Faye, dont 
l’un des conseillers, le militant pa-
nafricain Dialo Diop, est chargé 
des questions de mémoire, a ap-
pelé à la création d’un conseil na-
tional de la mémoire. Pour M. Bas-
sène, il doit se reposer sur les histo-
riens et les universités. Lui-même 
a étudié de près un cas d’école où 
mémoire et histoire ont eu maille 
à partir. En 1996, un article du 
Monde avait répercuté les points 
de vue d’historiens selon lesquels 
la célèbre maison aux esclaves de 
l’île de Gorée n’avait pas été un lieu 
majeur de la traite transatlantique. 
Le tollé fut énorme et la discussion 
qui s’ensuivit âpre. Aujourd’hui, 
les historiens savent que Gorée n’a 
pas été le centre unique ni même 
principal de l’esclavagisme mo-
derne. Mais aucun ne remet en 
question l’usage de l’île comme 
lieu mémoriel indispensable. p
jules crétois
avec laquelle il a opprimé son peu-
ple pendant de trop nombreuses 
années », avait déclaré M. Barrot.
Paris a proposé d’accueillir, en 
janvier, une conférence interna-
tionale associant la Syrie et ses 
partenaires arabes, turc et occi-
dentaux pour accompagner la 
transition politique, à la suite de la 
réunion d’Aqaba, en Jordanie, 
 mi-décembre 2024. Tandis que le 
régime d’Al-Assad avait pour 
 parrains l’Iran et la Russie, les nou-
velles autorités syriennes se sont 
rapprochées de la Turquie et du 
Qatar. Elles manifestent des signes 
d’ouverture en direction des pays 
du Golfe et de l’Occident, sans 
néanmoins vouloir rompre avec 
Moscou, avec qui elles discutent 
du maintien des bases russes de 
Hmeimim et de Tartous.
Ahmed Al-Charaa a de nouveau 
réclamé une levée des sanctions 
internationales qui avaient été 
 imposées au régime d’Al-Assad 
pour la répression du soulève-
ment populaire de 2011. La France, 
très active dans la mise en place de 
ces sanctions, envisage une levée 
« progressive et conditionnée », 
précise une source diplomatique. 
Depuis l’ambassade de France à 
Damas, fermée le 6 mars 2012, 
M. Barrot a, par ailleurs, annoncé 
que « la France préparera[it], de fa-
çon graduelle et conditionnée, les 
modalités de son retour en Syrie ».
Le drapeau tricolore y avait été 
hissé, le 17 décembre, lors de la vi-
site de l’envoyé spécial pour la Sy-
rie, Jean-François Guillaume. De-
puis la cour de l’immeuble décati, 
du fait de l’inoccupation des lieux, 
M. Barrot a remercié les person-
nels syriens qui ont veillé sur la re-
présentation diplomatique fran-
çaise. Il a exprimé l’espoir « réel » 
mais « fragile » de voir « une Syrie 
souveraine, stable et apaisée ». p
hélène sallon
M. Al-Charaa 
a promis 
de respecter 
les droits 
et les libertés
des minorités et 
de convoquer un 
dialogue national
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p3 b1 p3 b1
4 | international DIMANCHE 5 - LUNDI 6 JANVIER 2025
0123
Au Costa Rica, l’opposition du Nicaragua s’organise
Les opposants au régime sandiniste de Managua s’efforcent de préparer une solution pacifique
REPORTAGE
san josé - envoyée spéciale
H
ector Mairena donne 
rendez-vous dans 
une cafétéria de la pé-
riphérie de San José, la 
capitale du Costa Rica, pour parler 
des mouvements de résistance, 
dans la diaspora nicaraguayenne, 
au pouvoir sandiniste détenu à 
Managua par Daniel Ortega, chef 
de l’Etat, et son épouse et coprési-
dente, Rosario Murillo. « C’est un 
lieu discret, une mesure de sécu-
rité », a-t-il expliqué par télé-
phone. Cette prudence est celle de 
la plupart des opposants nicara-
guayens exilés. Quand un client 
passe la porte du café, Hector le 
dévisage et baisse la voix.
Ce cadre d’un parti politique in-
terdit au Nicaragua a en mémoire 
deux attentats, commis en sep-
tembre 2021 et en janvier 2024 au 
Costa Rica, contre l’exilé nicara-
guayen Joao Maldonado. Cette fi-
gure du soulèvement populaire 
en 2018 contre le régime, et sa 
compagne ont survécu à plusieurs 
coups de feu tirés d’une moto. La 
police judiciaire du Costa Rica a 
réuni de forts indices de l’action 
d’une cellule pilotée du Nicaragua.
« San José est devenu le centre 
d’opérations de l’opposition, car [la 
ville] est à quatre heures de route 
de Managua. La dictature le sait 
et nous surveille. On doit éviter 
d’autres attentats et une infiltra-
tion dans les réseaux », insiste 
Hector Mairena, qui impute la res-
ponsabilité de ces tirs à l’ambas-
sade nicaraguayenne à San José et, 
en amont, au couple au pouvoir 
qui les cible, les déchoit de leur na-
tionalité et confisque leurs biens.
« La dictature peut se venger »
Le pouvoir nicaraguayen justifie 
cette répression, depuis la révolte 
de 2018 qui s’est soldée par au 
moins 350 morts, par la volonté 
de « combattre une tentative de 
coup d’Etat de l’opposition en ac-
cord avec les puissances étrangè-
res interventionnistes ». Un total 
de 496 personnes sont ainsi deve-
nues des « traîtres à la patrie ». 
Parmi elles des compagnons de 
guérilla de Daniel Ortega, comme 
les écrivains Sergio Ramirez et 
Gioconda Belli et les anciennes 
commandantes Dora Maria Tellez 
et Monica Baltodano. Mais aussi 
des féministes, sociologues, jour-
nalistes, économistes, étudiants, 
leaders politiques et autochtones, 
exilés en Espagne, aux Etats-Unis 
et surtout au Costa Rica, qui s’ef-
forcent de construire, avec bien 
des difficultés, cette résistance 
pour libérer leur pays.
« La première épreuve est inté-
rieure : c’est la peur que nous ins-
pire la dictature. Nous avons tous 
une famille là-bas et on sait qu’elle 
peut se venger sur nos proches », 
raconte la militante féministe So-
fia Montenegro, qui a fui au Costa 
Rica alors qu’elle allait être arrêtée. 
