A maior rede de estudos do Brasil

Grátis
129 pág.
Melissa Theriault - Arthur Danto ou l'art en boite

Pré-visualização | Página 1 de 32

Arthur Danto ou l'art en boîte
Ouverture philosophique
Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau
et Bruno Péquignot
Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux
originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques.
Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des
réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou
non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline
académique; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la
passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes
des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou... polisseurs de
verres de lunettes astronomiques.
Dernières parutions
Agnès BESSON, Lou Andreas-Salomé, Catherine Pozzi. Deux
femmes au miroir de la modernité, 20 I O.
Philippe DEVIENNE, Penser l'animal autrement, 2010.
Claire LE BRUN-GOUANVIC, Suite de l'admonition
fraternelle à Maresisus de Jan Amos Comenius. Traduction
française annotée de Continuatio fraternae admonitionis
comenii ad maresium, 2010.
Michèle AUMONT, Dieu à volonté: ultime confidence
d'Ignace de Loyola dans le Récit, 2009.
Jean-Louis BISCHOFF, Les spécificités de l'humanisme
pascalien, 20 IO.
Cécile VOISSET-VEYSSEYRE, Des amazones et des femmes,
2010.
Nathalie GENDROT, L'autobiographie et le mythe chez
Casanova et Kierkegaard, 2009.
Louis-José LESTOCART, L'intelligible
esthétique, 2010.
Salvatore GRANDONE, Mallarmé. Phénoménologie du non-
sens,2009.
Jean REAIDY, Michel Henry, la passion de naître. Méditations
phénoménologiques sur la naissance, 2009.
Dominique NDEH, Dieu et le savoir selon Schleiermacher,
2009.
connaissance
Mélissa ThériauIt
Arthur Danto ou l'art en boîte
t H1t/L f.arnlattan
@ L'HARMATTAN, 2010
5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-11410-4
E~:9782296114104
REMERCIEMENTS
MENER À BIEN la publication de son premier livre est une tâche
aussi excitante qu'éprouvante... surtout pour l'entourage de l' auteure!
J'aimerais par conséquent remercier les nombreuses personnes qui m'ont
appuyée tout au long de ce processus.
Ma reconnaissance va d'abord à Steve Martin et à Simone Pelletier
pour la révision linguistique.
Merci également aux nombreuses personnes ont contribué à ce projet
par le biais de leurs conseils et mots d'encouragement, ainsi qu'à celles qui
ont bien voulu partager leur expérience et leur savoir pour que je puisse
arriver au meilleur résultat possible. Je tenterai ici une liste non exhaustive:
Christian, David, Geneviève, Luc, Marie-Noëlle, Mariève, Natacha, Nigel,
Sophie, Steve, Steve, Steve, Suzanne. Merci à « mes» familles (celle qui est
100% bio et celle qui s'est génétiquement modifiée à partir de ces années
passées à l'UQAM!).
INTRODUCTION
Quand l'art nous met en boîte... ou presque!
SOYEZ HONNÊTE, la situation suivante vous est probablement
déjà arrivée: vous êtes dans un musée ou une galerie, vous arrivez face à un
objet qui n'a rien de beau, rien de spécial. L'incompréhension vous
submerge, vous vous laissez aller à une pointe d'exaspération et vous vous
dites: « C'est de l'art, ça?! »
Ça y est: vous êtes tombé dans le piège tendu par l'artiste. Même le
spécialiste ou le connaisseur aura, un jour ou l'autre, cette réaction tout à
fait normale. L'éclatement des règles de la production de l'art déstabilise
notre rapport aux oeuvres depuis que des objets ordinaires sont extirpés de
leur banal contexte d'usage pour être exposés, scrutés et détournés de leur
vocation première. Il est donc parfaitement légitime de se demander parfois
- comme nous le faisons tous - ce qu'ils font là.
Le philosophe Arthur C. Danto s'est posé la même question en 1964
à la Stable Gallery devant une œuvre d'Andy Warhol, les célèbres Boîtes
Brillo. La réponse à cette question a mené à la publication d'un ouvrage qui
a marqué la philosophie de l'art du vingtième siècle, The Transfiguration of