Plus de 2 000 personnes ont été 
incarcérées depuis 2018, selon la 
Commission interaméricaine des 
droits de l’homme. L’ONG Moni-
toreo Azul y blanco (« surveillance 
bleu et blanc ») comptabilise, pour 
décembre 2024, 48 arrestations, 
trois épisodes de torture et deux 
morts pour raisons politiques.
« On conseille de ne plus rien pos-
ter ni commenter sur les réseaux 
sociaux, où la surveillance est aussi 
très active », ajoute Sofia Monte-
negro, ancienne journaliste. Une 
nouvelle loi prescrit qu’« un post 
jugé mensonger est un cyberdélit », 
faisant encourir huit ans d’empri-
sonnement. « Plus de 20 prison-
niers ont été accusés de cybercrimi-
nalité pour des messages postés 
sur Facebook ou X. Donc il n’y a 
plus du tout de conversations poli-
tiques sur les réseaux sociaux », ex-
plique le journaliste Wilfredo Mi-
randa, du média en ligne Diver-
gentes, lui-même accusé de cyber-
criminalité, qui a fui au Costa Rica 
avant d’être emprisonné.Dans ces conditions, que peut 
faire l’opposition, qui n’a jamais 
réussi à s’unir face au « couple » 
jusqu’à présent ? « De l’étranger, on 
élabore une stratégie pour mettre 
fin au régime en réunissant les prin-
cipaux courants politiques et les 
mouvements sociaux », explique 
Eliseo Nuñez, porte-parole de la 
Concertation démocratique nica-
raguayenne, connue sous le nom 
de Monteverde, bourgade proche 
de San José. Monteverde est de-
venu l’expression la plus large et la 
plus aboutie de ces mouvements 
en exil. Elle s’est accordé sur un 
point capital : une solution pacifi-
que pour parvenir au départ du 
couple Ortega-Murillo. « Ce pays a 
connu trop de guerres, personne ne 
dinisme mais elle s’est éloignée de 
Daniel Ortega depuis trente ans. 
A côté existe une droite plus ex-
trême, dénommée « Tranque de 
Miami », « le barrage de Miami », 
liée aux républicains américains 
et à la diaspora cubaine, composée 
d’une certaine élite économique 
et d’ex-paramilitaires des « con-
tras ». Enfin, le mouvement 
autochtone revendique son auto-
nomie ; il a combattu tant le sandi-
nisme que les « contras » ces qua-
rante dernières années.
Un couple « honni » au pouvoir
S’il est admis que la solution ne 
sera pas violente, Monteverde 
achoppe sur des points capitaux. 
« Le premier est de savoir si l’on doit 
offrir une “sortie” au “couple” pour 
qu’il s’en aille vite, en Russie par 
exemple. La gauche pousse pour 
cette solution ; le “barrage de 
Miami” y est viscéralement opposé, 
ils les veulent en prison », raconte 
Maria Teresa Blandon. En raison 
de la santé déclinante de Daniel 
Ortega, le pouvoir est transféré 
progressivement à son épouse, 
 devenue coprésidente grâce à une 
réforme de la Constitution qui a 
repoussé les élections d’un an, à 
2027. La reconduction pour six ans 
du ministre de la défense, le géné-
ral Avilés, en poste depuis 2010, 
 signifie que l’armée est toujours 
alliée à la famille gouvernante.
« Leur espoir est que Rosario reste 
au pouvoir, avec l’aide de l’armée. 
Mais ils [le couple au pouvoir] sont 
tellement honnis qu’ils sont faibles, 
et la folle répression qu’ils mettent 
en place donne le sentiment d’un 
régime aux abois », croit savoir Ma-
ria Teresa Blandon. Elle assure que, 
cette fois, la diaspora reconnaît 
qu’il y a une urgence à avancer sur 
un projet que l’on puisse présenter 
au pays. « Mais un deuxième point 
pose problème au sein de Monte-
verde : que fait-on de ceux qui ont 
collaboré avec le régime ? »
La résistance travaille à un pro-
cessus de justice réparatrice qui 
n’a jamais eu lieu ; un travail ardu, 
mené avec des juristes argentins. 
La responsabilité des politiques 
est une question encore plus épi-
neuse, car elle concerne tout l’échi-
quier. « Il y a les ex-sandinistes, 
mais aussi la droite qui a pactisé un 
temps avec Ortega », rappelle Zoi-
lamérica Ortega-Murillo. La fille de 
Rosario Murillo accompagne cette 
résistance depuis 2013 au Costa 
Rica, chassée de son pays par sa 
mère pour avoir dénoncé les viols 
que lui avait fait subir son père 
adoptif, Daniel Ortega. « Il revient à 
l’aile gauche de reconnaître que ce 
monstre, cette dictature, vient de 
son camp, et de laisser en quelque 
sorte le leadership à la droite ou au 
centre », dit cette professeure âgée 
de 57 ans qui a été sandiniste.
L’opposition a gagné plusieurs 
manches. « Nous avons fait libérer 
des prisonniers, même déchus de 
leur nationalité. Nous avons mis 
fin aux prêts consentis par les ban-
ques internationales à la dictature 
et documenté les violations [des 
droits] », énumère Maria Teresa 
Blandon, qui a refondé au Costa 
Rica l’association féministe Cor-
riente, interdite par le régime, 
comme 5 000 autres ONG et mé-
dias. C’est à San José que s’est re-
formé un tissu associatif, soutenu 
par une aide internationale, cer-
tes maigre, mais qui a permis à 
certains médias et associations de 
survivre. Une certitude anime 
cette résistance : la victoire est au 
bout du chemin, qu’ils veulent 
tous prendre un jour pour rentrer 
au pays. p
anne vigna
Marjorie Duarte, militante nicaraguayenne des droits humains, à San José, le 22 décembre 2024. GLORIANNA XIMENDAZ POUR « LE MONDE »
veut reprendre les armes. La popu-
lation ne veut pas d’un conflit 
armé », assure la sociologue Maria 
Teresa Blandon. L’insurrection 
sandiniste (1961-1979) a d’abord 
mis fin au sanglant régime de la fa-
mille Somoza (1937-1979), mais 
elle a débouché sur une autre 
guerre, qui a fait 30 000 morts, 
pendant la décennie 1 980, entre 
sandinistes et « contras », des para-
militaires financés par la CIA. 
L’union dans Monteverde de ceux 
qui ont toujours combattu le san-
dinisme et de ceux qui en ont fait 
partie n’est pas toujours simple.
Il y a d’abord l’aile de la droite 
classique, qui a gouverné le pays 
dans la décennie 1 990 et a fait al-
liance avec Daniel Ortega en 2000, 
en abaissant le seuil de voix per-
mettant d’être élu à la présidence. 
Daniel Ortega l’a ainsi emporté 
en 2006 avec 38 % des suffrages et 
n’a plus quitté le pouvoir. L’aile 
gauche de cette dissidence ras-
semble les mouvements sociaux, 
étudiants et féministes. Elle est po-
litiquement représentée par le 
parti Union démocratique rénova-
trice, fondé et dirigé, entre autres, 
par Sergio Ramirez et Dora Maria 
Tellez. Cette gauche vient du san-
Tensions entre Buenos Aires et Caracas avant l’investiture de Maduro
Le président argentin, Javier Milei, reçoit samedi le candidat de l’opposition vénézuélienne, qui revendique sa victoire à la présidentielle
buenos aires - correspondante
L a rencontre devait avoir lieu 
au palais présidentiel ar-
gentin, samedi 4 janvier, 
sur fond de tensions grandissan-
tes entre Buenos Aires et le régime 
chaviste de Caracas. L’opposant 
vénézuélien Edmundo Gonzalez 
Urrutia, qui revendique sa vic-
toire lors de l’élection présiden-
tielle du 28 juillet 2024 face à Nico-
las Maduro, devait être reçu par 
le président argentin libertarien, 
Javier Milei, six jours avant l’inves-
titure, le 10 janvier, du président 
sortant du Venezuela. « Notre 
tournée en Amérique latine com-
mence. Première étape : l’Argen-
tine », a publié sur X l’opposant de 
75 ans, jeudi 2 janvier. Il devait en-
suite se rendre en Uruguay pour 
rencontrer le président sortant, 
Luis Lacalle Pou (centre droit).
Cet ancien ambassadeur du Ve-
nezuela en Argentine (1998-2002) 
dit avoir remporté l’élection avec 
67 % des suffrages. M. Maduro 
clame sa victoire pour un troi-
sième mandat d’affilée, mais le 
pouvoir n’a pas publié les procès-
verbaux du scrutin, comme le lui 
demandait l’opposition, qui con-
teste les résultats officiels. L’Union 
européenne, les Etats-Unis et des 
pays latino-américains, dont l’Ar-
gentine, ne reconnaissent pas la 
victoire de l’héritier de l’ancien 
président Hugo Chavez.
Lors de manifestations contre le 
résultat officiel, 25 personnes ont 
perdu la vie. Il s’agit d’« une des cri-
ses les plus aiguës de ces dernières 
années » entraînant de « graves 
violations des droits humains et 
des crimes », a écrit l’Organisation 
des Nations unies, dans un rap-
port publié le 17 septembre 2024, 
pour qui le régime chaviste a cher-
ché à « étouffer l’opposition ».
M. Milei a été l’un des premiers 
chefs d’Etat à rejeter le résultat of-
ficiel de l’élection présidentielle au 
Venezuela et à parler de « fraude ». 
« L’Argentine veut emmener une 
coalition de pays démocratiques 
condamnant le gouvernement Ma-
duro et appuyant la légitimité d’Ed-
mundo Gonzalez. Mais Javier Milei 
a moins de popularité dans la ré-
gion que ne l’avait l’ex-président 
Mauricio Macri [2015-2019] quand 
il soutenait l’opposition vénézué-
lienne, en 2019 », analyse Ariel 
Gonzalez Levaggi, spécialiste en 
relations internationales à l’Uni-
versité catholique argentine.
Se retrouver « dans la rue »
Dans une vidéo publiée sur X le 
31 décembre 2024, M. Gonzalez 
Urrutia, en compagnie de la 
cheffe de l’opposition vénézué-
lienne, Maria Corina Machado 
(qui avait été empêchée de se pré-senter elle-même à l’élection pré-
sidentielle), appelait ses partisans 
à se retrouver « dans la rue » à l’oc-
Ordre de capture. Récompense : 
100 000 dollars [97 000 euros]. » 
La justice vénézuélienne a émis 
un mandat d’arrêt contre M. Gon-
zalez Urrutia, le 2 septembre 2024.
Selon la Casa Rosada, un autre 
sujet devait être au centre de la 
rencontre entre M. Gonzalez Ur-
rutia et le président argentin : ce-
lui du gendarme argentin Nahuel 
Gallo. Jeudi, l’Argentine a annoncé 
avoir déposé une plainte contre le 
Venezuela devant la Cour pénale 
internationale pour la « détention 
arbitraire et la disparition forcée » 
de cet homme de 33 ans, depuis le 
8 décembre 2024. Ce dernier avait 
rejoint le Venezuela afin de rendre 
visite à son épouse et à leur fils, se-
lon le gouvernement argentin. Ca-
racas estime que ce motif est une 
couverture et l’accuse de « terro-
risme ». Les médias argentins ont 
relayé des images du gendarme 
diffusées par Caracas. On le voit 
vêtu d’un costume bleu clair, mar-
casion de l’investiture de M. Ma-
duro, le 10 janvier.
En septembre 2024, M. Gonzalez 
Urrutia a obtenu l’asile politique 
en Espagne et se refuse à « présider 
un gouvernement depuis l’exil ». Au 
moment où l’opposant annonçait 
sa venue en Argentine, la police 
vénézuélienne diffusait sa photo, 
jeudi, avec ce texte : « Recherché. 
« L’Argentine veut 
emmener une 
coalition de pays 
démocratiques 
condamnant 
le gouvernement 
Maduro »
ARIEL GONZALES LEVAGGI
Université catholique 
d’Argentine
chant le regard au sol devant des 
gradins entourés d’un grillage.
Vendredi 3 janvier, la Commis-
sion interaméricaine des droits 
humains, organe de l’Organisa-
tion des Etats américains (OEA), 
a estimé que M. Gallo se trouvait 
dans « une situation de gravité et 
d’urgence » et a demandé au Ve-
nezuela des informations sur son 
arrestation et son statut juridi-
que. L’OEA a condamné une « ar-
restation arbitraire ».