the Commonplace, traduit en français en 1989 sous le titre La
transfiguration du banal.
***
9
Les bouleversements dans la pratique artistique du vingtième siècle
sont apparus comme autant de défis lancés aux philosophes puisqu'ils ont
forcé ceux-ci à revoir de fond en comble leur compréhension des
phénomènes artistiques. Ces changements les ont amenés à conclure que la
réflexion sur l'art devait être affranchie de plusieurs présupposés - voire des
dogmes - hérités de l'esthétique philosophique classique afin d'en finir avec
cet assujettissement philosophique de l'art.
Plusieurs auteurs se sont donc efforcés de repenser l'art en se
dégageant des assises classiques dans lesquelles il était historiquement
inscrit (notamment à travers les concepts d'idée de beau, de goût, de génie).
Parmi ces derniers, on trouve Arthur C. Danto. Né aux États-Unis en 1924,
il étudie les arts et la peinture avant de se tourner vers la philosophie. Ses
premiers travaux portent sur l'œuvre de Hegel, dont l'influence le suivra
tout au long de sa carrière. Pourtant, c'est un commentaire critique de
Wittgenstein à propos du penseur allemand qui évoque le mieux la quête
intellectuelle que Danto poursuivra pendant des décennies: « Il me semble
que Hegel veut toujours nous montrer que les choses qui ont l'air
différentes sont en fait identiques, alors que ce qui m'intéresse, c'est de
montrer que des choses qui ont l'air identiques sont en fait différentes» I.
On ne saurait donc sous-estimer son influence dans le renouveau de
la réflexion en esthétique et en philosophie de l'art: le penseur américain
s'est employé à donner un grand coup de balai dans les idées préconçues au
propre comme au figuré puisqu'il l'a fait à l'aide... de boîtes de produits
ménagers2. C'est bel et bien «avec Brilla» (en référence aux célèbres
reproductions de boîtes d'un produit nettoyant exposées en 1964 par Andy
Warhol) qu'il met en évidence certaines erreurs fréquentes dans les
discussions sur l'art et propose de jeter un regard neuf sur la question. Le
projet philosophique de Danto consistera donc à montrer quelle est la
différence entre l'œuvre d'art et l'objet ordinaire. Bien qu'elles soient
identiques à l'œil nu, il y a quelque chose qui différencie la boîte de Brilla
de Warhol de celle qu'on trouve au supermarché et c'est à partir de cette
1 Rapporté dans (Danto, 2000, p. 79).
2 Le titre de cet ouvrage a bien sûr été emprunté à l'excellent article de Richard Shusterman
dont on trouvera la référence complète en bibliographie.
10
interrogation que cet auteur prolifique fera, dès les années soixante, sa
marque dans les milieux intellectuels et artistiques. Sa réflexion
philosophique est nourrie par son intérêt pour les arts visuels, sa pratique
artistique ainsi que son expérience en tant que critique d'art pour le
périodique The Nation; un demi-siècle de bouleversements dans le monde
artistique et philosophique nous est raconté par ce passionné d'art qui nous a
livré une philosophie de l'art aussi riche et originale que stimulante.
Il est toutefois difficile de rendre justice à un penseur ayant à son
actif une feuille de route aussi impressionnante et c'est en toute
connaissance de cause que nous soumettons au lecteur un aperçu qui ne
représente guère plus que la pointe de l'iceberg. On pourrait nous reprocher
d'avoir laissé de côté l'œuvre considérable de Danto en tant que critique
d'art: à cela nous répondons que c'est aux artistes eux-mêmes qu'une telle
tâche revient. Ne sont-ils pas ceux dont le travail a été scruté et analysé par
l'œil perçant d'un de leurs pairs? S'il est vrai que «choisir, c'est
renoncer », cela s'applique particulièrement ici, puisque nous renonçons à
cette mission impossible qui viserait à rendre justice à l'ensemble de
l'œuvre de Danto dans ce court ouvrage.
Nous avons choisi en toute modestie de présenter sa pensée à travers la
notion d'interprétation, qui fera office de fil directeur. Ce choix s'imposait
vu la richesse et la quantité impressionnante des sujets traités