Les relations diplomatiques 
 entre Buenos Aires et Caracas 
sont rompues depuis la réélec-
tion de M. Maduro et la sécurité 
de l’ambassade argentine à Cara-
cas est assurée par le Brésil. En 
mars 2024, six collaborateurs 
de Mme Maria Corina Machado, 
accusés de « conspiration » contre 
le régime chaviste, s’y étaient ré-
fugiés. Cinq d’entre eux s’y trou-
vent toujours. p
flora genoux
L’union de ceux 
qui ont combattu 
le sandinisme 
et de ceux
qui en ont fait 
partie n’est pas 
toujours simple
p4 b1 p4 b1
0123
DIMANCHE 5 - LUNDI 6 JANVIER 2025 international | 5
Les Comoriennes solidaires de Mayotte
Aux Comores, des associations de femmes aident les rescapés du cyclone Chido
REPORTAGE
moutsamoudou - envoyée spéciale
D
ans le petit local asso-
ciatif planté dans le 
centre-ville de Mout -
samoudou, sur l’île 
co morienne de Ndzouani (an-
ciennement) Anjouan, les bras 
sont enfarinés et les gestes préci-
pités, en ce 25 décembre 2024. 
« C’est la course contre la montre. 
Tout doit être prêt pour 16 heures », 
lâche Bacar Ghaidane, un agent 
de la direction régionale de la 
santé, en jetant un pochon de fa-
rine d’un kilo dans un sac-pou-
belle noir contenant deux autres 
sachets de riz et de sucre.
Cet homme, comme les six 
autres agents de l’organisme mi-
nistériel présents à ses côtés ce 
jour-là, s’est mis au service d’une 
jeune association féminine créée 
en avril 2024, Solidarité femmes 
action. Dans ses locaux, ils con-
fectionnent rapidement 500 kits 
alimentaires pour venir en aide 
aux victimes du cyclone Chido 
qui a ravagé l’île voisine de 
Mayotte, le 14 décembre 2024.
Devant les portes vertes du local 
délabré, il y a du passage. Un 
homme soulève péniblement un 
sac de 15 kilos de riz de sa brouette. 
Un autre, négociant en fret, lunet-
tes noires sur le nez et baskets 
blanches immaculées, est venu 
proposer des dons aux « patron-
nes ». Les patronnes, ce sont Fa-
naza Badrane et Halidi Taouhida, 
respectivement membre fonda-
trice et secrétaire gé nérale de l’as-
sociation. Elles supervisent les 
opérations par téléphone.
Eradiquer l’épidémie de choléra
Les deux Comoriennes coordon-
nent l’aide alimentaire apportée 
par Solidarité femmes action aux 
victimes de Chido. Le 21 décembre 
2024, elles ont envoyé 500 packs 
d’eau, une tonne de riz, des sardi-
nes, du sucre et du lait aux rési-
dents de Mayotte, sur un bateau 
affrété par le gouvernement co-
morien. Des dons fournis par des 
opérateurs économiques como-
riens faisant partie du large réseau 
que les deux femmes ont su tisser, 
au fil des années, grâce à leur mé-
tier dans le secteur du commerce.
« Les femmes sont très actives 
chez nous », souligne Fanaza 
 Badrane, entrepreneuse dans 
l’import-export, en plus de son 
engagement associatif. En avril 
2024, elle a participé à la fondation 
de Solidarité femmes action pour 
contribuer à l’éradication de l’épi-
démie de choléra, qui ravageait 
alors l’archipel depuis février. 
Dans ces trois îles où l’Etat n’a pas 
su développer les infrastructures 
sanitaires suffisantes, la maladie 
s’est vite propagée. « Il fallait bou-
cher les trous [laissés béants par] 
l’Etat », explique Halidi Taouhida, 
cadre administrative à la chambre 
de commerce des Comores depuis 
quinze ans.
Un jour, « plusieurs habitants de 
Ndzouani sont décédés la même 
journée. Ça a choqué tout le 
monde. On en a parlé sur nos grou-
pes WhatsApp, entre copines, en se 
disant qu’il fallait faire quelque 
chose », se remémore-t-elle. Quel-
ques jours plus tard, l’association 
commençait ses opérations de 
sensibilisation des populations 
sur l’importance de se faire vacci-
ner et de déclarer les malades dans 
les quartiers, en partenariat avec 
les Nations unies, le Croissant-
Rouge et le ministère de la santé. 
L’épidémie, qui a entraîné la 
mort d’au moins 150 Comoriens, 
est sous contrôle depuis 
juillet 2024. Depuis, l’association 
qui s’est donné pour mission 
d’aider les Comoriens lors des cri-
ses, sanitaires ou sociales, qui 
frappent l’archipel, a grandi. Avec 
des antennes ouvertes à Mayotte, 
à La Réunion et en France métro-
politaine, elle compte désormais 
une centaine de membres.
Le 25 décembre 2024, une dou-
zaine de femmes membres de 
l’association sont regroupées sur 
le port de Moutsamoudou. Les 
450 premiers bénéficiaires des 
« rapatriements volontaires » or-
ganisés par la préfecture de 
Mayotte viennent de débarquer 
d’un bateau. Tee-shirts roses sur 
le dos, les bénévoles distribuent 
leurs kits aux rescapés à la mine 
fatiguée mais soulagée.
Derrière elles, une dizaine 
d’autres femmes, vêtues pour leur 
part d’un tee-shirt vert, attendent 
de pouvoir distribuer à leur tour 
leurs kits d’aide contenant du riz, 
de l’eau, une boîte de thon et du 
savon. Comme leurs consœurs de 
Solidarité femmes action, leur 
 association, baptisée Association 
des femmes actives de Moutsa-
moudou (AFAM), est en première 
ligne de l’aide apportée aux victi-
mes de Chido, depuis les Comores.
La structure, dont la mission, 
large, est aussi d’aider l’Etat à 
faire face aux crises touchant l’ar-
chipel, est née en 2019 sur la base 
d’un « ras-le-bol », souligne la vi-
ce-présidente, Phouraya Fateh. 
« La mer et nos côtes étaient jon-
chées de détritus. Toute la ville 
était très sale, abandonnée à elle-
même, sans aide de l’Etat. On s’est 
dit qu’on ne pouvait pas continuer 
à la laisser pourrir », ajoute-t-elle, 
en observant le ballet de rescapés 
du cyclone débarquer sur le port, 
certains avec le kit alimentaire 
de l’AFAM à la main.
Aussi, l’association a commencé 
il y a cinq ans par lancer une opé-
ration de nettoyage des côtes bor-
dant Moutsamoudou, embar-
quant avec elle les membres 
d’autres structures culturelles et 
sportives locales, des agents de la 
mairie et même des gendarmes. 
Trois ans plus tard, l’AFAM a per-
mis à la mairie de Moutsamou-
dou de se doter de ses deux tout 
premiers camions de ramassage 
d’ordures, financés par les dons 
récoltés lors d’une collecte en li-
gne lancée par l’association. Une 
nouvelle illustrationde l’impor-
tance du rôle des associations aux 
Comores pour pallier la dé-
faillance de l’Etat.
Dans cette société aux traits ma-
triarcaux – où les biens immobi-
liers, par exemple, se transmet-
tent souvent de mère en fille –, les 
associations féminines sont aux 
avant-postes des réponses locales 
apportées dans l’urgence. « Nous 
sommes plus écoutées que les 
hommes, plus robustes aussi », dit 
en souriant Phouraya Fateh
L’AFAM est intervenue lors de la 
crise due au Covid-19, qui a frappé 
l’archipel en 2020, en distribuant 
des kits d’hygiène dans les lieux 
publics et des masques. Elle était 
également présente lors de l’épi-
démie de choléra, un an plus tard, 
aux côtés de ses consœurs de 
 Solidarité femmes action. p
morgane le cam
« Il fallait 
boucher les trous 
[laissés béants 
par] l’Etat »
HALIDI TAOUHIDA
cadre à la chambre de 
commerce des Comores
Mayotte
(FRANCE)
Ngazidja
Moili
Ndzouani
COMORES
OCÉAN
INDIEN
Moroni
Moutsamoudou
20 km
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ÉTATS-UNIS
La peine de Trump 
connue le 10 janvier
Le président américain élu, 
Donald Trump, condamné au 
pénal à New York au prin-
temps 2024 pour des paie-
ments cachés à une star du X, 
connaîtra sa peine le 10 jan-
vier, dix jours avant son in-
vestiture, mais il n’ira pas en 
prison, a annoncé un juge du 
tribunal de Manhattan, ven-
dredi 3 janvier. L’élu républi-
cain, qui doit « comparaître 
pour sa sentence », physique-
ment ou à distance, a dé-
noncé une « mascarade ». 
Donald Trump a été reconnu 
coupable, le 30 mai 2024, 
de 34 chefs d’accusation 
pour des paiements cachés
à une star du porno, Stormy 
Daniels, effectués juste avant 
la présidentielle de novem-
bre 2016. – (AFP.)
Mike Johnson réélu 
speaker de la Chambre 
des représentants
Le républicain Mike Johnson 
a été réélu dès le premier 
tour de scrutin, vendredi 
3 janvier, au perchoir de la 
Chambre des représentants, 
après avoir bénéficié du 
soutien-clé de Donald Trump, 
et malgré l’opposition de
certains élus de son propre 
camp, qui lui reprochent trop 
de concessions budgétaires 
aux démocrates. Il a bénéficié 
du changement de vote de 
deux élus ayant initialement 
apporté leur voix à un autre 
candidat. L’élection faisait 
 figure de test pour Donald 
Trump et son influence au 
Congrès, au vu de la faible 
majorité républicaine à la 
Chambre. Le président élu 
ressort victorieux de cette 
séquence épineuse. – (AFP.)
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6 | planète DIMANCHE 5 - LUNDI 6 JANVIER 2025
0123
En Equateur, une ruée vers l’or « catastrophique »
Les autorités peinent à faire cesser les dégâts causés par l’extraction minière dans la région amazonienne
REPORTAGE
tena (équateur) - envoyée spéciale
A
 proximité de la ville de 
Tena, la capitale de la 
province du Napo, en 
Equateur, des cratères 
et des collines de sable gris héris-
sent les berges de la rivière Jatu-
nyacu. Ce paysage lunaire au cœur 
de la végétation luxuriante est 
l’œuvre des pelleteuses des com-
pagnies minières qui traquent 
sans relâche l’or dans les cours 
d’eau de la province du Napo.
Cette frénésie minière entraîne 
de nombreux dégâts pour l’envi-
ronnement. « L’extraction de l’or 
est catastrophique pour notre ré-
gion, cela pourrit l’eau des rivières, 
assèche la terre des berges et affecte 
la santé des enfants, des adultes, 
des animaux », explique Fanny 
Shiguango, de la Fédération des 
organisations indigènes du Napo 
(FOIN). Cette membre de la com-
munauté kichwa – comme 70 % 
des habitants de la région – ra-
conte comment les enfants de son 
village font des éruptions cuta-
nées à répétition et ne se baignent 
plus dans la rivière. « L’or va finir 
par tuer le tourisme », juge par 
ailleurs cette salariée d’une agence 
organisant des randonnées, du 
kayak et du rafting.
Rivière déclarée « morte »
A quelques kilomètres de là, dans 
le canton de Carlos Julio Arose-
mena Tola, la rivière Chumbiyaku 
a été déclarée « morte » en 
2021 par une équipe de l’univer-
sité régionale d’Amazonie Ikiam. 
Plus aucun organisme vivant ne 
survit dans l’eau orange qui 
 paresse entre les pierres et qui 
contient 500 fois plus de métaux 
lourds que la limite autorisée.
L’extraction de l’or alluvial se fait 
par addition de mercure. Mélangé 
aux particules d’or, celui-ci crée un 
amalgame qui est chauffé pour ré-
cupérer le précieux métal. Rejeté 
dans la rivière, le mercure méthy-
lise et devient assimilable par les 
poissons. L’Etat équatorien, qui en 
a interdit l’usage dans les mines 
depuis 2013, semble incapable de 
faire respecter cette décision.
L’arrivée des compagnies mi -
nières a fracturé les communau-
tés, leurs leaders et parfois les fa-
milles elles-mêmes, dans cette ré-
gion classée comme la plus pauvre 
du pays. Selon l’Institut national 
de statistiques et de données, 74 % 
de la population de la province vit 
en dessous du seuil de pauvreté. 
« Il y a des gens qui défendent l’ex-
traction minière parce que les en-
treprises louent leurs terres ou les 
embauchent pour travailler sur les 
machines », raconte Wilson Lucuy, 
une membre du conseil commu-
nal du canton voisin de Talag. 
Fanny Shiguango parcourt la ré-
gion pour tenter de convaincre 
les Kichwas de ne pas se laisser 
 séduire par le mirage de l’argent 
facile. « Alcoolisme, violences, divi-
sions, l’or ne nous a apporté que des 
ennuis », estime-t-elle.
Au bord de la rivière Jatunyacu, 
un jeune couple remonte de la 
berge, une pelle sur l’épaule et la 
sueur au front. Les bons jours, ex-
plique l’homme qui ne veut pas 
donner son nom, ils trouvent 
1 gramme d’or, 2 ou 3 quand 
la chance s’en mêle. Le 
gramme est vendu l’équivalent 
de 65 euros à Tena, le salaire mini-
mum, lui, est d’environ 450 euros. 
« Les grands opérateurs, aidés des 
groupes armés, contrôlent tout le 
négoce », explique l’environne-
mentalisteJosé Moreno, coordi-
de l’or a encore doublé, passant de 
1 118 hectares à plus de 2 000 hecta-
res. Les compagnies minières ten-
tent de faire porter aux orpailleurs 
illégaux la responsabilité de la ca-
tastrophe écologique en cours.
Mais la frontière entre légalité et 
illégalité est souvent difficile à tra-
cer. « Dans le Napo, toute l’extrac-
tion minière est de fait illégale, con-
sidère José Moreno. D’une part, 
parce que les concessions ont été 
octroyées sans que l’Etat pro-
cède à la consultation des popu -
lations autochtones, obligatoire se-
lon la Constitution ; d’autre part, 
parce que ces concessions ont été 
octroyées ou maintenues alors 
même que les opérateurs miniers 
ne remplissent pas les conditions 
exigées par la loi. » La plupart des 
entreprises n’ont jamais présenté 
de plan de gestion environnemen-
tale, ni de plan de réparation des 
dommages causés. Beaucoup 
 continuent de fonctionner alors 
même que l’administration a sus-
pendu leur licence.
Manque de moyens ou de vo-
lonté politique ? L’Etat équatorien 
renâcle à faire appliquer la loi. En 
mai 2024, le ministère de l’envi-
ronnement a signalé au parquet 
des taux de mercure élevés pré-
sent dans le Jatunyacu, à hauteur 
du village de Naranjalito, tout en 
précisant que la contamination ré-
sultait d’activités illégales et 
qu’elle relevait donc de l’agence de 
régulation minière. Les adminis-
trations se renvoient dos à dos la 
responsabilité de la catastrophe en 
cours. « Les gouvernements – qu’ils 
se disent de droite ou de gauche – 
ont tous bradé notre région », sou-
pire (sous le couvert de l’anony-
mat) un fonctionnaire de Tena. 
L’actuel président, Daniel Noboa, 
ne fait pas exception.
Recours contre l’Etat
Pour obtenir la mise au pas des 
opérateurs mineurs et la refores-
tation des zones affectées, les 
 collectifs locaux multiplient les re-
cours contre l’administration pu-
blique. « Nous assignons en justice 
l’Etat et non les entreprises parce 
que c’est lui qui est in fine respon -
sable de la situation, explique leur 
Opération militaire contre l’exploitation minière illégale dans la province du Napo (Equateur), le 7 mai 2023. IVAN IZURIETA/EFE
Les cas de scorbut chez les enfants en hausse régulière depuis 2015
En dix ans, 888 enfants ont été diagnostiqués, en France, d’une carence sévère en vitamine C, un phénomène en accélération depuis 2020
O n pensait la maladie 
oubliée, perdue dans les 
anciens récits de voya-
ges en mer. Le scorbut fait pour-
tant son retour en France, où de 
plus en plus de pédiatres alertent 
sur des cas, certes rares mais sur-
prenants, de cette carence sévère 
en acide ascorbique, la précieuse 
vitamine C. Une équipe de cher-
cheurs français, pour la plupart 
rattachés à l’hôpital pédiatrique 
Robert-Debré, à Paris, a pour la 
première fois analysé cette ten-
dance en France, dans une étude 
publiée en décembre 2024 dans la 
déclinaison européenne de la re-
vue The Lancet Regional Health.
Entre 2015 et 2023, les pédiatres 
ont recensé 888 cas de scorbut 
chez des enfants dans la base de 
données « Programme de médi-
calisation des systèmes d’infor-
mation » (PMSI), qui recueille l’en-
semble des données d’hospitali-
sation en France. Ils ont observé 
une augmentation « significative 
et régulière » dès 2015, de l’ordre de 
0,05 % par mois. Mais un point a 
attiré leur attention : cette hausse 
s’accélère à partir de 2020, pas-
sant à 1,9 % par mois.
« Ce sont souvent des enfants qui 
se présentent avec des douleurs os-
seuses très intenses, des douleurs 
musculaires, une aggravation de 
leur état général et parfois des sai-
gnements des gencives », décrit 
Ulrich Meinzer, professeur de pé-
diatrie à l’hôpital Robert-Debré et 
à l’université Paris-Cité, égale-
ment coordinateur de l’étude. Des 
signes non spécifiques qui peu-
vent mener à une longue errance 
médicale. « On peut d’abord pen-
ser à une leucémie ou à une patho-
logie articulaire, avance Haude 
Clouzeau, responsable de l’unité 
de gastro-entérologie, hépatolo-
gie et nutrition pédiatriques au 
CHU de Bordeaux, qui n’a pas par-
ticipé à l’étude. Le diagnostic est 
difficile quand on n’a pas cette 
éventualité en tête. »
La vitamine C est indispensable 
à la formation des fibres de colla-
gène, composés majoritaires des 
tissus conjonctifs dont la peau, les 
os, les ligaments, les tendons et 
le cartilage. Elle intervient égale-
ment dans la synthèse de molécu-
les impliquées dans la transmis-
sion nerveuse, et facilite l’absorp-
tion du fer présent dans les ali-
ments d’origine végétale. Il s’agit 
donc d’une molécule indispensa-
ble à l’organisme. Mais le corps 
humain n’étant pas capable de fa-
briquer lui-même cette vitamine, 
un apport extérieur et régulier est 
nécessaire. Pour ce faire, il faut 
consommer des fruits et légumes, 
qui contiennent tous de la vita-
mine C à des doses plus ou moins 
importantes.
Troubles alimentaires
Comment expliquer cette hausse 
des carences sévères ? Constatant 
une accélération à partir de 2020, 
les auteurs ont établi une corréla-
tion significative avec la hausse 
de l’indice des prix à la consom-
mation. « Corrélation ne vaut pas 
causalité, mais nous avons un fais-
ceau d’arguments montrant que 
la hausse des cas de scorbut coïn-
cide avec l’inflation post-Co-
vid-19 », souligne Ulrich Meinzer. 
Les données de la base PMSI mon-
trent, outre le scorbut, une aug-
mentation de la malnutrition sé-
vère et de la carence en fer sur la 
même période, ce qui témoigne 
d’un problème global d’accès à la 
nourriture. Parmi les cas de scor-
but, les chercheurs relèvent éga-
lement une part plus importante 
de patients bénéficiant de la 
 complémentaire santé solidaire, 
 utilisée comme indicateur d’un 
faible statut socio-économique. 
« La hausse du scorbut est un sym-
bole de l’augmentation de la pré-
carité alimentaire, définie à la fois 
comme un manque d’accès à de 
la nourriture de qualité et à l’édu-
cation à une alimentation saine », 
insiste le pédiatre.
Une autre piste est à aller cher-
cher dans les cas d’hypersélecti-
vité alimentaire. C’est ce que dé-
crit Haude Clouzeau, qui a soigné 
six cas de carence profonde en vi-
tamine C depuis un an et demi 
dans son service bordelais, dont 
trois enfants de moins de 5 ans 
présentant des difficultés à mar-
cher et des saignements des gen-
cives. « Ces six enfants avaient ac-
cès à de la nourriture variée mais 
avaient une alimentation hypersé-
lective, quatre d’entre eux consom-
mant exclusivement des crèmes 
dessert type Danette au chocolat », 
relate la pédiatre. Ces troubles 
 alimentaires ont parfois un lien 
avec des troubles du spectre de 
l’autisme ou cognitifs, mais pas 
nécessairement.
Dans les données nationales 
françaises, les cas d’autisme, 
d’anorexie et les troubles de l’ora-
lité restent minoritaires, précise 
Ulrich Meinzer. La situation sem-
ble être différente aux Etats-Unis, 
où une étude publiée en 
juillet 2024 montre également 
une augmentation du scorbut 
pédiatrique, passant de 8,2 cas 
pour 100 000 patients en 2016 à 
26,7 pour 100 000 en 2020. 
D’après les chercheurs améri-
cains, 64,2 % des cas présentaient 
un diagnostic de trouble du spec-
tre de l’autisme. Mais les don-
nées recueillies dans la base PMSI 
ne sont peut-être que le sommet 
de l’iceberg. Dans le cadre de sa 
thèse soumise en 2022, Julie 
 Barthelet a étudié, à partir des 
données de laboratoire de Nîmes 
et Montpellier, les cas pédiatri-
ques de carence sévère en vita-
mine C entre 2014 et 2021. Sur la 
cinquantaine recensés, un tiers 
des enfants n’avaient pas de si-
gne clinique.
« Les cas de scorbut sont proba-
blement sous-évalués, conclut 
Eric Jeziorski, chef des urgences 
pédiatriques au CHU de Mont-
pellier, qui a contribué à ce tra-
vail. Devant des symptômes aty-
piques, il faut poser des questions 
sur l’alimentation afin de savoir 
s’il faut réaliser un dosage de la vi-
tamine C et établir rapidement un 
diagnostic. » Le traitement con-
siste à prendre de la vitamine C 
par voie orale pendant quelquesjours pour en général résoudre 
les symptômes. p
delphine roucaute
avocat Andres Rojas, défenseur 
des droits de la nature. C’est à l’Etat 
qu’incombe la responsabilité de 
l’environnement des citoyens. »
Fin 2021, la communauté de 
Yutzupino est le théâtre d’une vé-
ritable ruée vers l’or. En 114 jours, 
70 hectares de végétation sont dé-
truits par les pelleteuses. Les orga-
nisations sociales et la FOIN 
 donnent l’alerte. Le 13 février 2022, 
les autorités lancent l’opération 
« Manati 1 » et déploient quelque 
1 500 soldats et policiers dans la 
région. 148 pelleteuses, 97 cribleu-
ses et des dizaines de pompes 
sont saisies. La valeur du lot est 
 estimée à 22 millions de dollars 
(21 350 euros).
« L’opération “Manati 1” reste à ce 
jour la plus importante jamais réa-
lisée en Amérique du Sud contre 
l’exploitation minière illégale de 
l’or, rappelle avec fierté le fonction-
naire municipal, toujours sous le 
couvert de l’anonymat. Mais nous 
avons mal anticipé les problèmes 
qui allaient suivre. » Retrouver les 
propriétaires des pelleteuses dans 
le dédale des entreprises fictives et 
des rachats croisés s’est révélé être 
un casse-tête ; les inculper pénale-
ment et les exproprier a été impos-
sible. Seuls 14 propriétaires ont ré-
clamé leurs machines. Le pays qui, 
depuis 2000, a adopté le dollar 
américain comme monnaie natio-
nale, est un paradis pour le blan-
chiment d’argent. Le prix de l’or, 
qui s’est envolé sur les marchés in-
ternationaux, attise les convoi -
tises. L’arrivée des groupes armés, 
liés aux mafias de la cocaïne, com-
plique encore la situation.
Une fois n’est pas coutume, ce 
sont les organisations sociales 
qui, dans le Napo, demandent au 
gouvernement de déclarer 
l’état d’urgence et de déployer la 
force publique pour sauver l’envi -
ron nement. p
marie delcas
« L’extraction 
de l’or pourrit les 
rivières, assèche 
la terre, affecte 
la santé 
des enfants »
FANNY SHIGUANGO
 Fédération des 
organisations indigènes 
du Napo
nateur des collectifs et mouve-
ments sociaux du Napo.
L’orpaillage artisanal a toujours 
existé ici. A la fin du XXe siècle, il 
occupait 2 hectares de terres. De-
puis, des dizaines de concessions 
ont été officiellement signées à 
des entreprises minières. L’entre-
prise chinoise Terraearth Resour-
ces a reçu à elle seule près de 
11 000 hectares. Entre 2022 et 
2024, la superficie de l’exploitation 
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Canton de Carlos Julio
Arosemena Tola
Rivière
Jatunyacu
Napo
Canton
de Talag
NapoNapoNapo
COLOMBIE
Tena
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DIMANCHE 5 - LUNDI 6 JANVIER 2025 FRANCE | 7
Macron veut de l’« audace », Bayrou temporise
Le chef de l’Etat croit encore possible, malgré son propre affaiblissement, d’impulser de nouvelles réformes
I
nstauré par Gaston Defferre, 
ministre de l’intérieur de 
François Mitterrand, au dé-
but des années 1980, le tra -
ditionnel petit déjeuner précé-
dant le premier conseil des minis-
tres de l’année, place Beauvau, 
 revêtait un caractère exception-
nel vendredi 3 janvier : il a été 
 l’occasion, pour 34 ministres du 
gouvernement Bayrou – celui des 
affaires étrangères, Jean-Noël 
 Barrot, en déplacement en Syrie, 
était excusé –, de se retrouver 
quasiment au complet pour la 
première fois, onze jours après 
leur nomination.
Dans le salon Erignac du minis-
tère de l’intérieur, les ministres ne 
sont pas assis à table, mais ils 
 évoluent de petit groupe en petit 
groupe, une boisson chaude à la 
main. Une formule qui se veut 
conviviale, pour une équipe com-
posée de personnalités venues de 
la gauche, de la droite et du centre 
que François Bayrou veut voir 
« unie », car, « si nous sommes unis, 
alors nous pouvons probablement 
déplacer un certain nombre des 
obstacles qui sont devant nous ».
Echarpe noire autour du cou et 
micro en main, le premier mi -
nistre se réjouit de ce gouverne-
ment « composé pour plus de la 
moitié d’élus locaux », soit autant 
de personnalités « enracinées », 
insiste le maire de Pau. « Dans un 
moment aussi tourmenté et aussi 
bouleversant », le successeur de 
Michel Barnier à Matignon veut 
aussi, dit-il, une équipe « coura-
geuse ». Car « il existe un chemin » 
pour sortir de « cette période 
d’instabilité », assure François 
Bayrou à ses ministres, « il est 
même mieux défini qu’on ne le 
croit ». Mais il se garde bien d’en 
préciser les contours.
Programme « pas très épais »
Confronté à l’urgence de limiter 
le déficit public, le chef du gouver-
nement ironise aussi sur les para-
doxes de la fonction de ministre : 
« Tout le monde vient me voir en 
me disant : “C’est important de 
faire des économies, mais, s’agis-
sant de mon portefeuille, il ne faut 
pas couper mon budget…” »
Bruno Retailleau confie à ses 
 hôtes que les Français croisés du-
rant la période des fêtes n’ont 
cessé de lui souhaiter « bon cou-
rage » face à l’ampleur de la tâche. 
Le ministre de l’intérieur, recon-
duit dans ses fonctions par Fran-
çois Bayrou, y voit un « message ». 
Et il se plaît, lui, le libéral-conser-
vateur assumé, à déclamer dans 
ce cénacle choisi une sentence de 
Jean Jaurès, qu’il a faite sienne : 
« Le courage, c’est d’aller à l’idéal et 
de comprendre le réel. » Avant 
 d’offrir, plus prosaïquement, à 
chacun de ses invités une bou-
teille de trouspinette, un apéritif 
vendéen à base d’épines noires…
Dans la salle des fêtes du palais 
de l’Elysée, où se retrouve un peu 
plus tard le gouvernement 
autour d’Emmanuel Macron 
pour le premier conseil des 
 ministres, la cérémonie est plus 
formelle. Les caméras de télévi-
sion ont été autorisées à filmer 
les premiers instants.
Assis dans l’ordre protocolaire 
autour de la grande table rectan-
gulaire dressée pour l’occasion, le 
nouveau gouvernement mêle 
des visages connus et d’autres qui 
ne demandent qu’à l’être. En face 
du président de la République, 
 François Bayrou, sourire aux 
 lèvres, savoure l’instant, lui qui 
s’est imposé à Matignon en me-
naçant Emmanuel Macron de 
rompre l’alliance historique qui a 
permis à celui-ci de conquérir le 
pouvoir suprême.
A la table du chef de l’Etat, 
 François Bayrou a amené ses 
poids lourds, deux anciens pre-
miers ministres, Elisabeth Borne 
et Manuel Valls, et deux ministres 
issus de la gauche, Eric Lombard, 
l’ancien patron de la Caisse des 
dépôts et consignations, nommé 
à la tête de Bercy, et François 
 Rebsamen, ex-ministre du travail 
de François Hollande, désormais 
chargé de l’aménagement du ter-
ritoire et de la décentralisation. 
Des personnalités qui, d’une cer-
taine façon, protègent le Béarnais, 
en captant l’attention des médias, 
là où son prédécesseur, Michel 
Barnier, concentrait sur sa per-
sonne, du fait de la faible noto-
riété de son gouvernement, toute 
l’attention et toutes les flèches.
« Quand Elisabeth Borne fait une 
bêtise, c’est elle qui prend, pas 
 Bayrou », apprécie un proche du 
premier ministre, alors qu’une 
 vidéo, devenue virale, montre 
l’actuelle ministre de l’éducation, 
à Mayotte lundi 30 décem-
bre 2024, tourner le dos à deux 
enseignants qui l’interpellaient 
sur la situation locale.
Le programme de ce premier 
conseil des ministres n’est « pas 
très épais », comme le dira sans 
fard la nouvelle porte-parole du 
gouvernement, Sophie Primas, 
dans son compte rendu : seule-
ment quelques nominations 
 individuelles et l’examen d’un 
projet de décret concernant la re-
lance de la filière nucléaire.
Le projet de « loi d’urgence » 
pour Mayotte a été reporté au 
prochain conseil des ministres, 
mercredi 8 janvier. Le ministre 
des outre-mer, Manuel Valls, est 
rentré le matin même de l’archi-
pel dévasté par le cyclone Chido, 
et les besoins doivent encore être 
précisés. « Il faut remettre du dé-
tail et du concret dans les politi-
ques publiques, justifie-t-on à 
 Matignon. Les grandes enveloppes 
fongibles, c’est terminé. L’ineffi-
cience des politiques publiques 
vient du manque de concret de 
l’Etat. » Et ce report de quelques 
jours ne modifie pas le calendrier